JPMorgan estime que le Bitcoin redevient plus intéressant que l’or sur le long terme, même après la chute brutale des prix. L’idée peut surprendre. Pourtant, le raisonnement de la banque s’appuie sur un décalage devenu extrême entre l’euphorie autour de l’or et l’aversion actuelle pour le BTC.
En bref :
- JPMorgan juge le Bitcoin plus attractif que l’or à long terme, car l’écart de performance et de perception est devenu extrême.
- La banque cite un coût de production autour de 87 000 $ et un ratio de volatilité Bitcoin/or proche de 1,5.
- Le court terme reste risqué, avec des scénarios baissiers allant jusqu’à 38 000 $ chez Stifel.
Bitcoin “moins aimé”, donc potentiellement mieux placé
Le point de départ est simple. L’or a largement surperformé ces derniers mois, pendant que le Bitcoin a décroché de plus de 40% depuis son pic d’octobre 2025. Dans ce contraste, JPMorgan voit un terrain plus favorable pour le BTC… mais à horizon long, pas pour un rebond immédiat.
Le stratégiste Nikolaos Panigirtzoglou insiste sur un détail qui change l’angle de lecture. Ce n’est pas “Bitcoin contre or” au sens moral. C’est “prix contre perception”. L’or capte aujourd’hui le réflexe refuge. Le Bitcoin, lui, paie une crise de confiance sur son rôle d’assurance en cas de scénario extrême.
Dans ces moments-là, le marché a une habitude. Il exagère. Il pousse un récit jusqu’à saturation, puis il se retourne quand la réalité redevient nuancée. JPMorgan ne dit pas que tout est réglé. Elle dit que l’écart de popularité commence à ressembler à une opportunité, pas à une condamnation.
Le signal discret des mineurs et du “prix de production”
Autre argument mis en avant : le Bitcoin est retombé sous son coût de production estimé par JPMorgan, autour de 87 000 $. C’est une zone qui a souvent coïncidé avec des phases de stress, parfois proches de planchers cycliques. Ce n’est pas une loi. C’est un thermomètre.
Quand le prix passe sous ce niveau, une partie des mineurs devient fragile. Certains coupent les machines. D’autres vendent plus agressivement pour survivre. Cela nourrit la baisse à court terme, mais cela “nettoie” aussi le système, en éliminant les acteurs les moins efficaces. JPMorgan note d’ailleurs que si les mineurs non rentables sortent, le coût de production peut finir par baisser à son tour.
C’est le paradoxe du krach. Il fait mal, puis il réorganise. Et dans un marché où tout le monde regarde le prix comme un verdict, ce type de mécanisme rappelle que le réseau, lui, continue de fonctionner. La question devient alors : à quel prix le risque est-il déjà payé ?
Le ratio de volatilité et le chiffre qui choque : 266 000 $
Le passage le plus commenté, c’est la projection à 266 000 $. Elle n’est pas présentée comme une cible pour “cette année”. JPMorgan l’utilise comme une comparaison. Sur une base ajustée de la volatilité, le Bitcoin devrait grimper fortement pour “rattraper” la taille des investissements privés en or, estimés autour de 8 000 milliards de dollars (hors banques centrales).
La banque souligne aussi que le ratio de volatilité Bitcoin/or est tombé vers 1,5, un niveau record dans leur note. Autrement dit, le marché traite le Bitcoin comme un actif qui a tout à prouver, alors que l’or bénéficie d’un statut quasi automatique.
Ce chiffre de 266 000 $ joue un rôle psychologique. Il met une échelle sur l’asymétrie. Si le Bitcoin regagne un jour une place crédible comme “assurance catastrophe”, le potentiel de revalorisation existe. Si ce récit ne revient pas, l’or restera le refuge préféré. JPMorgan parie surtout sur le retour du récit, une fois la peur retombée.
Les scénarios baissiers restent sur la table
L’analyse de JPMorgan ne gomme pas le risque. Le flux envoie même un message contraire : les ETF Bitcoin spot continuent d’enregistrer des sorties, signe que le sentiment reste négatif, y compris côté institutionnels.
En face, des analystes assument des objectifs plus bas. Stifel évoque un scénario de chute vers 38 000 $, en s’appuyant sur une lecture historique des grands drawdowns du Bitcoin et une ligne de tendance reliant les creux de cycles. C’est une approche “macro-cycle” : brutale, mais cohérente avec l’ADN de l’actif.
Même des traders connus restent prudents sur le court terme. CoinDesk rapportait récemment que Peter Brandt voyait un risque de glissade vers la zone 58 000–62 000 dans un contexte de pression baissière. Là encore, ce n’est pas une certitude. C’est un rappel utile : une thèse long terme peut être vraie, tout en traversant un couloir de volatilité très inconfortable avant de payer.
