Le marché crypto a parfois une mémoire d’éléphant et des nerfs de moineau. Il suffit d’un mot, “pourparlers annulés”, “frappe possible”, “escalade”, pour que la liquidité se dérobe sous les pieds des traders. Ce jeudi 6 février 2026, Bitcoin a brièvement touché la zone des 60 000 $, puis a oscillé autour de 65 000 $. Pas seulement une bougie rouge : un message. Le genre de message qui fait soudain paraître le seuil psychologique des 60 000 $ moins comme un support… et plus comme un test de confiance.
En bref :
- Bitcoin chute à 65 000 $ avec tensions USA Iran, ravivant brutalement l’aversion au risque.
- Le seuil des 65 000 $ devient crucial, concentrant stops, options et nervosité collective.
- Liquidations massives, sorties d’ETF et pression sur Strategy aggravent la baisse du marché.
Quand la géopolitique rallume le mode “risk-off” sur Bitcoin
Il faut regarder le décor : des discussions USA–Iran qui semblaient “programmées” et qui, selon plusieurs informations, deviennent “improbables”. Ce glissement de vocabulaire suffit à tendre l’élastique. Les marchés n’aiment pas l’incertitude, et Bitcoin, malgré son storytelling d’actif “hors système”, réagit souvent comme un actif de risque quand la peur domine. Et pendant que le marché panique, Washington envoie un signal inverse en conservant les BTC, comme on garde un actif rare au coffre.
La mécanique est connue : quand les gérants réduisent l’exposition globale, ils vendent ce qui est liquide, immédiatement arbitrable, et massivement détenu. Bitcoin coche toutes les cases. Résultat :une accélération baissière qui ne dépend pas d’un seul acteur, mais d’un réflexe collectif.
Enfin, ce qui fait mal, ce n’est pas uniquement la baisse. C’est le timing : après un rebond technique avorté, le marché se retrouve “entre deux narratifs”. Pas assez de bonnes nouvelles macro pour relancer, mais assez de stress pour forcer la prudence. Et cette zone intermédiaire est souvent la plus violente.
Le seuil des 65 000 $ : plus qu’un chiffre, un thermomètre
Le marché adore les niveaux ronds, parce qu’ils servent de repères mentaux. À 65 000 $, il ne s’agit pas de magie : il s’agit de comportements. Les stops s’y empilent, les options s’y concentrent, et la psychologie y devient binaire : “ça tient” ou “ça casse”. C’est exactement pour ça que la zone est surveillée comme une alarme incendie.
Sur les marchés de prédiction, la probabilité d’un passage sous 65 000 $ à court terme a grimpé, signe que beaucoup se préparent à l’idée d’un test de support. Ce n’est pas une certitude, mais c’est un baromètre de sentiment : quand la foule “price” un scénario, elle agit ensuite comme s’il pouvait arriver demain matin.
Et derrière le prix, il y a la “facture” du levier : les liquidations. Quand ça décroche, les positions sur-margées sont fermées de force, et la vente devient automatique. C’est l’effet domino du marché crypto : rapide, froid, sans émotion.
Transition : quand Bitcoin éternue, certaines entreprises attrapent carrément la grippe — surtout celles dont le modèle est devenu une extension du cours.
Strategy (MSTR) sous pression : la volatilité comme partenaire imposé
Le cas Strategy (ex-MicroStrategy) est révélateur, parce qu’il met un visage corporate sur la volatilité. La société détient environ 713 502 BTC, avec un prix moyen d’acquisition autour de 76 052 $ par bitcoin, et a encore acheté 855 BTC pour environ 75,3 M$ récemment. Quand le BTC passe sous le prix moyen, les titres s’agitent : l’action devient un amplificateur émotionnel du marché.
On parle beaucoup des pertes “non réalisées”, et c’est vrai que le chiffre impressionne. Mais le point clé est ailleurs : la sensibilité du bilan à la liquidité. Tant que l’accès au financement reste fluide, la stratégie peut survivre aux cycles. Quand la liquidité se contracte, la question change : ce n’est plus “Bitcoin remontera-t-il ?”, c’est “combien de temps peut-on tenir la mer agitée ?”.
C’est ici que les scénarios de banques d’investissement pèsent sur la narration. Stifel, par exemple, évoque un scénario baissier extrême vers 38 000 $ en s’appuyant sur des cycles passés et des vents contraires (Fed plus hawkish, liquidité en baisse, pression réglementaire, flux ETF). Et ce pessimisme prend encore plus de relief quand on regarde l’arrière plan politique, où les USA misent tout sur la domination Bitcoin. Ce n’est pas une prophétie, c’est une borne de risque que le marché intègre, parfois trop vite.
