L’arrestation de Nicolás Maduro, annoncée par Washington, coïncide avec une nouvelle injection de 22,8 milliards de dollars par la Réserve fédérale américaine. Dans la foulée, Bitcoin s’est envolée au-delà des 90 000 $. Derrière cette série d’événements apparemment distincts se cache un même fil conducteur. Il s’agit de la bataille pour la survie du pétrodollar.
Le pétrodollar : un pacte qui a façonné la domination américaine
L’histoire commence en 1974, au lendemain du choc pétrolier. Henry Kissinger conclut alors un accord avec l’Arabie saoudite. En échange d’une protection militaire, Riyad s’engage à facturer son pétrole exclusivement en dollars américains.
Ce geste crée une demande mondiale automatique pour le billet vert. Tous les pays doivent désormais détenir des réserves en dollars pour se fournir en énergie. Ce mécanisme simple, presque invisible, devient l’ossature du système financier mondial.
Grâce à lui, Washington peut émettre de la monnaie sans effrayer les marchés. Les déficits publics, les guerres et même les crises bancaires sont absorbés par un océan de dollars toujours demandés à l’étranger. Le pétrodollar est ainsi devenu bien plus qu’un accord économique : un instrument d’hégémonie.
Mais aujourd’hui, cette architecture montre ses fissures. L’essor des BRICS, la montée du commerce en yuans, et la multiplication des systèmes de paiement alternatifs annoncent la fin d’un cycle. Et c’est là que le Venezuela entre en scène.
Le Venezuela, catalyseur d’un changement d’époque
Avec 303 milliards de barils de réserves prouvées, le Venezuela détient le plus grand stock de pétrole au monde. En théorie, ce pays pourrait redevenir un pilier énergétique mondial. Mais depuis plusieurs années, il cherche à se libérer du dollar.

Sous sanctions américaines, le gouvernement vénézuélien a commencé à vendre son brut en yuans chinois, en roubles ou en euros. Il a même mis en place des circuits de paiement directs avec la Chine, contournant totalement le réseau SWIFT.
Cette orientation n’est pas anodine. Elle vise à s’aligner sur la stratégie des BRICS, dont la Chine et la Russie sont les moteurs. Ces nations construisent pas à pas un monde financier capable de fonctionner sans le dollar.
Pour Washington, c’est une menace existentielle. Car si les grands exportateurs d’énergie abandonnent le billet vert, c’est tout le système américain qui s’effondre : plus de demande forcée de dollars, plus de recyclage automatique de dettes américaines.
L’intervention américaine au Venezuela s’inscrit dans ce contexte tendu. Elle n’a pas seulement une dimension politique ; elle est aussi monétaire. Elle vise à rappeler au monde que le pétrole reste, pour l’instant, le territoire du dollar.
Fed et Bitcoin : la confiance comme champ de bataille
Alors que le monde observe la situation au Venezuela, la Fed injecte 22,8 milliards de dollars via des opérations de repo. Techniquement, il s’agit de prêts très courts destinés à stabiliser le marché monétaire. Mais symboliquement, cela révèle combien la liquidité est devenue la principale arme de défense du système.
Chaque fois que le monde doute du dollar, Washington répond par plus de dollars. Et dans ce cycle, Bitcoin s’invite comme un indicateur presque instinctif. Il grimpe quand la confiance baisse, il respire quand la liquidité revient.
Sa hausse actuelle, au-delà des 90 000 $, ne traduit pas seulement un enthousiasme spéculatif. Elle reflète la perception d’un monde où la monnaie dominante vacille et où les banques centrales doivent sans cesse rallumer la pompe pour maintenir l’équilibre.

Le Bitcoin ne menace pas encore directement le dollar. Mais il symbolise une fatigue du système, celle d’un monde lassé d’échanger des richesses réelles contre une promesse d’argent sans limite.
