Il y a des scandales qui sentent la fraude « classique ». Et puis il y a ceux qui grattent une zone plus sombre : la sécurité nationale. En Israël, l’arrestation et l’inculpation d’un réserviste et d’un civil, soupçonnés d’avoir utilisé des informations classifiées pour parier sur Polymarket, fait partie de cette seconde catégorie. L’affaire ne parle pas seulement de « délit d’initié » version crypto. Elle raconte comment un outil de marché, pensé pour agréger des probabilités, peut se transformer en canal d’extraction de secrets quand il tombe entre de mauvaises mains.
En bref :
- Israël a arrêté un réserviste et un civil soupçonnés d’avoir utilisé des informations classifiées pour parier sur Polymarket au sujet d’opérations contre l’Iran.
- L’affaire montre comment un marché de prédiction peut devenir un canal de monétisation d’informations sensibles, au-delà du simple “délit d’initié”.
- Elle relance les inquiétudes des autorités et des législateurs sur les risques de sécurité et de confiance publique liés à ces plateformes.
Quand le pari devient une fuite d’information
D’après les autorités israéliennes (Défense, Shin Bet, police), l’enquête aurait mis au jour un schéma simple, presque banal : accès à des informations sensibles, puis utilisation de ces éléments pour prendre position sur des événements militaires à venir. Mais au-delà, l’enjeu dépasse largement le gain. Quand une opération militaire devient une « question » sur un marché de prédiction, le timing et la certitude valent de l’or.
Le dossier devient explosif, car le réserviste accusé a travaillé au Shin Bet, alimentant l’idée d’un abus interne. Les autorités retiennent corruption et entrave à la justice, évoquent la sécurité, mais la défense dit l’accusation abandonnée.
Et c’est là que la mécanique devient intéressante (et inquiétante). Un marché de prédiction n’a pas besoin de publier un document classifié pour poser problème. Il suffit qu’un initié puisse miser “juste” avant tout le monde. Le signal se propage ensuite : variations d’odds, volumes, commentaires, captures d’écran… Et soudain, une information que personne ne devait confirmer se retrouve “imprimée” dans un prix.
Polymarket, miroir des tensions… et aimant à soupçons
Polymarket a officialisé un partenariat avec la MLS, mais au-delà, elle a grandi sur une promesse simple : rendre le monde plus lisible à travers des probabilités. Or, dès que ses marchés s’attaquent à des sujets géopolitiques brûlants, la frontière entre « anticiper » et « savoir » devient trouble. C’est précisément ce que met en lumière l’affaire israélienne, avec des paris liés à de possibles frappes ou opérations militaires contre l’Iran.
Un élément revient souvent dans la presse : le compte “ricosuave666”, évoqué par le média public israélien Kan, qui aurait misé des dizaines de milliers de dollars sur des marchés liés à des opérations israéliennes en Iran en juin 2025, avec des profits dépassant les 150 000 $. Les autorités n’ont pas publiquement confirmé si les personnes arrêtées sont liées à ce compte, mais la coïncidence alimente évidemment la suspicion.
Transition logique : ce n’est pas un cas isolé dans “l’année Polymarket”. D’autres controverses ont mis en lumière le risque d’informations non publiques, comme l’épisode autour d’un trader ayant gagné plusieurs centaines de milliers de dollars sur un pari lié à Nicolás Maduro, ce qui a relancé le débat sur l’intégrité de ces marchés.
Le vrai sujet : la sécurité, pas la crypto
On pourrait croire que l’histoire est “anti-crypto”. En réalité, elle est surtout anti-naïveté. Le ministère israélien de la Défense parle d’un risque concret pour la sécurité des activités militaires : si des informations classifiées se monétisent via des paris, l’incitation à la fuite augmente mécaniquement. Et ce, même sans “espionnage” au sens traditionnel : la simple perspective de profit peut suffire à tordre les comportements.
Ce type d’affaire fait aussi remonter une question que les législateurs adorent et redoutent : comment encadrer un marché global, accessible en quelques clics, quand l’abus vient d’acteurs disposant d’un accès privilégié à l’information ? Certaines plateformes concurrentes ont déjà musclé leurs dispositifs de surveillance, mais le problème de fond reste entier : si un événement est “pari-able”, il devient “tradable”. Et ce qui est tradable attire forcément des gens qui savent plus que les autres.
