Le Parlement britannique demande désormais des comptes aux banques sur le debanking des entreprises crypto. Des élus veulent comprendre pourquoi des sociétés liées aux actifs numériques rencontrent encore des difficultés pour ouvrir, conserver ou utiliser un compte bancaire. La question devient urgente alors que le Royaume-Uni prépare son nouveau régime FCA pour encadrer les plateformes, stablecoins et services crypto.
Les banques doivent détailler leurs politiques crypto
Cette enquête arrive alors que le Royaume-Uni tente d’élargir son marché crypto, comme l’a montré le lancement du trading crypto de Robinhood dans le pays. Selon le Financial Times, le Crypto and Digital Assets All-Party Parliamentary Group a écrit aux dirigeants de plusieurs banques britanniques pour examiner leurs pratiques envers les entreprises du secteur.
Les parlementaires veulent notamment savoir quels établissements acceptent actuellement des clients crypto, sur quels critères ils refusent certaines sociétés, et comment ils évaluent le risque réel d’une entreprise autorisée ou enregistrée.
L’enquête porte aussi sur les restrictions imposées aux paiements vers les plateformes crypto. Plusieurs banques britanniques appliquent des plafonds, des délais ou des blocages en invoquant la fraude, les arnaques et la protection des clients.
Jusqu’à 40 % de certains transferts seraient bloqués
Le UK Cryptoasset Business Council estime qu’environ 40 % des transferts vers des exchanges crypto peuvent être bloqués ou retardés par les banques. Ce chiffre vient d’une enquête sectorielle et ne constitue pas une statistique officielle du gouvernement.
Le média The Block rapporte que l’étude portait sur dix grands exchanges centralisés opérant au Royaume-Uni. Plusieurs plateformes disent constater une hausse de la friction bancaire depuis un an.
Les banques défendent généralement ces mesures par la lutte contre les fraudes, le blanchiment et les pertes subies par certains clients. Le Parlement ne leur demande donc pas de supprimer tous leurs contrôles. Il cherche plutôt à déterminer si certaines restrictions sont proportionnées ou si elles écartent indistinctement des entreprises légitimes.
Le nouveau régime FCA pourrait changer les règles du jeu
Le futur cadre britannique renforce cette question. La FCA indique que la fenêtre de demande d’autorisation sera ouverte du 30 septembre 2026 au 28 février 2027. Le nouveau régime complet doit entrer en vigueur le 25 octobre 2027.
Les entreprises concernées devront obtenir une autorisation pour exercer certaines activités crypto réglementées. Cela couvrira notamment les plateformes de trading, la conservation, certains services liés aux stablecoins et plusieurs activités d’intermédiation.
Le Royaume-Uni risque donc une incohérence s’il impose des règles strictes aux entreprises crypto tout en laissant les sociétés conformes sans accès aux services bancaires nécessaires à leur activité. Cette tension intervient aussi au moment où Londres discute avec Washington d’un rapprochement des règles sur les stablecoins, comme nous l’avons expliqué dans notre article sur la coordination entre les États-Unis et le Royaume-Uni.
La banque reste le point d’entrée du marché crypto
Le débat dépasse les seules entreprises crypto. Un utilisateur peut posséder un compte sur une plateforme réglementée, mais rester bloqué si sa banque refuse le virement. Une startup peut obtenir une autorisation de la FCA, mais échouer commercialement si elle ne peut pas encaisser, payer ou conserver des fonds en monnaie traditionnelle.
C’est pourquoi le debanking devient un sujet de compétitivité. Un cadre réglementaire crédible ne suffit pas si les acteurs supervisés restent privés d’infrastructure bancaire. Les banques, elles, craignent d’être tenues responsables de fraudes ou de flux illicites qu’elles n’auraient pas assez filtrés.
La solution devra probablement passer par une approche fondée sur le risque. Les établissements peuvent refuser des clients opaques ou dangereux. Mais une exclusion générale du secteur crypto serait difficile à concilier avec l’ambition du Royaume-Uni de devenir une place financière numérique. Cette question rejoint la montée des services crypto intégrés aux institutions traditionnelles, visible aussi avec la tokenisation de fonds monétaires par BlackRock.
En bref
- Des parlementaires britanniques interrogent les banques sur le debanking crypto.
- Le secteur affirme que de nombreux transferts vers exchanges sont bloqués ou retardés.
- Le nouveau régime FCA rendra plus difficile l’exclusion automatique des entreprises conformes.
