Le vrai signal crypto, ici, ce n’est pas “le quantum arrive demain”. Ethereum cesse d’en faire un sujet de labo et l’impose dans les décisions stratégiques. Budget, équipe, calendrier. Autrement dit, la menace n’est plus une hypothèse élégante, c’est un chantier.
En bref :
- La Fondation Ethereum met 2M$ sur la table et crée une équipe dédiée à la sécurité post-quantique.
- Deux prix de 1M$ (Poseidon et Proximity) doivent accélérer la recherche sur des briques cryptographiques plus robustes.
- Préparer une transition progressive, testée, sans interruption ni perte de fonds, avant que le risque ne devienne réel.
Ethereum passe du discours à la mécanique
La Fondation Ethereum a officiellement élevé la crypto sécurité post-quantique au rang de priorité stratégique, avec une nouvelle équipe dédiée. Le financement annoncé atteint 2 millions de dollars, et l’idée est claire : on ne “surveille” plus le risque, on prépare une migration. À côté, les secousses plus “marché” comme les ajustements de paires spot autour de BTC et ETH chez Binance rappellent une chose : le bruit change vite, mais l’infrastructure, elle, doit tenir.
Vitalik Buterin, lui, a déjà pointé des prévisions (notamment via Metaculus) évoquant une probabilité non négligeable, autour de 20%, de voir une crypto “cassable” avant 2030. Ce n’est pas une certitude. C’est un chiffre qui suffit à justifier un plan.
Et surtout, le message de Justin Drake (chercheur EF) sonne comme un changement de posture : après des années de R&D discrète, l’écosystème bascule vers l’implémentation. Même la cadence se précise, avec des appels développeurs post-quantum annoncés.
Deux prix à 1M$ : le pari “hash-based”
Pour muscler la crypto sans réinventer tout l’alphabet, l’EF mise gros sur des primitives jugées robustes : deux récompenses de 1 million de dollars chacune. D’un côté, le Poseidon Prize, orienté vers le durcissement de la fonction de hachage Poseidon (très présente dans certains usages ZK). De l’autre, le Proximity Prize, qui continue d’encourager la recherche en cryptographie “hash-based”.
Dans le fond, la logique est la même : renforcer la solidité d’Ethereum avant que la menace ne devienne concrète. Cette obsession de la “protection” se retrouve aussi dans la manière dont le marché se positionne, avec Bitwise qui lance un ETF actif combinant Bitcoin et or, un produit pensé pour ceux qui cherchent un récit de couverture face aux risques qui montent.
Ce choix n’est pas anodin. La cryptographie basée sur des hash a une réputation de fondation simple à raisonner : moins de magie perçue, des hypothèses plus sobres. Drake le dit sans détour : Ethereum “parie” sur ce terrain pour obtenir des bases à la fois solides et efficaces.
Ensuite, il y a l’effet secondaire que personne n’avoue trop fort : des primes bien ciblées attirent les cerveaux qui, autrement, iraient optimiser des sujets moins existentiels. C’est une manière de transformer un thème anxiogène en compétition productive, presque sportive.
Le marché se divise… et Ethereum veut éviter le scénario “panique + bugs”
Dans l’industrie, la querelle n’est pas “quantum ou pas quantum”, mais “quand”. Certains, comme l’éducateur Ethereum Sassal, martèlent que la menace arrive plus vite que prévu. D’autres, comme Adam Back (Blockstream), parlent plutôt de décennies et mettent en garde contre les upgrades précipitées qui créent plus de risques qu’elles n’en suppriment.
C’est là que la Fondation essaie d’être chirurgicale : promettre une transition “zéro downtime, zéro perte de fonds”, et publier une feuille de route sur un site dédié (pq.ethereum.org est explicitement mentionné comme point de publication). L’objectif, c’est une migration par étapes, lisible, testée, sans transformer la sécurité en épisode de chaos.
