Pour Benjamin Cowen, “la plupart des altcoins” devraient finir à zéro et le marché crypto aurait besoin d’un grand nettoyage. L’idée n’est pas nouvelle, mais le timing est parlant. Son propos arrive alors que la domination de Bitcoin remonte autour de 59% et que la liquidité se fait plus sélective. Cette “purge” n’est pas un complot contre l’innovation. C’est plutôt une mécanique de marché. Quand l’argent est rare, les projets qui vivent surtout d’espoir et de marketing perdent leur oxygène. Et le tri se fait, souvent sans pitié.
En bref :
- La communauté crypto remet sur la table une idée dure : beaucoup d’altcoins ne survivront pas au cycle.
- La facilité de création de tokens gonfle l’offre bien plus vite que la demande. (ethereum.org)
- Quand la liquidité se resserre, le marché redevient sélectif et la différence entre projets solides et fragiles apparaît.
Une purge, ou un tri naturel ?
Cowen parle de “déchets inutiles” à éliminer. Sa formule choque, mais elle pointe un fait simple : une grande partie des tokens n’a pas de demande durable. Pas de revenus, pas d’usage clair, parfois même pas d’équipe visible. Dans une phase plus froide, ces projets tiennent surtout par l’habitude des traders à “tenter un coup”.
Ce qui change en marché baissier ou en milieu de cycle, c’est la tolérance au risque. Les acheteurs deviennent difficiles. Les “narratives” se vident. On cesse d’acheter parce que “ça a déjà fait x10”. On demande des preuves. Ce mouvement est accentué quand Bitcoin aspire la liquidité et redevient la référence, ce que reflète la remontée de sa part de marché.
Le point intéressant, c’est que Cowen ne dit pas forcément que tout altcoin est inutile. Il dit surtout que la masse d’altcoins, elle, ne peut pas survivre. La nuance est essentielle. Une purge ne signifie pas “plus d’altcoins”. Elle signifie “moins d’altcoins faibles”, et un marché qui force la différenciation.
Pourquoi les altcoins prolifèrent si vite
Le paradoxe crypto, c’est qu’on peut créer un actif en quelques heures, mais construire une demande sur dix ans prend… dix ans. Techniquement, produire un token fongible est devenu presque banal. Les standards type ERC-20 existent précisément pour faciliter ça : vous implémentez une interface, vous déployez un contrat, et le token vit.
Cette facilité a un effet secondaire : l’offre explose. CoinMarketCap affiche des dizaines de millions de “cryptos” suivies, ce qui donne une image d’abondance extrême. Même si tout n’est pas “investissable”, le signal est clair : la rareté n’est plus du côté des tokens, elle est du côté de l’attention et du capital.
Résultat, les marchés haussiers masquent le problème. Quand tout monte, même les projets mous trouvent un acheteur. Puis la marée se retire. Là, on découvre qui avait un produit, une traction, une utilité, et qui n’avait qu’un ticker. Ce n’est pas glamour, mais c’est souvent comme ça que l’industrie se “réinitialise” après une période d’excès.
Ce que cette purge raconte sur la maturité du secteur
On peut lire cette phase comme un passage adolescent. Au début, la crypto crée tout, partout, tout le temps. Puis elle se rend compte que “tout” n’a pas vocation à devenir un marché. La montée des produits plus institutionnels, comme les ETF bitcoin déjà approuvés depuis 2024, pousse aussi vers des actifs plus liquides et plus simples à expliquer. Quand l’argent professionnel arrive, il n’achète pas 200 micro-tokens par curiosité. Il cherche de la profondeur de marché.
Ce mouvement renforce la polarisation. D’un côté, Bitcoin et quelques grandes capitalisations. De l’autre, une longue traîne qui se bat pour exister. Et au milieu, une zone grise : des projets sérieux, mais trop tôt, ou mal positionnés, qui souffrent parce que le marché confond “risqué” et “inutile”.
La purge, au fond, n’est pas qu’une histoire de prix. C’est une histoire de confiance. Après les scams, les promesses creuses et les cycles de hype, une partie du public devient méfiante. La confiance est un capital. Quand elle baisse, la sanction est plus rapide, et l’erreur coûte plus cher.
Comment traverser la purge des altcoins sans devenir cynique
Le piège, c’est de transformer “purge” en slogan. Certains l’utilisent pour enterrer tout ce qui n’est pas Bitcoin. D’autres, à l’inverse, s’en servent pour vendre la prochaine “pépite” qui serait, comme par magie, immunisée. Les deux attitudes simplifient trop.
Une lecture plus utile consiste à séparer trois choses : la technologie, le token, et le prix. Un protocole peut être brillant et pourtant avoir un token mal conçu. Un token peut monter sans produit. Et un bon produit peut survivre avec un prix déprimé pendant longtemps. La purge force justement ces distinctions, que les bull markets mélangent.
