La Loi Clarity rencontre un nouvel obstacle au Sénat américain. Josh Hawley, sénateur républicain du Missouri, annonce qu’il votera contre le texte si ses préoccupations sur les stablecoins ne sont pas réglées. Il redoute que les récompenses proposées par les plateformes crypto retirent des dépôts aux banques locales. Brian Armstrong, patron de Coinbase, conteste cette lecture et demande des preuves.
Loi Clarity : Josh Hawley refuse le texte actuel
Josh Hawley ne ferme pas totalement la porte à la Loi Clarity. Mais cette menace intervient alors que le Sénat approche du vote décisif du CLARITY Act, avec très peu de marge avant la pause parlementaire d’août.
Le sénateur affirme subir une forte pression des banques communautaires et des organisations agricoles de son État. Il promet donc de défendre leurs intérêts lors du vote. Son inquiétude concerne les récompenses versées sur les stablecoins.
Certaines plateformes peuvent offrir des avantages aux clients qui conservent ou utilisent des actifs numériques adossés au dollar. Pour les banques, ces produits ressemblent à des comptes rémunérés, mais sans les mêmes contraintes réglementaires.
Hawley craint alors une migration de l’épargne. Les clients pourraient retirer leurs dollars des établissements locaux afin de rechercher un rendement sur des plateformes crypto. Les banques disposeraient de moins de ressources pour financer les agriculteurs, les petites entreprises et les ménages.
Cette opposition complique le calcul républicain. La majorité dispose de 53 sièges, alors que 60 voix sont généralement nécessaires pour surmonter une obstruction au Sénat. Perdre un élu de son propre camp augmente donc le nombre de soutiens démocrates à trouver.
Coinbase accuse les banques de défendre leurs profits
Brian Armstrong a rapidement répondu au sénateur. Le dirigeant de Coinbase estime que la proposition doit être évaluée à partir de données concrètes. Il demande si les inquiétudes avancées reposent sur des preuves ou sur la volonté des banques de protéger leurs revenus.
Pour Coinbase, interdire largement les récompenses reviendrait à protéger les acteurs déjà installés. Les plateformes crypto considèrent les stablecoins comme une nouvelle concurrence pour les dépôts bancaires. Elles défendent donc le droit de proposer des incitations, tant que les règles de transparence et de protection des consommateurs sont respectées.
Les banques communautaires présentent un autre scénario. L’Independent Community Bankers of America estime que le développement de stablecoins rémunérés pourrait retirer 1 300 milliards de dollars de dépôts au secteur. Selon ses propres projections, cette fuite réduirait la capacité de crédit d’environ 850 milliards de dollars. Ces chiffres viennent du lobby bancaire et restent contestés par l’industrie crypto.
L’organisation demande donc une interdiction plus ferme des intérêts, rendements et récompenses liés à la détention de stablecoins. Elle considère que le texte actuel contient encore des ouvertures permettant aux intermédiaires de contourner les restrictions.
La Loi Clarity dépasse le débat sur les stablecoins
La Loi Clarity ne concerne pas uniquement les actifs numériques adossés au dollar. Son objectif principal consiste à définir les rôles respectifs de la Securities and Exchange Commission et de la Commodity Futures Trading Commission.
Le texte veut préciser quand un actif numérique relève du droit des valeurs mobilières et quand il peut être traité comme une marchandise numérique. Le dossier officiel de Congress.gov sur H.R. 3633 montre que cette frontière réglementaire constitue le cœur du projet.
Cette distinction est déterminante pour l’industrie. En l’absence de cadre voté par le Congrès, les entreprises doivent souvent interpréter des règles conçues avant l’arrivée des blockchains. Elles peuvent ensuite découvrir la position réelle du régulateur à travers une enquête ou une procédure judiciaire.
La Chambre des représentants avait adopté la Loi Clarity avec un soutien bipartisan en juillet 2025. Le comité bancaire du Sénat a ensuite avancé sur sa propre version le 14 mai 2026. Le texte doit encore franchir l’étape décisive du vote en séance plénière.
Le calendrier du Sénat devient le principal danger
Le temps manque désormais aux promoteurs du projet. Cette pression rejoint l’analyse publiée lorsque DCG pressait le Sénat d’adopter le CLARITY Act avant que le calendrier parlementaire ne referme la fenêtre politique.
Le chef de la majorité, John Thune, doit également composer avec les négociations sur les règles éthiques. Plusieurs démocrates réclament des dispositions empêchant les responsables publics de profiter personnellement de projets crypto pendant leur mandat.
Ce volet reste central depuis que la Maison-Blanche a tenté de débloquer les règles éthiques du CLARITY Act. Les sénateurs favorables au texte doivent donc rassurer les banques locales, conserver l’appui de l’industrie crypto et obtenir assez de voix démocrates sur les questions de conflits d’intérêts.
Le soutien de Wall Street ne suffit pas à résoudre ce blocage. Même lorsque Goldman Sachs a défendu le CLARITY Act, la banque a reconnu que le texte comportait encore des limites. Hawley ajoute désormais une difficulté venue du camp républicain lui-même.
L’opposition du sénateur ne condamne pas encore la Loi Clarity. Elle révèle cependant que le conflit ne se limite plus à une bataille entre démocrates et républicains. Le texte divise aussi le camp conservateur entre défense des banques rurales et soutien à l’innovation crypto.
En bref
- Josh Hawley menace de voter contre la Loi Clarity.
- Les banques craignent une fuite des dépôts vers les stablecoins.
- Coinbase demande au Sénat de s’appuyer sur des preuves.
