À Kingsport, dans le Tennessee, la crypto s’invite dans l’urbanisme. Mardi soir, la ville a voté en première lecture une ordonnance qui redessine son zonage pour accueillir des activités de minage et des centres de données, avec des règles de localisation et de bruit très cadrées. Le texte doit encore passer un second vote pour être adopté définitivement.
En bref :
- Kingsport ajuste son zonage pour permettre des projets de minage crypto et de data centers, sous conditions strictes.
- Le texte impose notamment distance, bâtiment clos et limite sonore, avec études techniques à l’appui.
- Le Tennessee confirme son attractivité pour l’écosystème, entre expansion industrielle et signaux politiques.
Un zonage pensé comme un filtre, pas comme une tapis rouge
Penant que Oklahoma veut payer ses employés en bitcoin, Kingsport avance aussi dans un autre angle. Le cœur du changement est simple. Kingsport ne dit pas “venez tous”, elle dit plutôt “venez, mais à nos conditions”. Dans l’ordonnance, les opérations numériques doivent se faire dans un bâtiment complètement clos. Ce détail paraît technique, mais il vise un point concret : limiter la nuisance sonore et éviter les installations “à l’air libre”.
La distance devient l’autre garde-fou. Les installations ne doivent pas se situer à moins de 500 pieds (environ 152 mètres) d’une zone ou d’un usage résidentiel. Et la mesure se fait depuis la limite de propriété ou la limite de zone, selon ce qui est le plus proche. C’est le genre de précision qui réduit les zones grises… et les conflits de voisinage.
Kingsport met le bruit au centre du jeu. Le plafond annoncé est de 60 dBA à la limite de propriété, avec une étude acoustique menée par un professionnel et plusieurs étapes de contrôle, dont un relevé “as-built” plusieurs mois après l’ouverture. La ville exige même une étude de vibration pour s’assurer que rien n’est perceptible au-delà du terrain. On n’est pas sur un simple formulaire, mais sur une logique de preuve.
Derrière la crypto, une obsession très locale : anticiper la “numérisation massive”
Ce qui frappe dans les documents préparatoires, c’est le ton. Le service d’urbanisme explique que le code industriel a été écrit sans anticiper la massification du numérique. Et il s’attend à voir arriver des entreprises “data-based” à la recherche de terrains. Autrement dit, Kingsport se met à jour avant d’être surprise.
La ville n’invente pas seulement des interdictions. Elle crée un chemin administratif. Le minage et les data centers sont traités comme des “special exceptions” dans le district M-2 (General Manufacturing), avec validation par le Board of Zoning Appeals si les critères sont respectés. Cette mécanique permet de trier les projets un par un, au lieu de graver une autorisation automatique dans le marbre.
Et Kingsport ajoute une nuance intéressante. Dans certaines zones commerciales, la ville ouvre la porte à de petits data centers “accessoires”, mais insiste sur un point : pas de minage dans ce format. On sent la différence de perception entre “stockage/traitement de données” et “minage crypto”, même si les infrastructures se ressemblent parfois.
Le bruit, le vrai sujet qui colle aux mines crypto
Si Kingsport encadre autant les décibels, ce n’est pas par amour des sonomètres. Aux États-Unis, le bruit est devenu l’argument numéro un contre certaines fermes de minage. Dans le comté de Hood, au Texas, des habitants ont attaqué en justice une opération de minage, en évoquant une nuisance liée au vacarme continu.
Ce contexte change la stratégie des villes. Quand une mairie fixe un seuil comme 60 dBA, elle ne cherche pas seulement le confort. Elle cherche aussi une base pour agir si la situation dérape. Sans règle claire, la discussion se transforme vite en match de perceptions. Avec une règle, on revient à des mesures et à des rapports.
Cela ne garantit pas la paix sociale. Une limite chiffrée peut rassurer sur le papier et frustrer sur le terrain, surtout si les habitants estiment que la mesure ne reflète pas leur expérience. Mais au moins, Kingsport pose un cadre avant l’arrivée des machines, et pas après la première plainte.
Tennessee : un terrain déjà “miner-friendly”, et pas seulement à cause des élus
Kingsport n’agit pas dans le vide. Le Tennessee est déjà repéré par l’industrie. CleanSpark, un acteur majeur du minage de Bitcoin, a annoncé en 2024 l’acquisition de sept sites de minage dans l’État, visant une hausse de capacité et de hashrate.
Ce qui attire ces entreprises dépasse la politique locale. Il y a la disponibilité foncière, l’accès à l’énergie, et la possibilité de construire vite. Mais la politique n’est jamais loin. En janvier 2026, un projet de loi au Tennessee, HB1695, affiche l’intention d’autoriser le trésorier de l’État à allouer une part limitée de fonds éligibles au bitcoin, avec des exigences de garde et de reporting. Même si ce texte ne parle pas de Kingsport, il raconte l’ambiance.
Dans ce décor, l’ordonnance de Kingsport ressemble à un compromis typiquement américain. La ville veut capter l’activité “data” et l’investissement, sans accepter une zone industrielle qui sonne comme un aéroport 24/7. Le message envoyé aux acteurs crypto est clair : l’accueil est possible, mais il faudra jouer selon les règles locales.
