154 milliards de dollars illicites en crypto en 2025. Les mules financières prolifèrent, les réseaux de blanchiment s’industrialisent. Mais la Thaïlande ne regarde plus passer les trains. En gelant plus de 10 000 comptes suspects, Bangkok déploie une stratégie réglementaire inédite, et prouve qu’aucun compte criminel n’est vraiment à l’abri.
En bref :
- Plus de 10 000 comptes crypto gelés en Thaïlande pour suspicion de blanchiment
- Une coalition SEC, AMLO, banques et police coordonne la lutte contre les mules numériques
- La Travel Rule désormais strictement appliquée sur les transferts crypto entre portefeuilles
Le blanchiment crypto : un fléau global que la Thaïlande décide de regarder en face
Le crime financier a trouvé un nouveau terrain de jeu. Les stablecoins ont dépassé le Bitcoin et représentent désormais 63 % de toutes les transactions illicites en crypto. Leur stabilité, leur rapidité, leur accessibilité, tout en fait l’outil parfait pour recycler de l’argent sale à grande échelle, des cartels d’Asie du Sud-Est aux réseaux de fraude sophistiqués pilotés par l’IA.
Face à ce constat, la Thaïlande ne se contente plus d’observer. Selon un rapport du Bangkok Post, les opérateurs de plateformes crypto thaïlandaises ont gelé plus de 10 000 comptes soupçonnés de servir de mules financières.
Ces relais sont utilisés pour blanchir des fonds illicites avant leur réintégration dans l’économie légale. Ces gels résultent directement du renforcement des contrôles KYC et de l’instauration de délais obligatoires sur les transferts à haut risque. Résultat : les comptes anormaux deviennent visibles, identifiables, bloquables.
Att Thongyai Asavanund, directeur général de KuCoin Thaïlande et président de la Thai Digital Asset Operators Trade Association (TDO), confirme ces chiffres. Il précise que depuis le début de 2025, ce sont en réalité 47 692 comptes mules au total qui ont été gelés par les opérateurs thaïlandais. Un chiffre qui donne la mesure de l’ampleur du problème et de la réponse déployée.
Une coalition réglementaire qui fait école
Ce n’est pas une action isolée. Dès février 2025, la Securities and Exchange Commission thaïlandaise (SEC) a réuni autour d’une même table le Bureau de lutte contre le blanchiment d’argent (AMLO), la Banque de Thaïlande, le Bureau d’enquête sur la cybercriminalité et l’Association des banquiers thaïlandais. Objectif commun : construire un dispositif coordonné capable d’identifier et de neutraliser les comptes mules numériques dans des délais accélérés.
« La SEC et le TDO ont élaboré conjointement des lignes directrices pour la surveillance et l’enquête sur les comptes suspects ».
Concrètement, cela se traduit par un partage élargi de données entre plateformes crypto, banques et forces de l’ordre.
Le gouvernement thaïlandais a également ordonné l’application stricte de la Travel Rule. Tout opérateur crypto agréé doit collecter et transmettre les informations d’identification de l’expéditeur et du destinataire sur les transferts de portefeuille à portefeuille. Fini l’anonymat de façade.
Cette offensive s’inscrit dans une campagne nationale plus large contre ce que Bangkok appelle l’«argent gris», une surveillance renforcée qui touche aussi bien les marchés de l’or physique que les actifs numériques. Paradoxe fondamental du secteur : la blockchain, souvent accusée d’opacité, est en réalité traçable par nature.
Chaque transaction laisse une empreinte immuable. Le vrai avantage des criminels n’est pas la technologie, c’est la lenteur des régulateurs. La Thaïlande vient de prouver qu’en combinant volonté politique, coalition inter-agences et outils réglementaires adaptés, il est possible de reprendre le dessus. Un modèle que l’Asie du Sud-Est devrait regarder de très près.
