Paul Sztorc, fondateur de LayerTwo Labs, propose un nouveau hard fork de Bitcoin qui provoque de vives critiques dans la communauté crypto. Le projet, appelé eCash, vise à créer une blockchain parallèle intégrant les Drivechains. Il prévoit aussi d’utiliser de manière controversée les bitcoins attribués à Satoshi Nakamoto pour financer son développement.
Les fondements techniques du projet eCash et l’intégration des Drivechains
Le projet eCash repose sur un hard fork prévu au bloc 964 000. Il crée une nouvelle blockchain séparée de Bitcoin. Contrairement à des forks comme Bitcoin Cash en 2017, il ne se limite pas à augmenter la taille des blocs. Il intègre un système de Drivechains proposé par Paul Sztorc en 2015 via les BIP300 et BIP301.
Les Drivechains permettent d’étendre Bitcoin grâce à des chaînes latérales spécialisées. Le projet prévoit sept sidechains, dont Truthcoin pour les marchés prédictifs, CoinShift pour les échanges décentralisés et Photon pour la résistance quantique. Une chaîne dédiée à la confidentialité, inspirée de Zcash, vise aussi à permettre des transactions privées.
Les détenteurs de BTC recevraient automatiquement des tokens eCash via un snapshot de la blockchain Bitcoin. Le projet inclut un outil de séparation des pièces pour limiter les erreurs lors des transactions. Cette approche basée sur les UTXO inquiète plusieurs développeurs, qui y voient un risque de sécurité pour les utilisateurs moins expérimentés.
Une proposition de financement qui cristallise les oppositions
Le point le plus controversé du projet eCash concerne son mécanisme de financement. Paul Sztorc propose d’utiliser les bitcoins liés aux adresses de Satoshi Nakamoto sur la chaîne eCash pour financer le développement. Ces environ 1,1 million de BTC, jamais déplacés depuis leur création, seraient alors utilisés pour rémunérer les contributeurs du projet.
Cette proposition soulève des questions éthiques importantes sur le droit de propriété dans l’écosystème crypto. Sergio Lerner, cofondateur de Rootstock Labs, s’oppose fermement à ce mécanisme. Il ne rejette pas le principe d’un fork, mais il met en garde contre les risques pour les utilisateurs de Bitcoin. Selon lui, forcer les détenteurs à interagir avec de nouveaux logiciels ou à déplacer leurs fonds depuis des portefeuilles froids les expose à des vulnérabilités de sécurité considérables.
Jay Pollak, responsable stratégie chez VerifiedX, adopte une position encore plus radicale en qualifiant toute tentative de réappropriation de fonds comme une violation des principes fondateurs de Bitcoin. Pour lui, même si eCash constitue techniquement une blockchain séparée, l’utilisation des fonds de Satoshi établit un précédent dangereux qui pourrait légitimer de futures appropriations d’actifs appartenant à d’autres utilisateurs.
Des réactions communautaires entre accusations de vol et craintes de précédents juridiques
L’annonce du projet eCash provoque de fortes critiques sur les réseaux sociaux crypto et révèle des divisions profondes. Peter McCormack, avocat spécialisé, qualifie l’usage des fonds de Satoshi de “vol et manque de respect”. Il rappelle aussi que le nom eCash existe déjà dans d’autres projets Lightning comme Cashu et Fedi.
Josh Ellithorpe, directeur technique chez Pixelated Ink, alerte sur les risques systémiques du fork. Selon lui, eCash crée un précédent dangereux en montrant qu’il serait possible de s’approprier des cryptomonnaies sur une chaîne parallèle. Il estime que cela pourrait se généraliser et toucher d’autres utilisateurs de Bitcoin.
Plusieurs experts soulignent aussi des problèmes techniques dans le projet. L’absence de protection contre la relecture permettrait de rejouer des transactions entre chaînes. Cela pourrait entraîner des pertes de fonds et représente un recul par rapport aux standards de forks comme Bitcoin Cash.
Le débat autour d’eCash révèle en réalité une tension structurelle dans l’écosystème Bitcoin entre innovation et conservatisme. D’un côté, les partisans de l’expérimentation voient dans les Drivechains une opportunité d’étendre les capacités de Bitcoin sans compromettre la chaîne principale. De l’autre, les puristes considèrent que tout écart par rapport aux principes de propriété inviolable et de consensus distribué constitue une menace existentielle pour le réseau.
En bref
- Le hard fork eCash porté par Paul Sztorc propose de créer une blockchain parallèle à Bitcoin intégrant les Drivechains et plusieurs sidechains spécialisées.
- Le projet suscite une forte controverse en raison de l’idée d’utiliser les bitcoins attribués à Satoshi Nakamoto pour financer son développement.
- Le débat met en lumière l’opposition persistante entre innovation technique autour de Bitcoin et défense stricte de ses règles historiques.
