Satoshi Nakamoto reste une présence paradoxale dans l’écosystème. On ne sait pas qui il est. On ne l’entend plus depuis des années. Pourtant, son ombre revient à chaque cycle, comme une lumière de secours qu’on ne peut pas éteindre. Ce qui intrigue, ce n’est pas seulement le mystère. C’est la place que cette figure occupe encore dans la carte mondiale du Bitcoin.
Un holder des bitcoins qui ne parle pas, mais qui pèse
Satoshi Nakamoto resterait, de loin, le plus gros détenteur de Bitcoin, avec environ 968 000 BTC, soit près de 4,6 % de l’offre. Derrière, Strategy revendique un trésor autour de 673 783 BTC. Et les États-Unis graviteraient autour de 325 000 à 328 000 BTC.

Les 968 000 BTC attribués à Satoshi Nakamoto viennent surtout d’analyses historiques des premiers blocs minés. On parle souvent du Patoshi pattern, une signature statistique associée aux débuts du réseau. Cela reste une estimation, pas un relevé bancaire. Et le plus marquant, c’est que ces bitcoins n’ont, pour l’essentiel, jamais bougé.
Cette immobilité produit un effet étrange. Elle réduit la pression vendeuse potentielle, donc elle rassure. Mais elle maintient aussi une ombre au-dessus du marché. Si un jour une partie de ces bitcoins se déplaçait, même sans vente, le signal serait énorme. Ce ne serait pas un “crash automatique”. Ce serait surtout un choc narratif.
Il y a aussi une nuance rarement dite à voix haute. Même si Satoshi détient une part massive, cette part n’est pas organisée. Il n’y a pas de stratégie de trésorerie, pas de communication, pas de levier. C’est un poids mort, au sens mécanique. Et ce poids, paradoxalement, stabilise autant qu’il inquiète.
Strategy : la concentration assumée, documentée, financée
Avec Strategy, on sort du mythe et on entre dans le reporting. La société affiche publiquement ses données d’achats et son total, qui tourne autour de 673 783 BTC début janvier 2026 sur son tableau dédié.

Cette transparence ne veut pas dire simplicité. Le modèle Strategy mélange achat de BTC et ingénierie financière. Les épisodes récents l’ont rappelé, avec des pertes latentes massives quand le prix recule, et une dépendance au marché pour lever du capital. Reuters a notamment rapporté un important montant de perte latente au quatrième trimestre 2025.
Mais il serait trop facile d’en faire un château de cartes. Strategy a aussi transformé le Bitcoin en actif de bilan mainstream. Le marché peut détester le risque. Il peut aussi adorer la clarté. Et une entreprise cotée qui annonce ses achats, même quand le prix est moins glamour, imprime une idée simple : certains acteurs achètent le Bitcoin comme on achète du temps long.
Les États-Unis : un stock de BTC né de la contrainte
Le cas américain est encore différent. Les 325 000 à 328 000 BTC associés aux États-Unis viennent principalement de saisies judiciaires et d’opérations contre la criminalité. Ce n’est pas une stratégie d’accumulation comme avec Strategy. C’est un sous-produit de l’application de la loi.
D’où une ambiguïté permanente. Un État peut détenir beaucoup de bitcoins sans intention de conserver l’actif sur le long terme. Il peut vendre par tranches, garder en réserve, ou attendre des arbitrages politiques. Cette incertitude compte. Elle crée une réserve potentielle de volatilité, surtout si des ventes arrivent sur le marché à un mauvais moment.
Cela dit, la simple existence de ce stock change la conversation. Elle légitime, malgré elle, l’idée que le Bitcoin est un actif d’importance stratégique. Pas forcément parce que Washington l’a choisi. Plutôt parce que le réel l’a poussé à le gérer.
Mis ensemble, Satoshi, Strategy et les États-Unis représentent une part visible et symboliquement lourde de l’offre. Mais l’impact n’est pas seulement mathématique. Il est psychologique. Ces poches créent un plancher narratif. C’est l’idée que le Bitcoin est détenu par des acteurs qui ne réagissent pas comme le trader moyen.
