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Un protocole DeFi ralentit ses pools tandis que sa trésorerie est redistribuée vers les détenteurs de tokens

Balancer pourrait disparaître progressivement après plus de cinq ans parmi les grands noms de la DeFi. Le protocole crypto prépare une fermeture ordonnée après l’échec de sa restructuration lancée au printemps. Le problème n’est pas technique : Balancer v3 fonctionne. Le problème est économique. Les nouveaux produits n’ont pas généré suffisamment de revenus, l’ancien v2 reste la principale source de recettes et l’exploit de novembre 2025 continue de peser sur la marque. Le DAO possède pourtant encore au moins 9 millions de dollars de trésorerie. Il préfère désormais rendre cet argent aux détenteurs de BAL plutôt que le dépenser pour prolonger une activité déficitaire.

Crypto : Balancer prépare une sortie progressive

Le projet de fermeture a été publié le 14 septembre par Marcus Hardt, CEO de Balancer Labs, sur le forum de gouvernance du protocole. Les détenteurs de BAL devront encore l’approuver lors d’un vote Snapshot prévu du 25 au 29 septembre.

Balancer rejoint une série de projets crypto confrontés à une question devenue beaucoup plus brutale en 2026 : un protocole peut-il réellement générer suffisamment d’argent pour financer son développement ? Bref Crypto documentait récemment le cas de Router Protocol, qui fermera le 30 septembre après l’échec de son modèle économique.

Pour Balancer, la réponse proposée est désormais la fermeture.

Le plan présenté officiellement au DAO prévoit l’arrêt du développement commercial, une période permettant aux fournisseurs de liquidité de sortir et la réduction progressive de l’infrastructure au strict minimum.

Le 30 octobre 2026, les pools pouvant être suspendus passeraient en mode retrait uniquement. Ceux dont les smart contracts ne permettent pas cette suspension continueraient à fonctionner, mais les frais du protocole seraient ramenés à zéro lorsque cela est techniquement possible.

À partir du 1er novembre, Balancer ne maintiendrait essentiellement que les outils nécessaires aux retraits, à la documentation et au déverrouillage des positions veBAL.

Ce n’est donc pas un arrêt brutal.

Les smart contracts non custodiaux resteront accessibles et les utilisateurs pourront récupérer leurs actifs directement depuis les contrats lorsque nécessaire.

v3 fonctionne, mais personne ne l’utilise assez

C’est probablement la phrase la plus importante de toute l’affaire.

« The product worked. It did not sell enough. »

Marcus Hardt ne décrit pas Balancer v3 comme un échec technologique.

La nouvelle architecture fonctionne et plusieurs produits attendus ont été déployés : v3, Boosted Pools, AutoRange Pools, nouvelles intégrations et différents partenariats.

Le problème se trouve dans les revenus.

Balancer avait pourtant restructuré son activité au printemps autour d’un objectif extrêmement clair : faire du protocole une entreprise crypto économiquement soutenable.

Les émissions de BAL ont été arrêtées. Les coûts ont été réduits. Le modèle du token a été simplifié. Une plus grande partie des revenus du protocole a été dirigée vers le DAO.

Cette réorganisation faisait suite à la fermeture de Balancer Labs annoncée en mars. À l’époque, l’équipe pensait encore pouvoir maintenir le protocole avec une structure beaucoup plus légère.

Bref Crypto relevait justement dans son analyse des grandes narratives crypto de 2026 que la DeFi devait désormais prouver sa capacité à générer des revenus réels, bien au-delà du farming et des émissions de tokens.

Balancer vient d’en fournir une démonstration assez froide.

Malgré les économies et les nouveaux produits, v3 n’a pas remplacé les revenus du v2.

Et c’est presque le paradoxe de toute la restructuration : le produit ancien, celui que Balancer cherchait progressivement à dépasser, reste la principale source d’argent du protocole.

La migration technologique a réussi.

La migration économique, non.

Les revenus passent de 1,13 M$ à presque rien

Les chiffres montrent l’ampleur de la dégradation.

Selon les données DefiLlama reprises par Cointelegraph, Balancer avait généré environ 1,13 million de dollars de revenus en octobre 2025.

Puis arrive novembre.

Le protocole subit un exploit majeur touchant certains Composable Stable Pools de Balancer v2. Les estimations du montant ont évolué selon les sources et les périodes ; Cointelegraph chiffre désormais l’incident autour de 128 millions de dollars.

Les revenus mensuels tombent immédiatement à 371 000 dollars en novembre.

Puis ils continuent de baisser.

En août 2026, DefiLlama comptabilisait seulement 56 781 dollars de revenus mensuels pour Balancer.

Le propre document de fermeture du DAO utilise même une mesure plus conservatrice : environ 30 000 dollars de revenus de protocole en août, contre 97 000 dollars en juin.

La différence entre les deux chiffres tient notamment aux méthodes et périmètres comptables utilisés. L’ordre de grandeur reste surtout très éloigné des dépenses.

