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La RDC accélère sur l’IA et la cybersécurité

La RDC veut accélérer simultanément sur l’identité numérique, l’intelligence artificielle et la cybersécurité. Le ministre de l’Économie numérique, Augustin Kibassa Maliba, a dressé le bilan d’une année de réformes comprenant RDC-PASS, la stratégie nationale sur l’IA, la gouvernance des données et de nouvelles structures destinées à sécuriser les services publics numériques. Le pays dispose désormais de plusieurs briques institutionnelles. Le défi se déplace vers leur mise en œuvre réelle dans un territoire où l’accès à Internet reste très inégal.

Deux professionnels congolais travaillent à un terminal d’enregistrement près de serveurs sécurisés à Kinshasa
L’identité numérique, l’IA et la cybersécurité structurent les chantiers numériques de la RDC.

RDC-PASS entre en phase opérationnelle

Le projet le plus visible reste RDC-PASS. Lancé le 13 juin 2026, il doit fournir à chaque Congolais un identifiant numérique personnel utilisable pour accéder progressivement aux services publics, financiers et sociaux. Comme BrefCrypto le relevait déjà sur l’Afrique numérique, connecter les citoyens ne suffit plus : encore faut-il construire des services capables de fonctionner au-dessus de cette connectivité.

RDC-PASS ne remplace pas la carte d’identité nationale. Il doit plutôt fonctionner comme une clé numérique permettant notamment de vérifier son identité, accéder à certaines démarches administratives, ouvrir un compte ou authentifier différents documents. La Présidence insiste elle-même sur cette distinction.

Le déploiement reste toutefois encore limité. Le site officiel de RDC-PASS indique que la validation n’est pas encore disponible dans toutes les provinces. La première cohorte de 50 agents d’enregistrement a commencé sa formation à Kinshasa en septembre afin de préparer la phase pilote.

C’est une avancée concrète, mais encore très loin d’une identité numérique disponible pour plus de 100 millions de Congolais.

L’IA et les données deviennent des sujets de souveraineté

Le gouvernement veut parallèlement structurer l’utilisation de l’intelligence artificielle. Augustin Kibassa Maliba cite désormais la Stratégie nationale de l’intelligence artificielle parmi les principaux chantiers engagés, avec une politique sectorielle de l’économie numérique et un cadre consacré à la gouvernance des données.

L’objectif dépasse l’utilisation d’outils étrangers. La RDC veut notamment développer des solutions adaptées à ses réalités, renforcer les compétences locales et mieux contrôler l’hébergement de ses données.

Cette question rejoint directement le débat africain sur la souveraineté numérique. Posséder des données locales sans capacité de stockage, de calcul ou de développement de modèles revient à rester dépendant des infrastructures étrangères.

Le chantier avait déjà été inscrit dans le Plan national du numérique 2026-2030, dont les travaux ont débuté en octobre 2025. Le plan annoncé prévoit infrastructures, services publics numériques, compétences, cybersécurité et IA. Ecofin évoquait alors jusqu’à 1 milliard de dollars d’investissements publics sur cinq ans, complétés par environ 500 millions de financements externes annoncés.

Le gouvernement travaille également sur le Guichet numérique de la RDC. Le Conseil des ministres a adopté en mai sa création afin de construire un point d’accès unifié et interopérable aux services publics numériques.

L’idée commence donc à devenir cohérente : RDC-PASS pour identifier, un guichet pour accéder aux services et une gouvernance des données pour encadrer ce qui circule entre eux.

La cybersécurité devient la condition du reste

Plus l’État numérise ses services, plus une attaque informatique peut avoir des conséquences importantes.

La RDC dispose déjà d’une stratégie nationale de cybersécurité articulée autour de sept piliers : infrastructures critiques, protection des données, compétences, confiance numérique, réglementation, gestion des crises et coopération internationale.

Le gouvernement avance désormais sur les structures censées appliquer cette doctrine. Le ministère cite notamment l’Agence nationale de cybersécurité, l’Autorité nationale de certification électronique et le Guichet numérique parmi les nouvelles institutions destinées à renforcer la confiance dans les services numériques.

Le timing n’a rien d’anecdotique. Les cybercriminels africains utilisent déjà l’IA plus rapidement que de nombreuses forces de sécurité. La Police nationale congolaise reconnaissait elle-même en septembre la nécessité de développer enquêtes numériques, criminalistique et partage d’informations pour suivre une criminalité devenue beaucoup plus technologique.

Une mission de la Banque mondiale et de l’AFD ouverte le 28 septembre examine d’ailleurs plusieurs de ces mêmes chantiers : connectivité des administrations, infrastructures numériques publiques, sécurité des systèmes d’information, état civil et identification.

La RDC ne manque donc plus vraiment de stratégies.

Elle doit maintenant démontrer qu’elles peuvent fonctionner ensemble. RDC-PASS doit sortir de Kinshasa, les services publics doivent réellement rejoindre le Guichet numérique, les données doivent être protégées et l’Agence nationale de cybersécurité doit disposer de capacités opérationnelles.

La transformation numérique congolaise entre ainsi dans une phase plus difficile : après avoir créé les plans et les institutions, il faut désormais produire des services que les citoyens peuvent réellement utiliser et auxquels ils peuvent faire confiance.

Sources citées1
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Samson Hangi
Auteur

Samson Hangi

Chercheur et médecin, Samson Hangi évolue à la convergence de la rigueur scientifique et des technologies décentralisées. Spécialiste de l'écosystème Bitcoin et de la blockchain, il applique une méthodologie issue de la recherche pour analyser les dynamiques de marché et les innovations fintech. Son approche, strictement fondée sur les preuves (evidence-based), privilégie la compréhension des fondamentaux technologiques et des contextes macroéconomiques. À travers ses analyses, il s'attache à déconstruire les concepts complexes pour offrir une lecture structurée, pédagogique et nuancée de la transition numérique, loin de la spéculation volatile.