La justice américaine veut confisquer plus de 25 millions de dollars en cryptomonnaies saisis dans cinq enquêtes distinctes. Les fonds seraient liés à des arnaques sentimentales, de faux investissements et une fausse offre de récupération d’argent. Les réseaux de blanchiment identifiés opéraient principalement depuis l’Asie du Sud-Est.
Le DOJ vise cinq réseaux d’arnaques crypto
Le dossier s’inscrit dans une série plus large où les arnaques sentimentales ciblent aussi les détenteurs de crypto. Cette fois, le bureau du procureur fédéral du district de Columbia a déposé cinq plaintes civiles en confiscation le 21 juillet 2026.
Ces procédures doivent permettre au gouvernement américain de conserver les actifs numériques déjà gelés pendant les investigations menées par le Secret Service. Les dossiers ont été traités séparément par la Cyber Fraud Task Force.
Le communiqué du DOJ affirme que les enquêteurs ont identifié plusieurs circuits de blanchiment et des milliers de victimes à travers le monde. Beaucoup pensaient investir sur de véritables plateformes de trading crypto.
Une confiscation civile ne constitue pas encore une condamnation pénale des personnes responsables. Elle porte d’abord sur les actifs suspectés de provenir d’une fraude. Les investigations continuent afin d’identifier les opérateurs, leurs intermédiaires et les bénéficiaires finaux.
Les arnaques sentimentales représentent 12 millions de dollars
La plainte la plus importante concerne environ 12,09 millions de dollars. Plus de 200 victimes auraient été approchées par des individus établissant une relation sentimentale en ligne. Une fois la confiance installée, elles étaient dirigées vers de prétendues occasions d’investissement.
Les fonds auraient ensuite circulé à travers des centaines d’adresses intermédiaires. Les criminels mélangeaient l’argent de plusieurs victimes afin de compliquer le suivi. Cette technique ne rend pourtant pas les transactions invisibles, car les mouvements restent enregistrés sur les blockchains publiques.
Une autre enquête porte sur environ 10,4 millions de dollars liés à plus de 270 transactions suspectes. Les autorités canadiennes avaient signalé le réseau à la fin de 2024. Les adresses identifiées ont été gelées avant que les fonds puissent être dispersés davantage.
Cette mécanique rejoint les fraudes où la relation personnelle sert de porte d’entrée avant le piège financier. Le récit amoureux rassure la victime. La fausse plateforme donne ensuite l’illusion du rendement. Puis le retrait devient impossible.
Les victimes sont parfois escroquées une seconde fois
Les trois autres plaintes concernent des montants de 1,23 million, 2,39 millions et 285 000 dollars. Dans l’un des dossiers, une victime a transféré des cryptomonnaies vers ce qu’elle croyait être un compte d’investissement légitime. Les responsables ont coupé tout contact lorsqu’elle a tenté de retirer son argent.
Le dernier cas illustre une pratique particulièrement brutale. Une personne déjà victime d’une fraude a été contactée par de faux spécialistes affirmant avoir récupéré ses fonds. Elle devait simplement payer des frais supplémentaires pour recevoir l’argent. Les paiements ont finalement rejoint un second réseau d’escrocs.
Ces arnaques de récupération exploitent l’urgence et la honte des victimes. Elles apparaissent souvent après la publication d’une plainte ou d’un témoignage en ligne. La personne croit enfin obtenir de l’aide, alors qu’elle entre dans une nouvelle manipulation.
Le même principe existe dans d’autres formes de pièges numériques, des faux e-mails ciblant les utilisateurs d’exchanges et de DeFi aux faux supports clients. Le point commun reste la pression psychologique : agir vite, payer vite, vérifier trop tard.
La blockchain aide aussi les enquêteurs
Les blanchisseurs liés aux cinq dossiers se trouvaient principalement en Asie du Sud-Est. Les enquêteurs ont notamment relevé des adresses IP en Chine, en Malaisie et au Cambodge. Les fonds passaient par plusieurs portefeuilles afin de masquer leur origine.
La crypto facilite les transferts internationaux rapides, mais elle laisse aussi des traces durables. Les agents peuvent comparer les adresses, suivre les mouvements et demander le gel des actifs lorsqu’ils atteignent un service coopérant avec les autorités. C’est cette traçabilité qui a permis de récupérer une partie des sommes.
Le DOJ affirme que ces saisies s’ajoutent aux montants récupérés par sa Scam Center Strike Force, lancée en 2025 pour cibler les centres d’arnaques crypto liés à l’Asie du Sud-Est.
Ce travail d’enquête rappelle aussi pourquoi les partenariats entre policiers et spécialistes de l’analyse blockchain prennent de plus en plus d’importance. Les criminels déplacent vite les fonds, mais les chaînes publiques conservent une mémoire utile aux enquêteurs.
Un signal judiciaire, pas une victoire totale
Le montant de 25 millions de dollars reste faible face aux pertes mondiales provoquées par les arnaques crypto. Il montre néanmoins que les portefeuilles utilisés pour blanchir les fonds ne sont pas nécessairement hors d’atteinte.
Ces dossiers ressemblent à d’autres procédures où la justice frappe d’abord les actifs avant d’identifier tous les responsables. Le cas du blanchiment crypto proche de 100 millions de dollars avait déjà montré que les flux numériques peuvent finir devant un tribunal, même après de longues chaînes de transactions.
Cette affaire rappelle surtout que la fraude repose moins sur une faille de la blockchain que sur la manipulation humaine. Les criminels créent une relation, affichent de faux bénéfices puis bloquent les retraits. La technologie change le trajet de l’argent. Le piège, lui, reste ancien.
Pour les victimes, le message le plus important est froid mais utile. Une plateforme qui promet des rendements rapides, refuse les retraits ou réclame de nouveaux frais pour débloquer l’argent doit être considérée comme suspecte. Et lorsqu’une fraude est déjà survenue, toute offre de récupération miracle mérite encore plus de méfiance.
En bref
- Le DOJ cherche à confisquer plus de 25 millions de dollars en crypto.
- Les fonds proviendraient de cinq réseaux d’arnaques internationales.
- Plus de 200 victimes sont liées au seul dossier d’arnaques sentimentales.
