L’idée a le mérite d’être claire : faire entrer le Bitcoin dans les tuyaux du paiement public, sans le déguiser en monnaie officielle. Cette semaine, des élus de l’Oklahoma ont déposé un texte qui permettrait aux employés de l’État, aux fournisseurs, mais aussi aux entreprises privées et aux résidents, de négocier et recevoir des paiements en Bitcoin sur une base volontaire.
En bref :
- Le gouvernement de l’Oklahoma propose le SB 2064
- L’objectif est de permettre aux employés publics et fournisseurs de recevoir volontairement leur paiement en Bitcoin.
- Le texte encadre la pratique sans faire du Bitcoin une monnaie légale
Un cadre “Bitcoin-friendly” sans le statut de monnaie légale
Le cœur du SB 2064 tient en une phrase : oui au Bitcoin comme moyen de paiement, non à l’idée de le déclarer “legal tender”. Le texte insiste sur ce point et précise qu’il n’entre pas en conflit avec la Constitution américaine, qui interdit aux États de frapper monnaie ou d’imposer un cours légal autre que l’or et l’argent.
Et pendant que l’Oklahoma verrouille le cadre juridique, la finance traditionnelle, elle, continue de déverrouiller des portes : le Nasdaq a récemment levé certaines restrictions sur les options liées aux ETF Bitcoin
Les autorités voient le Bitcoin comme un outil financier, non un remplacement direct du dollar américain. Dit autrement : on ne renverse pas la table, on change les règles du jeu à l’intérieur même du casino.
Et ce positionnement raconte quelque chose. L’État ne vend pas un rêve techno. Il vend une option. Une option pour ceux qui veulent réduire leur dépendance au système bancaire, ou simplement diversifier leurs flux de trésorerie. Le Bitcoin devient une case de plus sur le formulaire, pas un manifeste.
Salaires en Bitcoin : option, flexibilité, et arbitrage sur le prix
Si le texte est adopté, un employé de l’État pourrait choisir de recevoir son salaire en Bitcoin. Pas forcément 100%. Le mécanisme prévoit aussi une combinaison : Bitcoin, dollars, ou mix des deux. Et surtout, la préférence pourrait être modifiée au début de chaque période de paie. Pas de prison dorée.
Autre point qui compte : la méthode de valorisation. Le projet prévoit deux repères possibles : le prix de marché au début de la période ou au moment du paiement. Cela paraît technique, mais c’est là que se cache l’essentiel. Le Bitcoin bouge vite. Choisir le “début de période”, c’est lisser. Choisir “au moment du paiement”, c’est assumer la volatilité, pour le meilleur comme pour le pire.
Enfin, le texte met la main dans un sujet sensible : la custody. Les paiements pourraient être déposés dans un wallet auto-hébergé contrôlé par l’employé, ou dans un compte de conservation tiers désigné par lui. L’Oklahoma n’impose pas une solution unique. Il pose un cadre. Et il laisse l’utilisateur décider de son niveau de souveraineté.
Fournisseurs, entreprises “bitcoin natives” et plan d’exécution côté Trésor
Le dispositif ne s’arrête pas aux fiches de paie. Les vendors (fournisseurs sous contrat avec l’État) pourraient aussi opter pour un règlement en Bitcoin, transaction par transaction. Par défaut, la conversion se ferait au prix de marché au moment de la transaction, sauf accord écrit différent. Là encore : flexibilité, mais règles explicites.
Le SB 2064 ajoute une couche pro-business : les entreprises qui opèrent exclusivement en actifs numériques et ne les échangent pas contre des dollars seraient exemptées des obligations de licence de “money transmitter” dans l’État, selon le texte. L’objectif est transparent : réduire la friction réglementaire pour les acteurs “Bitcoin-first” qui veulent rester dans un circuit natif.
Et surtout, l’Oklahoma pense à l’exécution. Le projet demande au State Treasurer de lancer un appel d’offres afin de sélectionner une société spécialisée capable de traiter les paiements en BTC pour les employés et les fournisseurs. Les critères annoncés parlent le langage du réel : frais, rapidité, cybersécurité, options de conservation et licences pertinentes. Le Trésor devrait finaliser un contrat au plus tard le 1er janvier 2027 et serait autorisé à publier les règles d’application du programme.
Un mouvement qui s’inscrit dans la course des États américains
En janvier 2025, Dusty Deevers avait déjà poussé une initiative proche, le Bitcoin Freedom Act (SB 325), visant à encadrer l’usage volontaire du Bitcoin dans l’économie locale. Le SB 2064 ressemble à une version plus opérationnelle, plus “administration-compatible”.
Surtout, l’Oklahoma s’inscrit dans une dynamique plus large. D’autres États américains testent des voies d’intégration du Bitcoin dans la finance publique, avec des approches différentes : réserves stratégiques, investissements, expérimentations réglementaires. Le point commun, c’est la recherche d’un outil de couverture et d’un signal politique : “on prend le numérique au sérieux”.
Si le SB 2064 passe, il entrerait en vigueur le 1er novembre 2026. En parallèle, la Tax Commission de l’Oklahoma devrait publier des orientations sur le traitement fiscal des actifs numériques reçus comme paiement d’ici le 1er janvier 2027. Ce passage est clé : sans boussole fiscale, l’adoption reste théorique. Et ce besoin de cadre ne concerne pas seulement les salaires ou les factures publiques : certains États réfléchissent aussi à la façon de gérer des bitcoins saisis pour en faire une réserve stratégique . Avec des règles nettes, le Bitcoin cesse d’être une curiosité… et devient une option de paiement que l’État peut assumer, noir sur blanc.
