Bitcoin a glissé vers 66 000 $ ce 11 février, alors que le marché retient son souffle avant les chiffres de l’emploi américain. Le mouvement n’a rien d’exotique. Il ressemble à une réaction de “macro” classique : quand le rapport NFP risque de surprendre à la hausse, le dollar et les taux peuvent se retendre, et les actifs les plus sensibles à la liquidité se replient d’abord.
En bref :
- Bitcoin recule vers 66 000 $ avant le rapport emploi, car la Fed reste l’arbitre implicite.
- Kaiko voit un nettoyage du levier, avec 9 Md$ de liquidations et plus de 10% de dominance stablecoins.
- Le prochain mouvement dépend moins du chart que d’une surprise macro.
Le marché redoute un rapport “trop solide”
La publication de janvier, retardée, arrive avec une tension supplémentaire. Les économistes interrogés par les grandes maisons de Wall Street attendent environ 70 000 créations d’emplois, un chômage stable à 4,4%, et une progression des salaires plus modérée.
Dans le même temps, le Bureau of Labor Statistics doit intégrer des révisions annuelles, avec une baisse estimée de 911 000 emplois sur la période de référence. Bref, une photo potentiellement “moins chaude” que le narratif, mais assez ouverte pour créer un choc dans un sens ou dans l’autre.
Ce que craignent les traders n’est pas seulement un chiffre. C’est l’enchaînement. Si l’emploi sort plus fort que prévu, la Fed a moins de raisons de se presser pour assouplir. Et quand le scénario “baisse de taux proche” recule, bitcoin perd un soutien invisible. L’idée que la liquidité va redevenir abondante.
Les attentes sont déjà calibrées. 70 000 emplois, ce n’est pas un boom, mais ce n’est pas non plus un décrochage. C’est le type de chiffre qui peut être interprété de deux manières en quelques minutes : “l’économie ralentit, donc la Fed coupe” ou “ça tient, donc la Fed attend”. Cette ambiguïté suffit à refroidir la prise de risque avant l’annonce.
Même l’or profite de cette phase d’attente. Reuters décrit un dollar plus faible et des rendements en baisse avant le rapport emploi, après des ventes au détail décevantes. Quand les taux bougent, l’ensemble du marché se recale. Et Bitcoin, dans ce genre de séquence, se comporte souvent comme un thermomètre nerveux.
Bitcoin à 66 000 $ : une baisse de réflexe, pas une capitulation
Les chiffres du jour sont parlants. Bitcoin a reculé d’environ 3% et s’échange autour de 66 900 $, avec un creux proche de 66 800 $ selon plusieurs suivis de marché. Les grandes altcoins reculent aussi, dans le même rythme, comme si le marché réduisait l’exposition “en bloc” plutôt que de punir un projet précis.

Ce point compte. Une capitulation a une signature différente. Elle s’accompagne souvent d’un volume brutal, d’un sentiment de panique, et d’une fuite désordonnée. Là, l’impression dominante est plutôt celle d’une consolidation sous stress : on coupe du levier, on allège, puis on attend la statistique qui donnera le ton de la semaine.
Dans ce contexte, la zone des 66 000 $ agit surtout comme une marche. Elle n’explique pas tout, mais elle sert de repère collectif. Si elle tient, le marché peut respirer et rejouer le scénario “l’emploi ralentit, donc la Fed peut assouplir”. Si elle casse, la psychologie devient plus sèche, et les regards reviennent vite vers les plus bas récents.
Le vrai signal est dans le levier et les stablecoins
Kaiko ajoute une couche intéressante : la récente correction a déclenché environ 9 milliards de dollars de liquidations et a poussé la domination des stablecoins au-dessus de 10%, un niveau qu’on n’avait plus vraiment vu depuis les épisodes de stress type FTX. Ce n’est pas un détail décoratif. C’est une mesure directe du “nettoyage” en cours.
Quand les liquidations montent, cela signifie que le marché a trop forcé sur le levier. Et quand les stablecoins prennent plus de place, cela suggère aussi que beaucoup d’acteurs sont passés en mode attente, liquidité en main, prêts à racheter… ou à fuir plus vite. Les deux lectures coexistent. C’est précisément ce qui rend les publications macro dangereuses.
On comprend mieux pourquoi le volume spot peut se tasser sans que tout s’écroule. Moins de particuliers actifs, plus d’allocations prudentes, et une bataille entre patience et précipitation. Le prochain chiffre emploi ne dira pas seulement “combien d’emplois”. Il dira surtout “quel prix la Fed met sur le temps”.
Fed, taux, dollar : la mécanique qui dicte le tempo
Le marché scrute aussi les probabilités de baisse de taux. Certaines lectures relayées fin janvier évoquaient une probabilité proche de 50% d’une baisse de 25 points de base d’ici juin, selon des données attribuées à CME FedWatch par des acteurs du secteur. Ce genre de jauge n’est pas une boule de cristal, mais c’est un baromètre : il bouge vite quand l’emploi ou l’inflation surprennent.
Ce qui compte, c’est la direction. Si l’emploi ressort plus fort, les anticipations de baisse peuvent se tasser. Le dollar peut se raffermir. Les rendements peuvent remonter. Et Bitcoin, qui aime les périodes de liquidité facile, se retrouve mécaniquement moins confortable.
À l’inverse, un rapport plus faible que prévu peut soulager les taux et redonner un peu d’air aux actifs risqués. Barron’s résume bien ce point : le marché crypto peut vite retrouver du soutien si les données macro ravivent l’idée de baisses de taux. C’est peut-être le paradoxe du moment : un “mauvais” chiffre pour l’économie peut être un “bon” chiffre pour Bitcoin.
