L’Afrique veut transformer son or en outil de réserve. L’impulsion vient d’Égypte. Fin décembre 2025, la Banque centrale d’Égypte et Afreximbank ont signé un protocole d’accord pour lancer une étude de faisabilité sur un programme de “Banque d’or” panafricaine. Le projet évoque une raffinerie accréditée, des coffres sécurisés et des services financiers adossés au métal.
Pourquoi l’or revient dans les discussions des banques centrales
Le retour de l’or n’a rien d’un caprice. Il suit une tendance mondiale. Depuis trois ans, les banques centrales achètent à un rythme élevé, souvent au-delà de 1 000 tonnes par an, selon le World Gold Council. Dans un monde où les tensions pèsent sur la finance, l’or reste un actif qui ne dépend pas d’une promesse écrite par quelqu’un d’autre. Et son ATH récent ne peut qu’attirer encore plus les investisseurs.
En Afrique, la logique est encore plus pragmatique. Quand une devise se fragilise, tout le pays le ressent, du carburant au pain. Une réserve en or ne règle pas tout. Mais elle peut stabiliser un bilan, et rassurer, quand les réserves en dollars ou en euros s’érodent. C’est une assurance qui ne demande pas la permission des marchés.
Il y a aussi un effet d’alignement. Reuters notait en 2025 que les banques centrales détiennent désormais des dizaines de milliers de tonnes d’or. Et que l’accumulation s’est accélérée après les chocs récents. Pour des pays africains, suivre ce mouvement peut sembler moins risqué que d’être les derniers à s’y mettre.
Le paradoxe africain
Le continent pèse plus d’un quart de la production mondiale d’or. Pourtant, ses banques centrales en détiennent relativement peu. Des analyses estiment les réserves officielles africaines autour de 715 tonnes. Cela représenterait environ 2 % du total mondial des banques centrales. Le décalage frappe : l’or sort des mines africaines, mais la valeur financière se fixe souvent ailleurs.
Cette faiblesse n’est pas uniforme. L’Afrique du Nord concentre une grande part des stocks. L’Algérie, la Libye et l’Égypte figurent parmi les principaux détenteurs du continent. Beaucoup de pays subsahariens, eux, restent dépendants des devises et des marchés de capitaux, même quand ils extraient de l’or en quantité.
À cela s’ajoute une économie parallèle. Le Financial Times décrit comment plusieurs États tentent de couper l’oxygène à la contrebande via des programmes d’achat centralisés. Le but est de récupérer taxes et devises. Le Ghana, par exemple, a conclu des accords pour acheter une part de la production des mines et renforcer ses réserves. Autrement dit, la politique monétaire se joue aussi sur la traçabilité.
La Banque d’or panafricaine : une infrastructure, pas un slogan
Le projet discuté entre la Banque centrale d’Égypte et Afreximbank vise le chaînon manquant entre la mine et le bilan souverain. Le protocole d’accord parle d’un écosystème complet. Raffinage internationalement accrédité, stockage en coffre, financement et négoce liés à l’or. Le tout, potentiellement dans une zone franche en Égypte. Si ce socle existe, l’or devient plus facile à comptabiliser, à mobiliser en garantie, et donc à intégrer aux réserves.
Le gain n’est pas seulement comptable. Une infrastructure crédible peut aussi garder des activités sur le continent : analyses, assurance, logistique, contrôle qualité. Elle réduit la dépendance à des hubs offshore pour transformer et “certifier” le métal.
Et elle pousse le secteur à se formaliser, parce que les coffres n’aiment pas l’opacité.
Mais la difficulté est à la hauteur de la promesse. Une accréditation internationale exige des standards stricts. Elle exige aussi une gouvernance robuste, pas une simple annonce. Le dispositif devra composer avec l’or artisanal, les zones de conflit et les réseaux de smuggling. La Banque d’or ne sera pas un raccourci vers la richesse. En revanche, elle peut réduire une fuite structurelle : l’écart entre l’or produit et l’or conservé.
