Coinbase vient de créer un comité consultatif indépendant consacré au risque quantique pour la blockchain. L’objectif est simple, mais ambitieux : évaluer, sans effet d’annonce, comment les progrès de l’informatique quantique pourraient fragiliser la cryptographie utilisée par des réseaux comme Bitcoin et Ethereum, puis publier des recommandations utiles pour les développeurs, les organisations et le grand public.
En bref :
- Coinbase met sur pied un comité indépendant pour suivre et qualifier le risque quantique pour la blockchain.
- Le sujet devient assez sérieux pour influencer aussi la perception des investisseurs traditionnels.
- Les standards post-quantiques existent déjà, mais la transition des réseaux sera un chantier de gouvernance autant que de cryptographie.
Un comité “extérieur” pour un sujet qui dépasse Coinbase
Le point intéressant, ce n’est pas seulement l’existence du comité. C’est sa posture. Coinbase insiste sur son indépendance vis-à-vis de la direction. Autrement dit, ce n’est pas un groupe interne chargé de rassurer les marchés. C’est un espace d’analyse censé parler au secteur entier, même quand la réponse n’arrange personne.
Après avoir retiré son soutien à la loi CLARITY, Coinbase promet une série de prises de parole publiques, avec un premier document de position attendu début 2027. On y espère un état des lieux : où en est réellement le quantique aujourd’hui ? Quels scénarios sont plausibles ? Et quelles décisions « sans regret » peut-on prendre dès maintenant, même si le calendrier venait à se décaler ?
Ce timing n’arrive pas dans le vide. Sur Wall Street, le sujet a quitté la case “curiosité”. Christopher Wood, stratège chez Jefferies, a récemment retiré le Bitcoin d’un portefeuille modèle en évoquant le risque quantique. Cela ne prouve rien sur l’urgence technique. Mais cela dit beaucoup sur la perception.
Le risque quantique, sans la brume des films de science-fiction
L’informatique quantique n’est pas “plus rapide” au sens classique. Elle est différente. Pour certains problèmes, elle change les règles. Et la cryptographie à clé publique, qui sous-tend une bonne partie de la sécurité numérique moderne, fait partie des domaines souvent cités comme vulnérables à long terme.
Dans l’écosystème crypto, le débat est souvent mal cadré. On passe vite du “tout va casser demain” au “on en reparle dans vingt ans”. La réalité ressemble plutôt à une pente. Une progression irrégulière. Et un moment où l’on bascule d’une menace théorique à une menace exploitable, sans forcément voir arriver le virage avec une date écrite dessus.
Coinbase, de son côté, parle d’un travail parallèle. D’un côté, le comité qui observe et publie. De l’autre, des efforts internes pour moderniser la gestion des adresses et des clés, et pour étudier des standards post-quantiques sur le long terme. On sent une logique de préparation, pas de panique.
Bitcoin, Ethereum : où se situe vraiment la surface d’attaque
Dire “le quantique cassera Bitcoin” est une phrase trop large pour être utile. Ce qui compte, c’est le chemin exact de l’attaque. Sur Bitcoin, le sujet revient souvent à la question des clés publiques exposées. Certaines situations, comme la réutilisation d’adresses ou des formats historiques, peuvent augmenter l’exposition. Ce n’est pas une condamnation. C’est une cartographie du risque.
Ethereum a aussi ses particularités. Les comptes externes reposent sur des signatures et des schémas cryptographiques qui, eux aussi, entrent dans le champ des discussions post-quantiques. Mais la migration, dans un réseau vivant, ne se résume pas à “changer un algorithme”. Il faut préserver la compatibilité, gérer la transition, éviter les failles de mise en œuvre. La cryptographie est parfois la partie la plus propre. L’intégration, elle, peut être le piège.
C’est là que l’initiative de Coinbase a un intérêt stratégique. Un grand acteur peut pousser une discussion disciplinée. Pas seulement sur le “si”, mais sur le “comment”. Comment migrer sans casser l’expérience utilisateur, gérer les fonds dormants, éviter qu’une mise à jour de sécurité devienne un feuilleton politique ?
Préparer l’après : des standards existent, le chantier reste immense
Le monde “hors crypto” n’attend pas. En août 2024, le NIST a publié ses premiers standards finalisés de cryptographie post-quantique, avec ML-KEM pour l’échange de clés et des schémas de signatures comme ML-DSA et SLH-DSA. C’est un marqueur : on n’est plus seulement dans la recherche, on est dans l’industrialisation.
Cela ne veut pas dire que Bitcoin ou Ethereum doivent basculer demain matin. Cela veut dire qu’il existe désormais une boîte à outils crédible, testée, standardisée. Et qu’un acteur comme Coinbase peut aider à traduire ces briques en décisions opérationnelles pour l’écosystème, sans promesses magiques.
Reste la question du tempo. Mark Thompson, cofondateur et CTO de PsiQuantum, a récemment souligné que casser massivement la cryptographie actuelle exigerait probablement des machines à l’échelle de dizaines de millions de qubits, bien au-delà des capacités présentes. Dit autrement : le danger n’est pas imminent, mais la préparation doit commencer avant l’alarme.
