Le sujet n’a pas changé de place à Washington. Les stablecoins ont pris la lumière dès les premières auditions dédiées aux actifs numériques, et ils continuent d’aimanter la réglementation américaine. Le Bitcoin, lui, n’a pas disparu. Il a juste été rangé dans une autre case, moins “gérable” politiquement.
Pourquoi les stablecoins passent toujours avant le Bitcoin
Lors de l’audience du 26 février 2025 du sous-comité du Sénat sur les actifs numériques, présidé par Cynthia Lummis, le centre de gravité était clair : définir un cadre pour les stablecoins avant de trancher le reste. Les témoins et les débats ont surtout tourné autour de l’usage “paiement”, de l’émission, et des zones grises autour des réserves. Tim Massad et Jonathan Jachym (Kraken) figuraient parmi les voix entendues, avec un accent marqué sur l’architecture légale plutôt que sur le récit “or numérique” du Bitcoin.
Les stablecoins ressemblent à ce que les régulateurs connaissent déjà. Ils imitent la monnaie. Ils touchent aux paiements. Donc ils touchent au pouvoir. Un stablecoin, ce n’est pas une idée abstraite. C’est une promesse de conversion, une réserve à prouver, un émetteur à encadrer. Sur le papier, c’est presque confortable pour un législateur.
Le Bitcoin, lui, ne propose pas de “réserve” à auditer ni de dirigeant à convoquer. Sa décentralisation n’aide pas à écrire un paragraphe de loi simple. Elle oblige à parler de marchés, de garde, de fiscalité, de surveillance. C’est plus lent. Et ça crée plus de conflits de compétences.
Le Bitcoin n’est pas évincé, il est traité comme un cas spécial
Quand le débat devient institutionnel, le Bitcoin sert souvent de repère silencieux. On le compare. On le cite en arrière-plan. Mais on ne le “régule” pas comme un produit émis. C’est pour ça que, dans beaucoup d’auditions, il apparaît surtout via des sujets indirects. La conservation, les ETF, les règles pour les plateformes, ou la frontière SEC/CFTC. On parle du marché autour du Bitcoin plus que du protocole lui-même.
Cette logique explique aussi pourquoi la discussion “réserve stratégique en Bitcoin” reste marginale dans les échanges officiels. Elle est explosive politiquement. Et elle force à assumer une thèse macro. Pour l’instant, Washington préfère bétonner les tuyaux plutôt que d’acheter de l’or numérique.
Le vrai champ de bataille du moment : le rendement sur stablecoins
Début 2026, la pression est remontée d’un cran sur un point précis : le rendement. Pas le rendement DeFi exotique. Le rendement “grand public”, offert via des plateformes, des programmes de récompenses ou des mécanismes assimilables à des intérêts.
L’American Bankers Association pousse explicitement le Sénat à “fermer la faille” et à étendre l’interdiction de l’intérêt sur les stablecoins de paiement, au-delà des seuls émetteurs. Leur argument est frontal : si des stablecoins rémunérés deviennent des substituts de dépôts, les banques locales perdent des ressources et le crédit se contracte.
Dans ce décor, le Bitcoin redevient presque secondaire, parce qu’il ne concurrence pas directement le livret bancaire. Il concurrence plutôt la confiance long terme. Les stablecoins, eux, concurrencent le compte courant. Et ça, c’est une ligne rouge beaucoup plus sensible.
Harmonisation SEC–CFTC : le retour du cadre, pas la fin du Bitcoin
La scène se déplace aussi vers la coordination entre régulateurs. Le 22 janvier 2026, la SEC et la CFTC ont annoncé un événement commun le 27 janvier sur l’harmonisation, avec un objectif affiché de clarifier des frontières jugées “mal alignées”.
Ce détail compte. Quand deux agences se mettent à parler d’une même voix, c’est rarement pour philosopher sur le Bitcoin. C’est pour réduire l’ambiguïté qui bloque les marchés, les produits, et la conformité. Dans cette mécanique, le Bitcoin n’est pas oublié. Il sert même d’aimant à décisions, parce qu’il force à trancher la question centrale : qui supervise quoi, et pourquoi. Les stablecoins ouvrent la porte. Le Bitcoin oblige à choisir la pièce suivante.
