Le Kenya, pionnier africain du mobile money, vient de franchir un cap historique : en 2024, ses agents financiers mobiles ont traité l’équivalent de 53 % du PIB national. Derrière ce chiffre vertigineux se cache une réalité plus subtile. Si M-PESA règne en maître (92,3 % de parts de marché), cette infrastructure numérique robuste dessine un terreau fertile pour une révolution silencieuse : l’adoption de Bitcoin. Un paradoxe ? Pas vraiment. Là où les transferts d’argent ont brisé les barrières bancaires, la cryptomonnaie pourrait redéfinir la souveraineté financière.
Mobile money : Un laboratoire pour l’économie décentralisée
Le Kenya a transformé son téléphone portable en portefeuille bien avant que le monde ne parle de bitcoin. En 2024, les transactions mobiles ont atteint 8 700 milliards de shillings (67,3 milliards de dollars), soit une hausse de 9,4 % en un an.
Mais au-delà des statistiques, c’est un état d’esprit qui s’installe. Les Kényans, habitués à envoyer de l’argent d’un simple SMS, perçoivent déjà la valeur de l’instantanéité et de la dématérialisation.
Les réformes réglementaires récentes, comme la suppression des codes de retrait entre opérateurs, ont fluidifié les échanges.
Résultat : une porosité accrue entre réseaux concurrents. Cette interopérabilité émergente crée un précédent.
Imaginez un système où bitcoin circule aussi naturellement que des crédits M-PESA, sans frontières ni intermédiaires centralisés. La graine est plantée.
Enfin, l’explosion des agents mobiles—381 116 en décembre 2024—révèle un réseau physique dense. Ces points de contact, souvent situés dans des zones rurales, pourraient demain servir de relais pour l’achat ou la conversion de bitcoin.
Une infrastructure prête à l’emploi, combinée à une population technophile : le cocktail idéal pour une adoption massive.
Bitcoin : La prochaine étape de l’inclusion financière ?
Avec 85 % de sa population bancarisée grâce au mobile, le Kenya a montré qu’innovation rime avec inclusion.
Mais cette réussite masque des failles. Les frais de transaction, bien que modiques, grèvent les micro-paiements. Les transferts internationaux restent coûteux et lents. Bitcoin, avec ses frais marginaux et son réseau global, pourrait combler ces angles morts.
Certains y voient déjà un outil de résilience économique. Face à une monnaie locale volatile (le shilling kényan a perdu 20 % face au dollar depuis 2020), Bitcoin offre une alternative de préservation de valeur.
Les travailleurs de la diaspora, qui ont envoyé 4,1 milliards de dollars en 2023 via des canaux traditionnels, pourraient privilégier des solutions peer-to-peer, moins chères et transparentes.
Reste un défi : l’éducation. Si M-PESA s’est imposé par sa simplicité, Bitcoin nécessite une familiarisation avec les concepts de clés privées ou de portefeuilles numériques.
Mais là encore, le Kenya a un atout. Les partenariats entre start-ups crypto (comme BitPesa) et opérateurs mobiles pourraient intégrer des interfaces intuitives, calquées sur l’expérience M-PESA.