Le Ghana, le Rwanda, la Namibie, le Sénégal et la Côte d’Ivoire figurent parmi les pays africains les mieux placés pour accueillir des stablecoins adossés à leurs monnaies locales. Cette sélection provient d’une analyse de Standard Chartered et de Zodia Markets. Elle repose sur la maturité numérique, l’environnement réglementaire, la stabilité institutionnelle et la capacité des marchés à utiliser ces actifs dans les paiements réels.
Actu crypto Afrique : cinq marchés prennent une longueur d’avance
Cette dynamique prolonge l’arrivée des infrastructures stablecoins en Afrique, mais elle déplace le débat vers les monnaies locales. Le rapport met en avant le Ghana, le Rwanda, la Namibie, le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Ces pays ne représentent pas nécessairement les plus grands marchés crypto du continent.
Ils réunissent toutefois plusieurs conditions favorables à l’émission de stablecoins libellés en monnaies africaines. Le rapport Standard Chartered et Zodia Markets classe ces marchés selon leur potentiel structurel pour des stablecoins non libellés en dollars.
Le Ghana et le Rwanda ont déjà engagé des travaux plus larges sur l’encadrement des actifs virtuels. Leur coopération réglementaire dans les services financiers numériques montre également qu’une reconnaissance entre juridictions africaines reste possible. Cette coordination pourrait faciliter la circulation de produits numériques conformes au-delà d’un seul territoire.
Le Sénégal et la Côte d’Ivoire disposent d’un avantage différent. Les deux pays utilisent le franc CFA ouest-africain. Un stablecoin adossé à cette monnaie pourrait donc viser plusieurs marchés partageant déjà la même banque centrale et les mêmes règles monétaires. La Namibie bénéficie, pour sa part, d’une monnaie liée au rand sud-africain, ce qui peut faciliter son intégration dans les échanges régionaux.
Les stablecoins en dollars dominent encore le marché
Les stablecoins utilisés en Afrique restent très largement adossés au dollar. L’USDT et l’USDC sont recherchés pour les transferts internationaux, le trading et la protection contre la dépréciation des monnaies locales. Environ 98 % à 99 % du marché mondial des stablecoins repose encore sur des actifs liés au dollar.
Cette domination répond à un besoin concret. Au Nigeria, les stablecoins permettent déjà à des ménages et à de petites entreprises de transférer de l’argent plus rapidement. Le pays représentait environ 60 % de l’activité en stablecoins en Afrique subsaharienne sur la période étudiée par le Fonds monétaire international.
Ce phénomène nourrit aussi les stratégies d’acteurs privés. Busha et Tether veulent accélérer les paiements internationaux, tandis que plusieurs plateformes cherchent à capter les flux de remises, de commerce et de trésorerie qui échappent encore aux rails bancaires classiques.
Mais cette utilisation massive du dollar numérique comporte un risque. Les dépôts peuvent quitter les banques locales pour rejoindre des portefeuilles en stablecoins. Standard Chartered estime que ce mouvement pourrait retirer jusqu’à 1 000 milliards de dollars aux banques des économies émergentes en quelques années.
Une version locale pourrait financer l’économie réelle
Un stablecoin adossé au cedi, au franc rwandais ou au franc CFA ne servirait pas seulement à reproduire une monnaie sur une blockchain. Il pourrait accélérer le règlement des factures, les transferts entre entreprises et l’accès à certains actifs financiers locaux.
Les réserves garantissant ces tokens pourraient être placées dans des banques ou des obligations nationales. Les capitaux resteraient alors davantage connectés à l’économie du pays. Les membres de la diaspora pourraient aussi utiliser ces outils pour accéder plus directement à des placements libellés en monnaie locale.
Cette solution réduirait également certaines conversions inutiles. Une entreprise pourrait recevoir une monnaie locale numérique, la transférer rapidement, puis la convertir seulement lorsque cela devient nécessaire. Elle éviterait ainsi de passer systématiquement par le dollar pour une transaction réalisée entre deux acteurs africains.
Le Ghana illustre déjà ce basculement réglementaire. Le pays a commencé à bâtir un cadre légal pour les plateformes crypto, condition indispensable si des stablecoins locaux doivent un jour circuler auprès d’entreprises, de banques et d’utilisateurs grand public.
La confiance reste le principal obstacle
Un stablecoin local ne réussira pas uniquement grâce à sa technologie. Les utilisateurs doivent être certains qu’un token peut être échangé à tout moment contre la monnaie qu’il représente. Les réserves doivent donc être séparées, régulièrement contrôlées et placées auprès d’institutions solides.
La liquidité constitue un autre défi. Un stablecoin peu échangé peut perdre son lien avec la monnaie officielle. Il devient alors difficile à utiliser pour les paiements importants ou les transactions transfrontalières. Les banques, les fintechs et les fournisseurs de liquidité devront donc participer au système.
Enfin, les régulateurs devront empêcher l’émission désordonnée de dizaines de tokens incompatibles. Des règles communes sur les réserves, la cybersécurité et la lutte contre le blanchiment seront indispensables. Le Kenya montre déjà cette direction avec des règles plus strictes pour les plateformes et les stablecoins.
Cette actu crypto Afrique révèle ainsi un changement de priorité. Le continent ne cherche plus seulement à encadrer l’usage des stablecoins en dollars. Plusieurs pays commencent à envisager leurs propres rails monétaires numériques. La RDC montre déjà comment les paiements mobiles en dollars peuvent devenir un laboratoire, même lorsque la monnaie locale n’est pas encore au centre du modèle.
Le potentiel est réel, mais le gagnant ne sera pas forcément le premier émetteur. Ce sera celui qui inspirera assez de confiance pour être utilisé au quotidien.
En bref
- Cinq pays africains ressortent comme candidats aux stablecoins locaux.
- Le Ghana, le Rwanda et l’Afrique francophone disposent d’atouts réglementaires.
- Les réserves, la liquidité et la confiance détermineront leur succès.
