Le Bhoutan a vendu à nouveau du Bitcoin et, au même moment, les ETF Bitcoin au comptant ont encaissé 410,37 millions de dollars de sorties nettes. Le mélange est explosif pour le sentiment de marché. D’un côté, un État qui réduit son stock. De l’autre, des institutionnels qui allègent via des produits régulés. Résultat, le BTC a glissé vers la zone des 66 000 $, avec un climat nettement plus nerveux.
En bref :
- Le Bhoutan réduit encore son stock de Bitcoin, ce qui ravive la crainte d’une offre “souveraine” persistante.
- Les ETF spot enregistrent 410 M$ de sorties nettes, signal négatif pour le sentiment institutionnel.
- Les prévisions se divisent : Standard Chartered voit un risque vers 50 000 $, Bernstein maintient 150 000 $ en 2026.
Un signal souverain, même quand les montants restent “petits”
En février, les ventes cumulées du Bhoutan atteindraient environ 30 millions de dollars. Le dernier mouvement identifié correspond à un transfert d’environ 100 BTC (autour de 6,7 M$) vers QCP Capital, un acteur institutionnel basé à Singapour, souvent cité comme teneur de marché.
Ce détail compte. Un transfert vers un market maker peut servir à exécuter une vente, oui. Mais il peut aussi correspondre à une opération plus “propre” : bloc OTC, couverture, ou gestion de liquidité. Autrement dit, ce n’est pas forcément une vente panique sur un exchange. Pourtant, le marché retient surtout une chose : “le Bhoutan distribue du BTC”
Le contexte renforce l’effet psychologique. Arkham et plusieurs articles récents rappellent que le Bhoutan a déjà vendu par “tranches” importantes par le passé. Quand un vendeur souverain réapparaît, même en petites touches, la question revient : est-ce que d’autres ventes arrivent derrière ?
Le Bhoutan n’est pas un trader : c’est un mineur devenu trésorier
Le point souvent oublié, c’est l’origine des coins. Le Bhoutan accumule du Bitcoin via le minage depuis plusieurs années, en profitant de ses ressources énergétiques. On parle donc d’un stock produit “en interne”, pas d’un achat au marché. Ça change la logique : vendre peut ressembler à une gestion de trésorerie nationale, pas à une prise de profit opportuniste.
Les chiffres donnent une idée de l’ampleur. Les avoirs auraient culminé à 13 295 BTC en octobre 2024, avant de retomber autour de 5 600–5 700 BTC récemment selon plusieurs suivis et reprises de données on-chain. Le pays reste classé parmi les plus gros détenteurs gouvernementaux, souvent présenté autour de la 7e place.
Ce recul nourrit deux lectures opposées. Lecture prudente : “un gros acteur réduit son exposition, donc la pression vendeuse continue”. Lecture plus froide : “un mineur vend pour financer, lisser, ou sécuriser”, sans que cela dise grand-chose sur l’avenir du Bitcoin. Le marché, lui, tranche rarement avec finesse quand la volatilité remonte.
ETF Bitcoin : quand la porte institutionnelle grince, le prix écoute
Le deuxième moteur de stress vient des ETF. Selon des données rapportées à partir de SoSoValue, les ETF Bitcoin spot ont enregistré 410,37 M$ de sorties nettes sur une séance, avec IBIT (BlackRock) en tête des retraits (environ 157,56 M$) et FBTC (Fidelity) juste derrière (environ 104,13 M$).
Ce n’est pas juste un chiffre. Les ETF sont devenus une jauge immédiate du “risque institutionnel”. Quand les sorties s’enchaînent, le marché spot anticipe souvent plus de couverture, moins d’achats, et davantage de prudence sur les rebonds. Même si, en réalité, les flux peuvent refléter des arbitrages techniques, des rotations, ou des ajustements de bilan.
À cela s’ajoute la mécanique des dérivés. Plusieurs commentaires de marché évoquent une séance sous tension à l’approche d’échéances d’options, un moment où les ajustements de positions peuvent amplifier les mouvements. Le prix ne bouge pas seulement parce que “quelqu’un vend”. Il bouge parce que tout le monde essaie de deviner qui doit se protéger.
Entre Standard Chartered et Bernstein, le narratif Bitcoin se dédouble
Dernier ingrédient : le récit. Standard Chartered a récemment abaissé sa cible de fin 2026 et a même évoqué un possible passage vers 50 000 $ avant un meilleur point d’entrée, ce qui pèse sur le moral à court terme.
En face, Bernstein maintient une lecture beaucoup plus constructive. La maison parle d’un repli davantage lié à une crise de confiance qu’à un problème d’infrastructure, et conserve un objectif 150 000 $ pour 2026. L’idée est simple : “rien n’a cassé”, donc le scénario de fond resterait intact.
C’est là que l’histoire du Bhoutan devient symbolique. Dans un marché qui doute, chaque vente souveraine ressemble à une confirmation du pire. Dans un marché confiant, la même vente passerait pour un bruit de fond. Pour l’instant, le Bitcoin navigue entre ces deux humeurs, avec les ETF comme baromètre et les wallets souverains comme projecteur.
