Crypto : XBase est pourtant licencié par Dubaï
Le cas est intéressant précisément parce que XBase n’est pas présenté comme un opérateur crypto clandestin. Dubaï avait déjà montré sa fermeté lorsque VARA avait ordonné l’arrêt des activités non autorisées de KuCoin. XBase se trouve dans une situation différente : le registre officiel de la Virtual Assets Regulatory Authority confirme que sa licence est active.
La société a obtenu son autorisation le 19 mars 2026, sous la référence VL/17/03/001. Elle peut fournir des services de broker-dealer, mais avec un périmètre précis : uniquement du trading spot OTC, destiné aux investisseurs institutionnels et aux investisseurs qualifiés.
Cette précision change la lecture du dossier.
À ce stade, les sources disponibles ne disent pas que VARA a sanctionné XBase ni que son autorisation a été suspendue. Le registre officiel continue d’afficher son statut actif. Le litige concerne une procédure judiciaire distincte.
Selon les publications qui citent Takyon.Law, un ordre d’exécution séparé lié au même jugement aurait également été pris contre un individu identifié comme Michael King. Elles ne donnent cependant pas davantage d’informations sur l’origine de la créance de 27,2 millions AED.
Ce silence est important. Impossible, avec les éléments publiés, d’attribuer le jugement à une perte de trading, un défaut de règlement, une dette commerciale ou une autre cause.
La licence ne couvre pas le risque de contrepartie
C’est là que l’affaire devient beaucoup plus intéressante pour les entreprises crypto.
Une licence permet de vérifier qu’une société est autorisée à exercer certaines activités et qu’elle entre dans le périmètre d’un régulateur. Elle ne garantit pas qu’aucun contentieux commercial, problème contractuel ou risque de crédit ne puisse apparaître.
XBase le reconnaît d’ailleurs dans ses propres conditions contractuelles. Pour ses opérations OTC, la société indique effectuer une revue du risque de contrepartie portant notamment sur la juridiction du client, son activité, sa structure de propriété, ses volumes attendus et sa réputation. Elle prévoit également des plafonds d’exposition et des limites de trading.
La logique doit fonctionner dans les deux sens.
Une fintech qui choisit un fournisseur de liquidité devrait elle aussi connaître l’entité juridique exacte avec laquelle elle signe. Dans un groupe international, une marque unique peut recouvrir plusieurs sociétés implantées dans différentes juridictions.
La question devient particulièrement pertinente pour l’Afrique. Le marché crypto nigérian dépasse désormais 92 milliards de dollars et une part croissante de son activité concerne les paiements et règlements transfrontaliers. Les entreprises locales peuvent donc dépendre davantage de brokers, dépositaires, exchanges et fournisseurs de liquidité étrangers.
BusinessDay insiste précisément sur ce point : l’essor des corridors crypto entre l’Afrique et le Moyen-Orient augmente l’importance de la due diligence sur ces partenaires.
Une fintech peut vérifier une licence VARA.
Elle doit encore lire le contrat.
Les stablecoins rendent ces contrôles plus importants
Le problème va probablement prendre de l’ampleur avec les stablecoins.
Le Nigeria concentre déjà environ 60 % des entrées de stablecoins d’Afrique subsaharienne. Les infrastructures reliant USDT ou USDC aux monnaies locales se multiplient, avec des besoins permanents de liquidité, de conversion et de règlement.
Dans ce type de chaîne, plusieurs entreprises peuvent intervenir : wallet, exchange, broker OTC, banque, fournisseur de liquidité et infrastructure locale de paiement. Le transfert blockchain peut être réglé en quelques secondes tandis qu’un recours juridique entre deux sociétés peut, lui, dépendre d’un tribunal situé à plusieurs milliers de kilomètres.
Dubaï possède déjà une expérience importante de ces litiges. En juin 2026, le Digital Economy Court du DIFC a par exemple rendu un nouveau jugement dans l’affaire opposant des entités liées à Huobi à Tabarak Investment Capital autour d’une opération OTC en bitcoin. La décision décrit justement une structure où plusieurs entités, wallets et obligations contractuelles intervenaient dans le règlement d’une transaction crypto.
La blockchain ne supprime donc pas le risque de contrepartie dès lors qu’un intermédiaire reste dans la boucle.
Pour une entreprise africaine travaillant avec un prestataire international, quelques vérifications deviennent particulièrement importantes : quelle société signe le contrat, quelle licence détient-elle exactement, qui conserve les actifs pendant le règlement, quelles limites d’exposition existent et quel tribunal est compétent en cas de litige ?
Cette exigence accompagne d’ailleurs la professionnalisation rapide du continent. Le Rwanda est allé directement étudier le modèle réglementaire de VARA à Dubaï pour construire son propre dispositif de supervision.
L’affaire XBase ajoute une nuance utile à ce mouvement. Obtenir une licence reste essentiel. Vérifier une licence aussi.
Mais la due diligence institutionnelle commence précisément là où cette vérification s’arrête.
En bref
- Une procédure d’exécution porte sur un jugement de 27,2 millions AED, environ 7,4 millions $, contre XBase à Dubaï.
- Les sources disponibles ne précisent pas la nature du litige ayant conduit au jugement.
- XBase possède toujours une licence VASP active auprès de VARA.
- Sa licence couvre uniquement le trading spot OTC pour investisseurs institutionnels et qualifiés.
- Aucun élément publié ne permet de présenter le dossier comme une sanction de VARA.
- L’affaire met surtout en évidence la différence entre conformité réglementaire et risque commercial de contrepartie.