Le Bitcoin, longtemps perçu comme un terrain miné par les démocrates américains, pourrait bien devenir leur nouvel allié. Ro Khanna, député démocrate de Californie et figure clé du mouvement pro-crypto, l’affirme : son parti est en train de changer de cap. Après des années de méfiance, de plus en plus d’élus démocrates ouvrent les yeux sur le potentiel du Bitcoin — non pas comme un simple actif spéculatif, mais comme un outil d’inclusion financière et de souveraineté économique. Une évolution subtile, mais cruciale, à l’heure où la crypto devient un enjeu électoral.
Mais comment un parti traditionnellement frileux face à l’innovation financière en vient-il à revoir sa copie ? Et surtout, cette conversion tardive suffira-t-elle à rattraper l’avance prise par les républicains, emmenés par un Donald Trump désormais pro-Bitcoin ?
Le Bitcoin, un outil d’émancipation que les démocrates ont mis trop longtemps à comprendre
Ro Khanna ne mâche pas ses mots : le Bitcoin n’est pas une lubie de libertariens ou un jouet pour traders. C’est une technologie transformatrice, capable de redonner du pouvoir aux exclus du système bancaire. Lors du sommet Bitcoin for America, il a martelé un message simple : « Le Bitcoin est une réserve de valeur nouvelle génération, utilisée par des millions de personnes, souvent parmi les plus défavorisées. »
Pourtant, pendant des années, les démocrates ont regardé la crypto avec suspicion. Certains y voyaient un danger pour la stabilité financière, d’autres un outil de blanchiment. Une ironie cruelle pour un parti qui se veut le défenseur des classes populaires. Car oui, le Bitcoin permet à un travailleur sans compte bancaire d’envoyer de l’argent à sa famille à l’étranger, sans frais exorbitants. Oui, il offre une échappatoire aux habitants de pays en crise monétaire. Mais cette réalité a tardé à percer dans les cercles du pouvoir.
Khanna l’admet : « Le problème, c’est le manque de compréhension. » Beaucoup de ses collègues ignoraient que le Bitcoin pouvait servir aux transferts d’argent ou pallier la pénurie de dollars dans certains pays. Aujourd’hui, les mentalités évoluent. « Nous sommes passés d’une dizaine de démocrates pro-Bitcoin à près de 80 », se réjouit-il. Un progrès, certes, mais encore timide face à l’adoption fulgurante de la crypto dans l’électorat américain
Crypto-électeurs : le vote qui a fait basculer l’élection… et pourrait changer la donne en 2026
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une étude de Coinbase, dans les États-clés de la dernière présidentielle, le nombre de détenteurs de crypto dépassait largement la marge de victoire entre Biden et Trump. Résultat ? Ces électeurs ont peut-être fait la différence. « Dans une élection aussi serrée, tout compte », reconnaît Khanna.
Van Jones, voix influente chez les démocrates, l’a affirmé sans détour : ignorer les pro-crypto a été une erreur stratégique. Un constat partagé par Khanna, qui appelle son parti à rattraper son retard. Mais le timing est délicat. Car dans le même temps, Donald Trump a embrassé le Bitcoin avec ferveur, allant jusqu’à lancer sa propre token ($TRUMP). Une manœuvre qui brouille les cartes : comment les démocrates peuvent-ils soutenir une technologie que leur rival affiche comme un étendard ?
La réponse de Khanna est sans appel : « Le Bitcoin ne doit pas être une question partisane. » Il faut juger la technologie sur ses mérites, pas sur ceux qui la brandissent. Et surtout, ne pas la confondre avec les dérives spéculatives. « Nous ne devrions pas avoir d’élus qui lancent des memecoins », assène-t-il, visant clairement Trump.