Hong Kong continue de rapprocher la finance traditionnelle et la blockchain. Cette fois, le pont passe par l’or. Hang Seng Investment met sur le marché un ETF adossé physiquement à des lingots, tout en ajoutant une version tokenisée des unités.
En bref :
- Hang Seng lance à Hong Kong un ETF or avec une classe d’unités tokenisées sur Ethereum.
- Les tokens ne sont pas librement échangeables et passent par des distributeurs autorisés.
- Hong Kong poursuit ainsi sa stratégie “RWA” sous contrôle réglementaire.
Un ETF or classique avec une couche Ethereum
Hang Seng Investment a lancé le Hang Seng Gold ETF à la Bourse de Hong Kong sous le ticker 03170, avec une hausse d’environ 9 % en début de séance asiatique. La particularité est simple à formuler et moins simple à exécuter : une classe d’unités tokenisées doit être émise sur Ethereum, avec HSBC comme agent de tokenisation.
Le fonds suit la référence LBMA Gold Price AM et détient de l’or physique stocké à Hong Kong. L’idée reste celle d’un ETF “propre”, lisible, encadré. Sauf qu’ici, une partie de la tuyauterie change, car la preuve de détention peut aussi prendre la forme de tokens.
Le timing n’est pas neutre. L’or enchaîne les records, porté par une demande d’investissement très forte. Le prix de l’or estau-dessus de 5 500 $ l’once sur cette fin janvier 2026.
Pourquoi tokeniser un ETF, si on ne peut pas le revendre librement ?
Le prospectus insiste sur un point que beaucoup vont rater en lisant trop vite : il n’y a pas de trading secondaire pour les unités tokenisées. Pas de marché DeFi, pas de pool de liquidité “magique”. La souscription et le rachat passent par des acteurs autorisés, dans une logique de distribution contrôlée.
En pratique, on est sur une structure “permissionnée” au-dessus d’une blockchain publique. Les adresses de wallets doivent être enregistrées et whitelistées, avec une association à des informations d’identification conservées hors chaîne. On garde la transparence technique d’un réseau public, mais l’accès reste filtré comme dans une salle des marchés.
Autre nuance importante : la “finalité” économique reste largement off-chain. Le registre officiel de propriété demeure sous contrôle du trustee et du registrar, et la tokenisation vient surtout comme une représentation numérique synchronisée. Le dispositif prévoit même des mécanismes de rapprochement quotidien entre écritures et tokens, et une gestion des événements type fork.
Hong Kong accélère sur les actifs du monde réel
Ce lancement colle à la stratégie locale : faire de Hong Kong un laboratoire réglementé des RWA (real-world assets). L’Autorité monétaire de Hong Kong pousse depuis 2024 des expérimentations autour des transactions “réelles” avec des actifs tokenisés et des formes de monnaie numérique.
Le cadre se structure avec Project Ensemble, pensé pour faciliter le règlement interbancaire de transactions d’actifs tokenisés, notamment via des dépôts tokenisés. Le message est clair : tokeniser, oui, mais avec des rails de paiement et des responsabilités identifiées.
Dans ce décor, l’ETF de Hang Seng ressemble à une pièce de plus sur l’échiquier. L’or sert de support rassurant. La blockchain sert de couche d’automatisation et de traçabilité. Et l’ensemble reste compatible avec les exigences de conformité que la place veut afficher.
Ce que ça change pour l’écosystème crypto
Pour le marché crypto, le signal est intéressant : on ne parle plus seulement de “tokeniser un produit”, mais d’intégrer la tokenisation à un véhicule grand public, connu et surveillé. C’est un pas vers une finance où la détention se gère comme un actif numérique, même quand le sous-jacent est un lingot dans un coffre.
Mais il faut rester lucide. Tant que les tokens ne circulent pas librement, l’innovation est surtout opérationnelle, pas révolutionnaire. L’intérêt se joue dans la distribution, le reporting, la réduction de frictions, et la capacité à connecter plus tard ces unités à d’autres infrastructures. C’est de la crypto “en costume”, et c’est assumé.
Enfin, ce type de produit peut faire évoluer la perception d’Ethereum et des blockchains publiques auprès des institutions. Non pas comme un terrain de jeu, mais comme une base technique acceptable, à condition d’y ajouter des contrôles. C’est peut-être ça, le vrai basculement : moins de promesses, plus de plomberie.
