L’Inde voulait affaiblir Bitchat en visant son code sur GitHub. Quelques jours plus tard, la messagerie associée à l’écosystème Bitcoin reste pourtant accessible, copiable et utilisable. L’épisode montre surtout les limites d’une interdiction classique face à un logiciel ouvert et décentralisé.
Bitcoin et Bitchat échappent au retrait demandé par l’Inde
Ce bras de fer rejoint une question déjà posée par Bitcoin : l’urgence d’un argent sans permission lorsque des intermédiaires peuvent bloquer un accès. Bitchat n’a pas disparu après la notification des autorités indiennes. Le principal dépôt du projet demeurait encore accessible sur GitHub au 30 juillet 2026. L’ordre de retrait n’a donc pas produit l’effet attendu. Le code pouvait toujours être consulté, téléchargé et dupliqué.
L’Indian Cyber Crime Coordination Centre avait demandé à GitHub de limiter l’accès à trois dépôts. The Indian Express rapporte que l’ordre a été partagé par Jack Dorsey et qu’il est intervenu pendant des restrictions de réseau autour de manifestations étudiantes à Delhi.
Les autorités invoquaient l’absence d’inscription obligatoire, de numéro de téléphone et de journalisation centralisée. Cette architecture rend l’identification des utilisateurs et l’interception des échanges beaucoup plus difficiles. Le gouvernement évoquait aussi des risques d’utilisation par des réseaux criminels ou des groupes menaçant la sécurité nationale.
Mais Bitchat n’est pas un service enfermé dans une seule entreprise. Son code est ouvert. Des copies peuvent être créées sur d’autres plateformes. L’application déjà installée continue aussi de fonctionner, même si un dépôt disparaît. Autrement dit, l’Inde peut fermer une porte visible. Elle ne peut pas facilement effacer toutes les copies qui circulent déjà.
Une application conçue pour survivre aux coupures
Bitchat permet aux téléphones proches de communiquer directement par Bluetooth. Les appareils forment un réseau maillé. Chaque téléphone peut recevoir un message, puis le transmettre à un autre appareil situé plus loin. Aucun accès à Internet, opérateur mobile ou serveur central n’est indispensable pour les échanges locaux.
Quand une connexion revient, l’application peut utiliser le protocole Nostr pour élargir la portée des conversations. Ce fonctionnement rappelle les travaux autour de Nostr et des identités fondées sur des clés publiques. Un utilisateur ne dépend plus d’une plateforme unique pour publier ou transmettre une information. Plusieurs relais peuvent prendre le relais si l’un d’eux devient inaccessible.
CoinDesk décrit Bitchat comme une application Bluetooth mesh capable de relayer des messages chiffrés et des transactions liées à Bitcoin. Cette précision explique pourquoi le sujet dépasse la simple messagerie. Il touche aussi aux infrastructures capables de fonctionner lorsque les réseaux classiques sont coupés.
Les développeurs ont également ajouté une fonction permettant de partager le fichier d’installation entre téléphones Android proches. Une personne possédant déjà l’application peut donc la transmettre sans passer par GitHub ou une boutique d’applications. Cette capacité change la nature du rapport de force. L’outil ne se contente plus de fonctionner hors ligne. Il peut aussi continuer à se diffuser lorsque ses canaux officiels sont bloqués.
Les manifestations indiennes ont accéléré son adoption
L’intervention des autorités est survenue pendant des manifestations étudiantes à New Delhi. Des restrictions de réseau auraient touché certaines zones entourant les rassemblements. Des participants se sont alors tournés vers des messageries Bluetooth pour rester en contact sans dépendre du réseau mobile traditionnel.
Cette visibilité a propulsé Bitchat dans les classements indiens. Coin Edition, citant des données Sensor Tower partagées avec TechCrunch, indique que l’Inde aurait représenté environ 85 % des téléchargements mondiaux de l’application entre le 17 et le 23 juillet. Plus de 91 000 téléchargements auraient été enregistrés dans le pays en cinq jours. Le nombre d’utilisateurs actifs quotidiens aurait dépassé 330 000 au plus haut.
Le scénario rappelle un effet classique des interdictions numériques. À chaque restriction des communications classiques, l’application gagne en utilité. L’interdiction devient même une publicité involontaire. Elle attire les curieux vers l’outil que les autorités souhaitaient rendre moins visible.
Le lien avec Bitcoin devient surtout politique
Bitchat n’utilise pas la blockchain Bitcoin pour transmettre tous ses messages. Son rapprochement avec Bitcoin vient d’abord de Jack Dorsey, l’un des promoteurs les plus actifs du BTC. Il vient aussi d’une philosophie commune. Les deux technologies cherchent à réduire la dépendance envers les intermédiaires centraux.
Bitcoin permet de transférer de la valeur sans banque centrale. Bitchat tente de faire circuler des messages sans serveur central. Nostr étend cette logique aux publications et aux communications sur Internet. Ces outils ne remplissent pas la même fonction. Ils partagent néanmoins une architecture pensée pour résister à la fermeture d’un point unique.
Cette résistance ne supprime pas les risques. Une messagerie difficile à surveiller peut protéger des manifestants, des journalistes ou des populations touchées par une catastrophe. Elle peut aussi être détournée par des acteurs malveillants. C’est le même dilemme que l’on retrouve lorsque l’Inde gèle des fonds liés au darknet avec l’aide de Binance : la sécurité publique exige des outils d’enquête, mais le contrôle peut vite toucher des technologies neutres.
Le débat rejoint aussi la pression croissante sur les messageries privées, déjà visible avec les tensions autour de Pavel Durov et de Telegram. Le vrai sujet ne porte donc plus seulement sur Bitchat. Il concerne la capacité des États à encadrer des logiciels ouverts sans transformer la sécurité publique en surveillance généralisée.
En bref
- Le dépôt principal de Bitchat reste accessible malgré la demande indienne.
- L’application peut fonctionner et se diffuser sans Internet.
- L’affaire rapproche encore Bitcoin des débats sur la liberté numérique.
