SpaceX prépare une émission obligataire d’au moins 20 milliards de dollars, quelques jours seulement après avoir levé 86,25 milliards en Bourse. Cette nouvelle dette doit refinancer un prêt relais contracté après l’acquisition de xAI. Derrière la puissance de Starlink et des fusées, la coûteuse offensive de Musk dans l’intelligence artificielle commence à redessiner tout le bilan du groupe.
Une nouvelle levée géante après l’IPO
SpaceX a achevé son introduction en Bourse avec la vente de près de 639 millions d’actions à 135 dollars. L’opération, option des banques comprise, a rapporté environ 86,25 milliards de dollars. Elle constitue l’une des plus grandes introductions jamais réalisées. Cette lecture rejoint la spéculation déjà visible autour des produits liés à SpaceX.
À peine cette étape franchie, les banques préparent déjà une émission obligataire d’au moins 20 milliards de dollars. Bank of America, Citigroup, JPMorgan, Goldman Sachs et Morgan Stanley devraient participer à l’opération. Le montant final reste toutefois susceptible d’évoluer.
Cette accélération peut paraître contradictoire. SpaceX vient de recevoir une somme historique de ses nouveaux actionnaires, mais retourne immédiatement vers le marché de la dette. En réalité, les deux opérations ne répondent pas exactement au même besoin.
Les fonds de l’IPO doivent soutenir l’expansion de l’infrastructure informatique, de Starlink et des programmes spatiaux. Les obligations doivent surtout remplacer un financement temporaire. SpaceX cherche ainsi une dette plus longue et mieux adaptée à son nouveau périmètre.
La dette de xAI bascule dans SpaceX
SpaceX a racheté xAI en février 2026. L’entreprise d’intelligence artificielle avait elle-même absorbé la plateforme X en 2025. Cette succession d’opérations a réuni les fusées, Starlink, Grok et le réseau social sous une même structure. Le sujet fait aussi écho à l’impact de l’IPO de SpaceX sur la liquidité tech et crypto.
Quelques semaines après l’acquisition, SpaceX a contracté un prêt relais de 20 milliards de dollars. Une grande partie de cette somme a servi à refinancer environ 17,5 milliards de dettes auparavant liées à xAI et X. Le sujet fait aussi écho à la course aux infrastructures IA autour de SpaceX.
La future émission obligataire ne crée donc pas entièrement une nouvelle dette. Elle doit remplacer ce prêt relais, conçu comme une solution provisoire. Mais elle confirme que le bilan solide de SpaceX sert désormais à porter les engagements de l’écosystème numérique de Musk.
Ce transfert change la nature du groupe. Les revenus de Starlink et les contrats spatiaux soutiennent maintenant une activité d’IA beaucoup plus risquée. Les créanciers ne prêtent plus seulement à une entreprise de satellites. Ils financent aussi des centres de données, des puces et un modèle conversationnel encore déficitaire.
xAI brûle des milliards sur une promesse de croissance
xAI a généré environ 3,2 milliards de dollars de revenus en 2025. Son activité a pourtant enregistré une perte opérationnelle proche de 6,4 milliards. La construction des infrastructures de calcul absorbe des capitaux à une vitesse exceptionnelle. SpaceX présente ses activités spatiales et Starlink sur son site officiel.
Goldman Sachs prévoit que les revenus de la division IA pourraient atteindre 322 milliards de dollars en 2030. Cela représenterait une multiplication par cent en cinq ans. Cette projection explique une partie de l’enthousiasme ayant accompagné l’IPO.
Elle révèle aussi l’ampleur du pari. Pour justifier la valorisation actuelle, xAI devra conquérir rapidement des clients, vendre davantage d’abonnements et rentabiliser ses centres de données. Une simple progression régulière ne suffira pas.
SpaceX possède plusieurs avantages. Starlink offre une clientèle mondiale, X fournit des données et Grok peut être intégré à différents services. Le groupe peut également envisager des infrastructures de calcul liées à ses satellites. Mais ces synergies restent encore difficiles à valoriser avec précision.
Une bonne note de crédit qui ne supprime pas les risques
Moody’s a attribué à SpaceX la note Baa1 avec une perspective stable. Fitch a choisi BBB+ et S&P Global BBB. Les trois agences considèrent donc sa dette comme appartenant à la catégorie investissement.
Baa1 ne signifie pas que le risque financier disparaît. Cette note reflète surtout la puissance de Starlink, la position dominante de SpaceX dans les lancements et ses relations avec les agences gouvernementales américaines.
Les agences restent prudentes face à l’IA. Cette activité exige des investissements massifs et affronte des concurrents déjà très financés. Les dépenses élevées peuvent maintenir le flux de trésorerie disponible dans le rouge, même lorsque les opérations courantes génèrent de l’argent.
La comparaison avec Oracle mérite aussi une nuance. SpaceX se situe un cran au-dessus de l’entreprise dans l’échelle de Moody’s. Oracle conserve une note Baa2 avec perspective négative. Les deux groupes utilisent néanmoins leur capacité d’endettement pour financer une expansion accélérée dans l’infrastructure IA.
SpaceX ne crée donc pas encore un « trou noir de crédit ». Le groupe utilise plutôt la confiance accordée à Starlink et à ses activités spatiales pour refinancer un pari beaucoup plus spéculatif. Si xAI atteint ses objectifs, cette stratégie paraîtra audacieuse. Si la croissance déçoit, les fusées pourraient longtemps payer la facture des algorithmes.
En bref
- SpaceX prépare au moins 20 milliards de dollars d’obligations.
- La dette doit refinancer un prêt lié à l’acquisition de xAI.
- La croissance promise par l’IA reste immense, mais très incertaine.
