La Russie a officiellement inculpé Pavel Durov, fondateur et dirigeant de Telegram, pour assistance présumée à des activités terroristes. Le Service fédéral de sécurité, ou FSB, a également émis un mandat d’arrêt international contre lui le 29 juillet 2026. Moscou accuse Telegram de ne pas avoir supprimé des contenus utilisés pour préparer des actes de sabotage, des attaques et des opérations de cyberfraude sur le territoire russe.
Le FSB accuse Telegram de faciliter des activités terroristes
Ce nouveau dossier prolonge l’enquête russe visant déjà Pavel Durov. Selon le FSB, plusieurs chaînes, groupes de discussion et robots Telegram auraient été utilisés par les services de renseignement ukrainiens ainsi que par des organisations qualifiées de terroristes ou d’extrémistes par la Russie. Ces espaces auraient servi à coordonner des attaques et des opérations clandestines.
L’accusation vise directement Pavel Durov en tant que dirigeant de la plateforme. Les autorités russes estiment que Telegram n’a pas retiré suffisamment rapidement les contenus signalés. Elles lui reprochent donc moins d’avoir publié ces messages que d’avoir laissé fonctionner les canaux concernés.
D’après l’Associated Press, la Russie a placé Durov sur une liste internationale de personnes recherchées après l’avoir accusé d’aide au terrorisme. Le dossier avait été ouvert plusieurs mois auparavant. En février 2026, The Moscow Times rapportait déjà une enquête fondée sur l’article 205.1 du Code pénal russe, relatif à l’assistance aux activités terroristes.
Telegram se retrouve pris entre sécurité et liberté numérique
Telegram revendique plus d’un milliard d’utilisateurs dans le monde. L’application joue un rôle particulier dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Elle est utilisée par des responsables politiques, des soldats, des journalistes, des propagandistes, des opposants et des citoyens ordinaires des deux camps.
Cette position rend sa modération particulièrement sensible. Supprimer une chaîne peut limiter la diffusion de contenus dangereux. Mais une coopération trop large avec les autorités peut aussi exposer des opposants, des journalistes ou des utilisateurs à la surveillance gouvernementale.
Au moment de l’annonce, Pavel Durov et Telegram n’avaient pas publié de réponse détaillée aux accusations. Durov avait toutefois déjà dénoncé l’enquête russe comme une tentative de réduire la liberté d’expression et le droit à la vie privée. Cette inquiétude rejoint les alertes formulées lorsque l’ONU avait exprimé ses préoccupations sur l’arrestation de Pavel Durov.
La Russie veut reprendre le contrôle de ses communications
La Russie a tenté à plusieurs reprises de restreindre Telegram. Elle avait déjà cherché à bloquer l’application après le refus de l’entreprise de remettre certaines données aux services de sécurité. Cette stratégie avait rencontré des difficultés techniques, car Telegram restait largement accessible.
Depuis 2026, la pression s’est intensifiée. Les autorités ont ralenti certaines fonctions, limité ponctuellement l’accès au service et renforcé leur communication en faveur de MAX. Pourtant, Telegram reste utilisé par des institutions russes et par de nombreux commentateurs favorables au Kremlin.
Cette contradiction explique une partie de la prudence de Moscou. Une interdiction complète pourrait perturber les communications officielles et militaires. Le mandat contre Durov permet donc de viser personnellement le fondateur tout en évitant, pour le moment, de supprimer brutalement une plateforme devenue centrale.
Pavel Durov fait aussi face à une procédure en France
Le dossier russe n’est pas la seule difficulté judiciaire de Pavel Durov. Les autorités françaises enquêtent également sur la modération de Telegram et sa coopération avec les demandes policières concernant des activités criminelles. Durov nie les accusations portées contre lui.
Les deux procédures ne doivent pourtant pas être confondues. La France examine notamment la réponse de Telegram face à plusieurs catégories de criminalité. La Russie fonde son dossier sur des contenus liés à l’Ukraine, au sabotage et au terrorisme présumé. Cette distinction était déjà visible lorsque le contrôle judiciaire de Pavel Durov avait été prolongé en France.
Le mandat russe pourrait surtout limiter les déplacements internationaux de Durov. Son efficacité dépendra cependant de sa diffusion et de la coopération des pays dans lesquels il se rend. Durov vit principalement à Dubaï et possède notamment les nationalités française et émiratie.
Cette affaire dépasse donc la responsabilité d’un seul dirigeant. Elle pose une question devenue centrale pour les messageries mondiales : jusqu’où une plateforme doit-elle surveiller ses utilisateurs sans devenir elle-même un outil de contrôle politique ? Les débats sur la lutte contre la criminalité numérique montrent déjà que cette frontière devient de plus en plus difficile à tracer.
En bref
- La Russie accuse Pavel Durov d’assistance à des activités terroristes.
- Le FSB a émis un mandat d’arrêt international contre le fondateur de Telegram.
- L’affaire renforce le conflit entre modération, sécurité et liberté numérique.
