Ari Paul accuse Coinbase sur 25 millions $
Ari Paul affirme que l’affaire remonte à « quelques années ». Selon lui, Coinbase aurait perdu environ 25 millions de dollars appartenant à BlockTower, avant de refuser de restituer la somme. Son équipe aurait ensuite découvert que l’incident n’était pas isolé.
Cette accusation remet au centre le risque lié à la conservation des cryptos auprès d’un intermédiaire, même lorsqu’il s’agit d’une plateforme institutionnelle de premier plan.
Paul affirme avoir retracé des incidents comparables concernant au moins douze autres entreprises, avec plus d’un milliard de dollars de pertes cumulées qui auraient été dissimulées.
Pour l’instant, cependant, ces chiffres reposent sur ses déclarations.
Le fondateur de BlockTower n’a pas publié les noms des autres institutions, les transactions concernées, les dates précises des attaques ou des documents permettant de reconstruire les pertes. Il explique cette absence de détails par l’existence de plusieurs procédures judiciaires toujours en cours.
C’est une limite importante. Un fonds institutionnel affirmant avoir perdu 25 millions de dollars mérite évidemment attention. Passer de ce cas à l’existence d’une campagne de piratages supérieure à un milliard exige toutefois davantage de preuves.
Coinbase Support avait d’abord répondu publiquement à Paul en indiquant lui avoir envoyé un message privé afin d’examiner son dossier.
Depuis, l’entreprise est allée beaucoup plus loin.
Coinbase nie avoir caché des piratages
Coinbase conteste directement le cœur des accusations.
Dans une réponse communiquée ce 29 septembre, un porte-parole affirme que l’entreprise « ne cache pas une série de hacks » et qu’elle n’a certainement pas perdu un milliard de dollars. Coinbase précise ne pas pouvoir discuter publiquement de clients particuliers.
L’exchange ajoute un détail technique intéressant : les clients institutionnels peuvent utiliser des clés API pour connecter leurs systèmes de trading. Coinbase recommande de protéger fortement ces accès et explique ne pas conserver les informations permettant d’effectuer des transactions lorsqu’elles restent sous le contrôle du client.
Cela pourrait devenir un point essentiel du dossier si les procédures mentionnées par Ari Paul deviennent publiques : faudra-t-il déterminer si certaines compromissions provenaient de l’infrastructure de Coinbase, des comptes clients ou de clés API externes ?
Pour l’instant, impossible de trancher.
Coinbase a déjà connu un incident de cybersécurité majeur, mais publiquement documenté, en mai 2025. Des agents de support situés à l’étranger avaient été soudoyés afin d’extraire des informations sur certains utilisateurs.
Dans son dépôt officiel auprès de la SEC, Coinbase précisait que noms, coordonnées, images de documents d’identité, historiques de transactions et certaines données bancaires avaient été exposés. L’entreprise affirmait en revanche que les mots de passe, clés privées et comptes Coinbase Prime n’avaient pas été compromis.
Il n’existe actuellement aucune preuve publique reliant cet incident de 2025 aux accusations de BlockTower.
Un milliard reste à démontrer
Cette affaire place Coinbase dans une situation inhabituelle.
D’un côté, l’accusateur n’est pas un compte anonyme. Ari Paul dirige BlockTower Capital, fonds crypto institutionnel créé en 2017, et affirme parler d’une perte directement subie par sa société.
De l’autre, les deux chiffres qui font le tour du marché, 25 millions et plus d’un milliard de dollars, ne sont pas encore corroborés indépendamment.
Aucun dossier judiciaire public identifié jusqu’ici ne documente le milliard de dollars de pertes. Aucun des douze autres acteurs évoqués par Paul ne s’est publiquement identifié dans les sources consultées.
Le démenti de Coinbase est lui aussi important : l’entreprise ne reconnaît ni une campagne de piratages cachés ni une perte institutionnelle cumulée d’un milliard.
L’épisode contraste fortement avec la participation récente de Coinbase à des opérations contre les réseaux internationaux d’arnaque crypto. L’exchange travaille régulièrement avec les autorités et dispose d’une activité de custody institutionnelle importante. Cela ne permet évidemment pas d’écarter l’allégation de Paul, mais rend nécessaire une documentation particulièrement solide avant de présenter son récit comme établi.
Le dossier arrive aussi à une période où les attaques visant wallets, exchanges et utilisateurs deviennent de plus en plus industrialisées. Pour les institutions, les surfaces d’attaque dépassent largement la seule infrastructure du dépositaire : API, employés, systèmes internes, ingénierie sociale et identifiants constituent autant de portes d’entrée.
À ce stade, le constat tient donc en deux phrases. Ari Paul accuse Coinbase d’avoir perdu 25 millions de dollars de BlockTower et relie ce dossier à plus d’un milliard de pertes institutionnelles. Coinbase nie formellement avoir caché une série de piratages ou perdu cette somme.
Les procédures judiciaires évoquées par Paul pourraient désormais être la seule manière de départager les deux récits.