La crypto en Afrique n’a plus l’exotisme des débuts. Elle a pris une place utilitaire, presque domestique. Et quand un usage devient banal, il attire mécaniquement ce qui va avec. Les arnaques, les faux “conseillers”, les usurpations, les pièges bien emballés. C’est dans ce décor, très concret, très quotidien, que Tether annonce une collaboration avec l’UNODC (Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime). L’objectif est de renforcer la sécurité des utilisateurs de crypto sur le continent. L’annonce date du 9 janvier 2026.
Un partenariat qui ressemble à un pare-feu
Sur le papier, l’idée est de réduire les vulnérabilités face à la cybercriminalité. Mais pas que. Tether compte renforcer l’éducation du public sur la sécurité des actifs numériques. En clair : apprendre à reconnaître les pièges, sécuriser ses accès, comprendre ce qu’on signe, et éviter que “crypto” ne rime avec “cible facile”.
Tether s’adosse ici à une institution qui travaille depuis longtemps sur les réseaux criminels, la traite, la fraude, et les flux illicites. Et l’UNODC y voit un levier pour sa Strategic Vision for Africa 2030, centrée sur la protection des populations et des institutions face au crime, à la corruption et aux flux financiers illicites.
Le contexte n’est pas décoratif. Tether rappelle notamment une opération d’Interpol ayant mis au jour 260 millions de dollars en crypto et monnaie fiduciaire illicites à travers l’Afrique. Ça donne une échelle. Et ça explique pourquoi la sécurité n’est plus un “plus”, mais un prérequis.
Nigeria : quand l’USDT devient un outil du quotidien
Si ce partenariat se focalise sur l’Afrique, la loupe se pose souvent sur le Nigeria. Pas par romantisme géopolitique. Par pragmatisme : le pays fait partie des bassins d’usage majeurs, notamment autour de l’USDT.
Tether elle-même le formule sans détour sur X. Au Nigeria, USD₮ est passé des transferts (remittances) à la “survie du quotidien”, au point de devenir un réflexe. Ce genre de phrase est révélatrice : on n’est plus dans la spéculation, mais dans l’outil.
Pourquoi l’USDT colle autant ? Parce que la promesse n’est pas d’“aller sur la lune”. Elle est de ne pas bouger. Dans des économies où la volatilité de la monnaie locale et les frictions de paiement sont vécues comme une taxe invisible, un stablecoin devient une passerelle. Il sert à conserver de la valeur, régler, convertir, ou simplement respirer entre deux vagues de prix.
Sécurité + éducation : le vrai nerf de la guerre
Le plus intéressant, dans le communiqué de Tether, ce ne sont pas les grands mots. Ce sont les programmes. Trois axes sont cités : un “Senegal Project” orienté éducation cybersécurité pour les jeunes (avec bootcamps, mentorat et micro-grants), un “Africa Project” qui finance des organisations aidant des victimes de traite humaine (incluant plusieurs pays, dont le Nigeria et la RDC), et un volet en Papouasie–Nouvelle-Guinée autour de prévention de la fraude et inclusion financière.
Paolo Ardoino, CEO de Tether, insiste d’ailleurs sur un point rarement mis en avant par les acteurs privés : protéger les victimes et prévenir l’exploitation exige une action coordonnée, et l’éducation fait partie de la réponse.
De son côté, l’UNODC met l’accent sur un triptyque très “terrain” : inclusion numérique, compétences, employabilité des jeunes, et écosystèmes digitaux plus transparents. Dit autrement : sécuriser la crypto, c’est aussi éviter qu’elle ne devienne un couloir pour le crime organisé et permettre qu’elle reste un outil d’opportunités.