Balancer estime son coût actuel à environ 150 000 dollars par mois. Même avec les quelque 25 000 dollars mensuels que la gestion de la trésorerie génère actuellement, le calcul reste défavorable.

30 000 dollars de revenus. 150 000 dollars de dépenses. On comprend rapidement pourquoi le DAO ne veut plus attendre. Il ne s’agit donc pas d’un protocole qui aurait soudainement vidé ses caisses. Il s’agit d’un protocole qui voit sa trésorerie diminuer chaque mois sans scénario crédible pour inverser la tendance.

Le hack de 2025 continue de coûter cher

Balancer insiste sur un point : la fermeture ne repose pas uniquement sur l’exploit de novembre 2025. C’est important. Balancer v3 utilise une architecture différente de celle des pools v2 concernés. Fermer le protocole en disant simplement « un hack l’a tué » serait donc réducteur.

L’effet le plus durable du piratage s’est joué ailleurs. Dans la confiance. « L’événement a suivi le nom Balancer dans toutes les conversations depuis », reconnaît Marcus Hardt. Il affirme avoir sous-estimé combien cet incident continuerait à limiter l’adoption de v3.

Un partenaire qui envisage d’intégrer un protocole DeFi ne regarde pas seulement si la dernière version du code contient la même vulnérabilité. Il regarde le nom. L’historique. Les risques. La liquidité. Les utilisateurs déjà présents. Et ce cercle peut devenir particulièrement difficile à inverser.

Moins de confiance produit moins de liquidité. Moins de liquidité rend un DEX moins attractif. Et moins de transactions produit moins de frais. Moins de revenus réduit ensuite la capacité à financer développement, sécurité et acquisitions d’utilisateurs.

La DeFi entière est confrontée à ce problème. Bref Crypto recensait déjà près de 70 attaques au deuxième trimestre 2026, pour environ 746 M$ de pertes.

La sécurité n’est donc pas seulement une dépense technique. Elle peut désormais affecter directement la capacité commerciale d’un protocole plusieurs mois après qu’une faille a été corrigée. Chez Balancer, l’exploit n’a pas cassé v3. Il semble avoir abîmé quelque chose de plus difficile à réparer : la confiance dans la marque.

9 M$ seront redistribués aux détenteurs de BAL

La partie la plus inhabituelle du plan concerne la trésorerie. Balancer dispose encore d’au moins 9 millions de dollars d’actifs gérés, selon l’estimation actuelle de son gestionnaire kpk. D’autres wallets, positions et actifs appartenant au DAO doivent encore être inventoriés avant la distribution. Hardt pose donc la question assez simplement : faut-il continuer à dépenser cet argent en espérant une reprise ou rendre ce qui reste aux détenteurs de BAL ?

Sa proposition choisit la deuxième option. Le plan de fermeture coûterait au maximum 400 000 dollars : 150 000 dollars pour la première phase jusqu’en mai 2027, 30 000 dollars pour la suite et une réserve de 220 000 dollars utilisable seulement si nécessaire. Tout budget non consommé retournerait dans la trésorerie distribuée.

La première distribution est prévue pour fin mai 2027. Les détenteurs devront alors brûler leurs BAL afin de recevoir leur part proportionnelle des actifs réellement détenus par la trésorerie.

Ce détail est important. Les utilisateurs ne recevraient pas un paiement supplémentaire en BAL. Le token servirait plutôt de ticket permettant de réclamer une fraction des actifs restants du DAO.

Une deuxième distribution doit suivre après la fin de la première période de réclamation. Elle comprendra les budgets non utilisés, les revenus arrivés entre-temps et les actifs non réclamés lors du premier tour. Enfin, un dernier « sweep » est prévu six mois plus tard. La procédure ne se terminerait donc réellement qu’autour de juillet 2028.

Fermer un DAO est beaucoup plus compliqué qu’une entreprise

Le plan Balancer montre également pourquoi arrêter un projet crypto peut devenir beaucoup plus compliqué que liquider une entreprise classique. Une société traditionnelle peut licencier ses salariés, vendre ses actifs, rembourser ses créanciers puis fermer ses comptes. Balancer doit composer avec des smart contracts déployés sur plusieurs réseaux.

L’écosystème concerné ne se limite pas à quelques pools de liquidité. Il comprend également des positions verrouillées en veBAL, des dérivés comme auraBAL, sdBAL ou tetuBAL, plusieurs multisigs, des permissions administratives sensibles, ainsi que des actifs du DAO répartis entre différents wallets. À cela s’ajoutent les fournisseurs de liquidité déjà affectés par l’exploit de 2025, ce qui complexifie encore davantage toute opération de restructuration ou de fermeture.

Et une gouvernance où les détenteurs de tokens doivent encore approuver certaines étapes. Les fonds récupérés après les attaques, par exemple, ne seront pas intégrés aux 9 millions de dollars à distribuer aux détenteurs de BAL. Ils appartiennent aux fournisseurs de liquidité affectés et suivent un processus distinct.

