La Corée du Sud vient de verrouiller les derniers détails de sa future loi crypto, baptisée « Loi fondamentale sur les actifs numériques ». L’objectif est clair. Mettre enfin un cadre lisible autour des stablecoins et, plus largement, donner une trajectoire officielle au marché des actifs numériques. Selon plusieurs médias locaux, le texte devrait être déposé formellement avant le mois prochain, dans un calendrier politique très serré.
En bref :
- La Corée du Sud finalise une loi crypto structurante, centrée sur les stablecoins.
- Un capital minimum de 5 milliards de wons pourrait filtrer les émetteurs.
- ETF crypto et tokenisation avancent en parallèle, dans une logique de normalisation.
Une “loi crypto fondamentale” qui cherche à remettre de l’ordre
Ce projet n’est pas un simple ajustement technique. Il ressemble plutôt à une tentative de normaliser un secteur devenu trop important pour rester dans une zone grise. Le Parti démocrate sud-coréen affirme avoir finalisé la structure du texte, après une nouvelle session plénière de son groupe de travail dédié aux actifs numériques.
Le signal le plus parlant concerne les stablecoins. Le texte pose une marche d’entrée. Il fixe un capital minimum de 5 milliards de wons pour les émetteurs, soit environ 3,5 millions de dollars. Sur le papier, c’est un filtre. Dans les faits, c’est aussi un message envoyé aux acteurs opportunistes : la période des montages légers pourrait se refermer.
La suite dépendra de la mécanique parlementaire. Les élus expliquent vouloir coordonner rapidement avec les autorités gouvernementales et les instances internes du parti. La promesse est simple. Déposer le texte très vite, puis ouvrir la discussion sur les points encore sensibles, au lieu de laisser l’incertitude ronger la confiance.
Stablecoins : la bataille silencieuse entre régulateur et banque centrale
Derrière le décor, il y a une tension institutionnelle. La Commission des services financiers (FSC) et la Banque de Corée ne regardent pas les stablecoins avec les mêmes lunettes. L’une pense marché et supervision. L’autre pense monnaie, stabilité, et fuites de capitaux. Ces frictions ont déjà nourri un débat public ces dernières semaines.
Le seuil de capital à 5 milliards de wons est donc plus qu’un chiffre. Il sert aussi de compromis implicite. On autorise l’innovation, mais on exige des épaules solides. Et si le cadre final pousse les émetteurs vers des acteurs bancaires ou quasi-bancaires, ce ne sera pas un accident. Ce sera le résultat logique de cette “prudence active” que la banque centrale réclame depuis un moment.
Reste un sujet délicat : qui contrôle vraiment l’émetteur. On évoque encore des discussions sur les restrictions liées aux actionnaires principaux et sur l’architecture de supervision. Ce sont des détails, mais des détails qui décident de tout. Une loi crypto peut être pro-marché, puis devenir étouffante si les conditions d’actionnariat sont trop rigides.
Une stratégie 2026 qui change le récit autour de la crypto
Cette accélération législative n’arrive pas dans le vide. Séoul veut repositionner son approche. Moins de réaction, plus de planification. Dans cette logique, le pays a aussi laissé entendre qu’il ouvrirait la porte aux ETF crypto, y compris un ETF Bitcoin au comptant, dans le cadre d’une feuille de route plus large.
Il faut lire entre les lignes. Autoriser des ETF, ce n’est pas seulement offrir un produit de plus. C’est aussi accepter que la crypto s’installe dans les portefeuilles traditionnels, avec des rails réglementaires. Cela force tout le reste à s’aligner : conservation, reporting, gestion des risques, et surveillance de marché.
En parallèle, la Corée du Sud travaille à rendre ses marchés financiers plus “connectables” pour les investisseurs internationaux, avec des réformes d’infrastructure. Ce n’est pas crypto au sens strict. Mais l’intention est cohérente : moderniser la plomberie financière pour attirer du capital, et éviter de rester à quai pendant que d’autres places asiatiques accélèrent.
Tokenisation : l’autre pièce du puzzle, plus discrète mais décisive
Pendant que le grand public regarde les stablecoins, les députés avancent aussi sur les titres tokenisés. Des changements législatifs récents encadrent mieux l’émission et la négociation de “security tokens”, en ajustant notamment des lois financières clés.
C’est un virage important, car la tokenisation n’est pas qu’un mot à la mode. Elle réorganise la manière dont on émet, on échange, et on conserve des actifs financiers. Et la Corée du Sud semble vouloir éviter l’erreur classique : autoriser l’innovation sans définir clairement qui a le droit d’intermédier. Les textes évoquent justement un rôle renforcé d’acteurs agréés et d’infrastructures de marché.
Mis bout à bout, stablecoins, ETF crypto et tokenisation dessinent une même trajectoire. La crypto n’est plus traitée comme une anomalie à surveiller. Elle devient un segment à organiser. Et quand un pays aussi actif que la Corée du Sud verrouille un cadre, l’Asie entière prend note, même si personne ne le dit trop fort.
