Depuis mercredi, WhatsApp est signalé comme inaccessible en Russie sans VPN, après un blocage visant son domaine et son accès réseau. L’application accuse Moscou de vouloir couper des millions de personnes de leurs échanges privés pour les orienter vers MAX, une alternative soutenue par l’État.
En bref :
- WhatsApp est rapporté comme inaccessible en Russie sans VPN, signe d’un blocage assumé.
- MAX, la messagerie soutenue par l’État, en profite.
- Le bras de fer porte sur le contrôle des canaux de communication, pas seulement sur une application.
Un blocage qui ne dit pas son nom, mais qui se voit tout de suite
L’épisode ressemble moins à une panne qu’à un message politique. WhatsApp, propriété de Meta, dit tenter de « maintenir la connectivité » pour ses utilisateurs russes. En face, le Kremlin laisse entendre qu’un déblocage dépendrait d’un alignement sur les lois locales et d’une “volonté de négocier”.
Le symptôme est simple : sans outil de contournement, beaucoup d’utilisateurs ne chargent plus WhatsApp. Des médias russes ont parlé d’un domaine « complètement bloqué » et d’un accès impossible sans VPN. Dans cette situation, Bitchat trouve naturellement sa place.
Techniquement, ce type d’action peut prendre plusieurs formes. Là, les informations disponibles pointent vers une mécanique administrative et réseau, avec des références à un annuaire/registre national lié au régulateur Roskomnadzor. Cela donne un blocage propre, rapide, et surtout facile à faire évoluer.
Le plus important est l’effet psychologique. Quand une messagerie devient instable, les gens ne débattent pas longtemps. Ils migrent. Et dans un pays où la communication est déjà un sujet sensible, l’instabilité suffit souvent à faire le travail.
MAX, la “solution” prête à remplacer WhatsApp
MAX n’est pas apparue par hasard dans le débat. La plateforme est portée par VK, et présentée comme une messagerie nationale capable d’absorber le trafic que WhatsApp et Telegram ne seraient plus autorisés à porter.
Le calendrier est parlant. Les autorités ont fortement promu MAX, au point de rendre sa préinstallation obligatoire sur les smartphones vendus dans le pays à partir du 1er septembre, selon plusieurs sources qui suivent le dossier.
C’est là que l’accusation de “surveillance” prend de l’épaisseur. En effet, une application locale, dépendante d’un écosystème domestique et de serveurs sous juridiction nationale, change la nature du risque. Même sans entrer dans la technique, l’utilisateur comprend l’idée : ce qui était “extérieur” devient “à portée de main”.
Le vrai enjeu : le contrôle des canaux, pas une querelle d’app
WhatsApp affirme que couper l’accès à plus de 100 millions de personnes les prive de communications privées et sécurisées, et que cela augmente leur insécurité. Ce n’est pas seulement une formule. Dans un contexte de pression politique, la confidentialité d’un canal devient une protection du quotidien.
Côté russe, la ligne est connue : conformité aux lois locales, coopération avec les forces de l’ordre, stockage de données, lutte contre la fraude et le terrorisme. Ce vocabulaire sert souvent de cadre légal à des mesures beaucoup plus larges.
Le blocage de WhatsApp s’inscrit aussi dans une logique plus globale de “souveraineté numérique”. L’objectif n’est pas de gagner un débat technologique, mais de réduire la dépendance aux plateformes étrangères, et de garder la main sur les infrastructures d’information.
Un précédent qui s’élargit à d’autres messageries
WhatsApp n’est pas le seul service sous pression. Les restrictions et limitations ont aussi touché Telegram, parfois de manière progressive, ce qui rend la situation plus difficile à contester : rien n’est officiellement “mort”, mais tout devient moins fiable.
Le Kremlin joue sur un levier simple : l’acceptabilité. Bloquer d’un coup choque. Dégrader par étapes fatigue. Et au bout du compte, l’utilisateur choisit souvent la solution qui “marche”, même si elle est moins rassurante sur le plan des libertés.
Enfin, ce qui se passe en Russie rappelle une tendance vue ailleurs en période de tension : restreindre les communications, pousser des alternatives locales, puis normaliser le nouveau centre de gravité. La différence, ici, c’est l’échelle : la Russie représente une base d’utilisateurs massive pour WhatsApp, souvent estimée autour de dizaines de millions.