Le code, les licences et certains déploiements pourront également être transférés ou repris, mais chaque cession nécessitera son propre vote Snapshot. Puis viennent les permissions. Le DAO prévoit de supprimer ou transférer progressivement ses accès privilégiés afin que le protocole puisse finir dans un état où Balancer lui-même n’a plus besoin d’exister pour que les utilisateurs retirent leurs fonds.

C’est presque une liquidation programmée dans le code. La décentralisation complique la fermeture. Elle permet aussi à certains contrats de continuer à fonctionner après la disparition de l’organisation qui les a créés.

Balancer valait 3,3 milliards $ de TVL au sommet

La chute est d’autant plus marquante que Balancer n’était pas un petit projet expérimental. Lors du précédent cycle, il faisait partie des grandes infrastructures DeFi sur Ethereum. Sa TVL avait atteint environ 3,3 milliards de dollars en novembre 2021. En octobre 2025, avant l’exploit, elle était déjà tombée autour de 800 millions. Quelques mois plus tard, après le piratage, elle ne représentait plus qu’environ 158 millions de dollars selon les chiffres publiés lors de la restructuration du printemps.

Une chute de TVL n’est pas forcément une condamnation. La valeur des tokens déposés évolue avec le marché et certains protocoles cherchent justement à gagner davantage avec moins de capitaux immobilisés. Balancer avait d’ailleurs une vraie innovation.

Ses automated market makers permettaient de construire des pools avec plus de deux actifs et des pondérations personnalisables, là où le modèle classique d’Uniswap reposait historiquement sur des paires 50/50.

Les Boosted Pools ont également participé à l’évolution technique de la DeFi. Rien de tout cela n’a suffi. L’histoire rappelle celle de Router Protocol, mais à une autre échelle : un produit peut fonctionner, disposer d’une équipe expérimentée, survivre plusieurs années et même inventer des mécanismes repris ailleurs sans trouver une économie durable. C’est une leçon beaucoup moins spectaculaire qu’un bull market. Elle est probablement plus importante.

La DeFi entre dans l’âge des revenus

Pendant longtemps, l’industrie crypto mesurait la réussite avec trois chiffres. TVL. Prix du token. Nombre d’utilisateurs. Le cas Balancer oblige à ajouter une quatrième colonne : combien le protocole gagne-t-il réellement ? Pas combien de BAL il distribue. Pas combien de dollars sont temporairement déposés dans des pools attirés par des incentives.

Combien de revenus ses utilisateurs acceptent-ils réellement de payer ? C’est là que la fermeture proposée devient presque un test pour toute la DeFi. Balancer ne manque pas immédiatement de cash. Avec plus de 9 millions de dollars de trésorerie, il pourrait probablement continuer encore longtemps dans une configuration réduite.

Hardt refuse précisément cette logique. Dépenser plusieurs millions supplémentaires pour acheter du temps n’a de sens que s’il existe une trajectoire réaliste vers des revenus supérieurs aux coûts.

Après la restructuration d’avril, Balancer a essayé. Les coûts ont baissé. Les émissions ont disparu. v3 a été livré. AutoRange a été lancé. De nouvelles intégrations ont été recherchées. Le revenu attendu n’est jamais arrivé. « Continuer sur la trajectoire actuelle dépense la trésorerie pour arriver au même endroit plus tard », résume la proposition.

C’est probablement la phrase qui restera de cette fermeture si le DAO vote oui. La crypto a longtemps considéré les trésoreries comme du carburant destiné à prolonger indéfiniment le développement jusqu’au prochain bull market.

Balancer propose autre chose : arrêter avant que la trésorerie ne soit consommée et rendre le capital restant aux détenteurs du token. Le vote du 25 au 29 septembre décidera si les détenteurs de BAL acceptent cette conclusion. S’ils votent oui, les retraits seuls commenceront le 30 octobre et la dernière distribution ne devrait intervenir qu’en 2028.

S’ils votent non, le modèle actuel restera en place. Mais le diagnostic économique ne disparaîtra pas avec le vote. Balancer a déjà réussi la partie la plus difficile techniquement : construire un DEX utilisé pendant plusieurs cycles et livrer une nouvelle architecture après un hack majeur.

Ce qu’il n’a pas réussi à reconstruire, ce sont les revenus. Et en 2026, dans une industrie crypto devenue beaucoup moins généreuse avec les projets déficitaires, cela peut suffire à fermer même un protocole historique.

Auteur/autrice

lydie@brefcrypto.com

Lydie Musekwa, enseignante chercheuse passionnée par les nouvelles technologies, plonge dans l'univers des cryptomonnaies avec un regard analytique et innovant. Depuis sa découverte du bitcoin, son parcours s'est orienté vers une exploration exhaustive de la blockchain et de ses applications. Armée d'un esprit critique et d'une soif d'apprendre, elle s'attache à démystifier les concepts technologiques complexes pour ses lecteurs, tout en scrutant les dernières tendances et avancées. En tant que rédactrice, Lydie s'engage à partager des connaissances précises et à jour, faisant le pont entre le monde académique et la sphère digitale en constante évolution.

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