Le paysage financier vient de vivre un séisme silencieux. Dans une décision historique, l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) a levé le dernier verrou réglementaire empêchant les banques traditionnelles de plonger dans l’univers des cryptomonnaies. Désormais, elles peuvent stocker, négocier et même sous-traiter la gestion du Bitcoin pour leurs clients. Une révolution ? Absolument. Mais derrière cette annonce se cachent des enjeux bien plus profonds qu’une simple ouverture marché. Et si les banques, longtemps sceptiques, devenaient les principaux acteurs de l’adoption massive du Bitcoin ?
La fin d’une guerre froide financière : les banques embrassent (enfin) le Bitcoin
Pendant des années, les institutions bancaires ont observé le Bitcoin avec méfiance, le qualifiant tour à tour de bulle spéculative, d’outil pour criminels, ou pire : de menace pour leur monopole. Aujourd’hui, le revirement est spectaculaire. L’OCC, gardien de la stabilité bancaire américaine, leur tend un passeport pour le monde des cryptos.
Les nouvelles directives autorisent les banques à : Stocker des cryptomonnaies (comme un coffre-fort numérique), exécuter des achats/ventes à la demande des clients, externaliser ces services à des spécialistes (Coinbase, Fidelity…).Mais attention : pas de folies. L’OCC exige une gestion rigoureuse des risques et une conformité absolue. Traduction : « Vous voulez jouer avec le Bitcoin ? Très bien. Mais pas question de reproduire les excès de 2008. »
La réponse tient en trois lettres : GAFAM. Avec Facebook qui pousse son Libra (devenu Diem), PayPal qui intègre les cryptos, et Tesla achetant 1,5 milliard de BTC, les banques risquaient de devenir des spectatrices. L’OCC a anticipé la disruption. « La numérisation n’est pas une tendance, c’est une transformation », assène Rodney Hood, Contrôleur de la monnaie par intérim.
Ironie de l’histoire : en adoptant le Bitcoin, les banques pourraient renforcer leur emprise sur la finance. Comment ? En devenant les nouveaux gardiens des portefeuilles crypto, elles récupèrent un contrôle perdu. Une stratégie subtile : « Si tu ne peux pas les battre, encadre-les. »
Vers une adoption massive ou un étouffement régulé ?
Des dizaines de millions d’Américains ont déjà touché aux cryptos. Donc, l’OCC a clarifié les règles en 2025. Résultat : les banques peuvent plus facilement proposer de la custody et, parfois, de l’exécution d’ordres. Autrement dit, le “compte crypto” à côté de l’épargne devient crédible.
Cependant, il faut éviter les raccourcis. D’abord, “assuré comme un dépôt” n’est pas automatique : la FDIC ne garantit pas le Bitcoin comme un compte bancaire classique. Ensuite, côté impôts, la tendance est claire : plus de reporting, plus d’automatisation. En particulier, les formulaires IRS 1099-DA structurent la déclaration à partir des transactions dès 2025, avec envois dès 2026.
Enfin, le sujet de fond, c’est Bitcoin lui-même. Oui, c’est plus simple. Mais, en échange, la garde se centralise si les banques deviennent les custodians dominants. De plus, les frais (garde, spreads, options “premium”) peuvent grignoter la performance. Et surtout, le KYC et la traçabilité deviennent la norme. Bref : coexister avec le système, oui… sans se faire digérer, c’est tout l’enjeu.
