L’or vient de faire un mouvement rare : en 24 heures, il aurait ajouté environ 1 500 milliards de dollars à sa capitalisation, sur fond de hausse d’environ 4,4 %. Dans le même temps, le Bitcoin a reculé autour de 88 000 $. Le contraste est brutal, presque théâtral. Depuis plusieurs mois, les métaux précieux reprennent la lumière. Et cette séance extrême rend la comparaison impossible à ignorer : l’or a “créé” en une journée l’équivalent de la valeur totale de Bitcoin, ou presque. C’est un signal de flux, plus que de technologie. Et ça raconte une histoire très simple : quand la peur monte, la foule retourne là où elle a l’habitude de se réfugier.
En bref :
- L’or a ajouté environ 1 500 Md$ de capitalisation en 24h, pendant que le Bitcoin reculait.
- Le marché “refuge” se concentre sur les métaux, avec un sentiment très polarisé.
- Côté institutions, beaucoup jugent pourtant le Bitcoin sous-évalué dans la zone 85 000–95 000 $.
Une séance qui change la photo du marché
Ce genre de saut de capitalisation sur l’or n’est pas un détail statistique. C’est un événement de positionnement. Quand l’or accélère comme ça, il ne gagne pas seulement des dollars. Il récupère du statut : celui d’actif “par défaut” quand le monde tangue.
Il faut aussi remettre l’échelle en tête. L’or évolue déjà dans une autre galaxie que Bitcoin. Ces derniers mois, sa capitalisation a été décrite autour de 30 000 milliards de dollars lors de précédents records. Dans ce décor, +1 500 Md$ ressemble à une grosse vague sur un océan. Mais l’impact psychologique est immense.
Le Bitcoin, lui, est jugé à la minute. Il est liquide, nerveux, et sur-analysé. Une baisse pendant que l’or flambe, cela nourrit l’idée que le “digital gold” n’est pas encore l’or. Pas en période de stress, pas quand les écrans virent au rouge.
Bitcoin contre or : le mythe du refuge mis à l’épreuve
Sur le papier, Bitcoin et or racontent un récit voisin : rareté, résistance à la dévaluation, actif hors système. Dans la vraie vie, ils ne réagissent pas toujours pareil. L’or a derrière lui des décennies d’automatismes. Le Bitcoin a derrière lui des cycles violents et une réputation d’actif “risk-on”.
La séance actuelle remet cette nuance au centre. Si les investisseurs cherchent une couverture immédiate, l’or reste le choix instinctif. Le Bitcoin demande encore un acte de foi, ou au minimum une tolérance à la volatilité. C’est moins confortable quand les marchés sont fébriles.
Et pourtant, la comparaison sur cinq ans est plus subtile qu’elle n’en a l’air. L’or aurait surperformé le Bitcoin sur cette période, avec plus de 185 % contre environ 164 % pour BTC. Même si ces chiffres varient selon les points de départ, le message est clair : le Bitcoin n’a pas “écrasé” l’or récemment, contrairement à ce que beaucoup imaginent encore.
L’argent s’invite et élargit le fossé
Ce qui rend l’épisode encore plus intéressant, c’est la poussée de l’argent. Les données de capitalisation placent désormais l’argent à plusieurs milliers de milliards de dollars, au point de dépasser des géants comme Nvidia dans certains classements. Autrement dit : ce n’est pas seulement un trade sur l’or, c’est un mouvement “métaux” plus large.
Quand l’argent s’emballe, il y a souvent un mélange de deux moteurs. D’un côté, la demande “monétaire” par contagion, parce que l’or monte. De l’autre, la demande industrielle, car l’argent reste un métal utile, pas seulement symbolique. Ce cocktail peut créer des phases de hausse plus explosives.
Pour le Bitcoin, c’est un concurrent inattendu. Pas sur le plan technologique, mais sur le plan narratif. Si l’attention du grand public et des médias se déplace vers l’or et l’argent, le BTC perd de l’espace mental. Et en marché, l’espace mental finit souvent par ressembler à des flux.
Sentiment : peur côté crypto, euphorie côté or
Le détail le plus parlant n’est pas le prix. C’est l’humeur. Le Crypto Fear & Greed Index est tombé autour de 26/100, en zone de peur. En face, un indicateur suivi pour l’or affiche 99/100, en “cupidité extrême”. Deux thermomètres, deux climats.

Cette divergence n’est pas éternelle. Elle signale souvent un marché déséquilibré. L’or peut devenir “trop aimé”, et le Bitcoin “trop détesté”. Or, les retournements naissent parfois de ces excès. Pas toujours. Mais assez souvent pour mériter attention.
D’ailleurs, le discours institutionnel sur Bitcoin reste moins sombre qu’on le pense. Une enquête liée à Coinbase indique que 71 % des investisseurs institutionnels interrogés estiment le Bitcoin sous-évalué entre 85 000 et 95 000 dollars. Et environ 80 % disent qu’ils conserveraient ou renforceraient en cas de nouvelle baisse de 10 %. La confiance est là, mais elle s’exprime en temps long.
