La République démocratique du Congo devient un terrain d’expérimentation majeur pour les paiements mobiles en dollars. Derrière M-Pesa, Airtel Money ou Orange Money, des stablecoins comme l’USDC commencent à faciliter les règlements transfrontaliers sans modifier l’expérience visible des utilisateurs.
Les paiements mobiles en dollars arrivent dans les coulisses
Onafriq s’est associé à Conduit pour utiliser l’USDC dans ses opérations internationales. Ce réseau panafricain relie plus d’un milliard de portefeuilles mobiles et 500 millions de comptes bancaires dans plus de 40 pays. Le stablecoin doit notamment servir à financer des comptes, équilibrer la trésorerie et exécuter certains paiements.
Le changement se déroule surtout en arrière-plan. Un utilisateur congolais peut continuer à envoyer ou recevoir de l’argent depuis son application habituelle. Il ne voit pas nécessairement la blockchain, ne manipule pas directement l’USDC et n’a pas besoin de comprendre le fonctionnement d’un portefeuille crypto.
L’innovation se trouve dans le règlement entre les entreprises. Au lieu de faire circuler l’argent dans plusieurs banques correspondantes, Onafriq peut transférer une valeur numérique indexée sur le dollar. L’objectif consiste à obtenir des paiements le jour même, tout en réduisant la dépendance aux infrastructures bancaires lentes.
La RDC réunit toutes les conditions pour cette expérimentation
Le choix de la RDC n’est pas anodin. Le pays possède une population importante, un accès limité aux services bancaires classiques et une utilisation déjà massive du dollar. Le mobile money remplit donc un espace que les agences bancaires n’ont jamais réussi à couvrir complètement.
Onafriq travaille également avec Visa en RDC. Leur partenariat permet aux utilisateurs d’alimenter Visa Pay depuis des services comme M-Pesa, Airtel Money et Orange Money. Visa a encore élargi son dispositif Visa Pay le 1er juillet 2026, en intégrant la RDC parmi les marchés concernés par son nouveau kit destiné aux banques, fintechs et opérateurs mobiles.
Ces initiatives ne forment pas forcément un unique programme commun consacré aux stablecoins. Elles construisent toutefois la même infrastructure. Les portefeuilles mobiles locaux sont progressivement reliés aux réseaux internationaux, tandis que le dollar numérique peut assurer le règlement entre les différents acteurs.
Cette évolution répond à un besoin réel. L’Afrique subsaharienne a reçu plus de 205 milliards de dollars de valeur sur les blockchains entre juillet 2024 et juin 2025. Le montant représente une progression annuelle d’environ 52 %. Chainalysis observe également d’importants transferts en stablecoins destinés au commerce et aux paiements professionnels.
Les stablecoins compliquent la dédollarisation congolaise
Cette modernisation place la Banque centrale du Congo face à une contradiction. L’institution cherche à rétablir l’usage du franc congolais. Pourtant, les nouvelles infrastructures rendent le dollar encore plus rapide, accessible et facile à déplacer.
En décembre 2025, la BCC indiquait que plus de 80 % des transferts domestiques réalisés par les messageries financières étaient libellés en devises étrangères. Elle avait demandé aux opérateurs de proposer systématiquement une option en franc congolais dans leurs services.
L’USDC ne remplace donc pas seulement les billets en dollars. Il peut prolonger la dollarisation sous une forme plus discrète. Lorsque le stablecoin reste dans les coulisses techniques, le consommateur peut utiliser son portefeuille sans savoir que le règlement final dépend d’un actif américain.
La situation n’implique pas que chaque Congolais recevra directement des USDC. Elle signifie plutôt qu’une partie croissante de l’infrastructure financière peut fonctionner avec des dollars numériques. Pour la BCC, ce déplacement complique le suivi des flux, la promotion du franc et la conservation des dépôts dans les banques locales.
Washington renforce indirectement le dollar en Afrique
Les stablecoins en dollars bénéficient désormais d’un cadre réglementaire plus solide aux États-Unis. La loi GENIUS, signée le 18 juillet 2025, impose notamment une couverture des jetons selon un ratio d’un pour un et la publication régulière d’informations sur les réserves.
Cette réglementation rassure les entreprises qui utilisent l’USDC pour régler des transactions. Elle réduit certains risques liés aux réserves opaques. Mais elle renforce aussi l’influence monétaire américaine bien au-delà des frontières des États-Unis.
Lorsqu’un stablecoin est couvert par des liquidités ou des bons du Trésor américain, son adoption soutient l’écosystème financier du dollar. Une entreprise congolaise peut ainsi contourner plusieurs intermédiaires africains, tout en dépendant davantage d’une monnaie et de règles décidées à Washington.
La RDC devra maintenant choisir son approche. Elle peut encadrer les stablecoins, imposer des obligations aux opérateurs ou développer des infrastructures numériques en franc congolais. Une interdiction brutale serait difficile à appliquer. Le dollar numérique avance précisément parce qu’il peut rester invisible pour le consommateur.
En bref
Onafriq utilise l’USDC pour accélérer certains règlements transfrontaliers.
Les utilisateurs peuvent bénéficier du système sans manipuler directement de crypto.
Cette évolution menace les efforts de dédollarisation engagés par la RDC.
