Le Nigeria pourrait bien écrire un nouveau chapitre de son histoire financière. Alors que la Banque centrale (CBN) tentait d’étouffer les cryptomonnaies en 2021, une réalité s’impose : le Bitcoin et ses pairs n’ont pas plié, ils ont prospéré. Dans un rapport percutant publié en mars 2025, KPMG presse les institutions bancaires nigérianes de sauter à l’eau – non pas pour noyer la crypto, mais pour surfer sur la vague blockchain. Un virage audacieux, mais nécessaire.
L’ironie d’une interdiction : la crypto, phénix nigérian
En 2021, la CBN interdit aux banques de traiter des transactions crypto. Objectif affiché : protéger le système financier. Résultat ? Un échec cuisant.
Les données de Chainalysis révèlent une croissance annuelle de 9 % des volumes de transactions crypto entre 2022 et 2023. Le Nigeria rejoint ainsi le cercle restreint des six pays affichant une progression malgré la morosité mondiale.
Pourtant, l’explication ne tient pas qu’à la résilience des Nigérians. Les coûts exorbitants des transferts transfrontaliers classiques ont poussé la diaspora – et les citoyens locaux – vers des alternatives moins chères.
Le bitcoin, solution pragmatique, s’est imposé comme un pont financier. Ironie du sort : en voulant contrôler, la CBN a accentué la décentralisation.
D’ailleurs, même les amendes infligées aux banques en 2022 (1,31 milliard de nairas) n’ont pas inversé la tendance.
Le rapport souligne un autre catalyseur : la dévaluation du naira en 2024. Une monnaie affaiblie a renforcé l’attrait des actifs décentralisés, perçus comme une bouée face à l’inflation.
En somme, l’interdiction a servi de révélateur – une expérience involontaire mais riche d’enseignements.
Symbiose banques-crypto : le nouveau paradigme bancaire
Fin 2023, la CBN opère un revirement historique : les banques peuvent désormais collaborer avec des plateformes crypto régulées. Un feu vert stratégique.
En 2024, le Nigeria devient un laboratoire de licences numériques, attirant entreprises et capitaux. Pour KPMG, cette ouverture n’est pas une concession, mais une opportunité de symbiose.
Premier acte : les banques gagnent un accès direct à l’innovation blockchain.
Imaginez des systèmes de vérification d’identité infalsifiables, ou des audits financiers en temps réel grâce à la traçabilité inhérente à la blockchain. KPMG insiste : « Intégrer l’analyse blockchain dans les processus de conformité permet de détecter les flux illicites mieux que les méthodes traditionnelles. » Un argument de poids pour séduire des institutions soucieuses de sécurité.
Deuxième acte : les exchanges crypto, souvent critiqués pour leur laxisme, héritent du savoir-faire bancaire en gestion des risques. Lutte contre le blanchiment, ratios de liquidité, stress tests – autant d’outils pour assoir leur légitimité.
En miroir, les banques revitalisent leur image, captant une clientèle jeune et tech-savvy.
Enfin, cette alliance pourrait remodeler les transferts de fonds. Avec des frais réduits et des délais quasi instantanés, le Nigeria positionne l’Afrique en pionnière d’une finance réinventée.