L’idée d’une réserve stratégique de bitcoin aux États-Unis prend une tournure plus politique que financière. Ce 4 février 2026, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a fermé la porte à tout achat de BTC avec l’argent public, au moment même où des élus républicains poussent une autre option : convertir une partie des réserves d’or en bitcoin.
En bref :
- Le Trésor américain refuse tout achat de bitcoin avec des fonds publics.
- Des Républicains défendent une stratégie alternative qui passerait par l’or.
- La réserve américaine se construit surtout via les bitcoins saisis, pas via des achats de marché.
Un “non” net du Trésor, et une limite juridique assumée
Le message de Bessent n’est pas subtil. Face à des questions de parlementaires, il explique que le Trésor n’a pas l’autorité pour “renflouer” le bitcoin, et que les fonds des contribuables ne serviront pas à acheter du BTC.
Ce point est essentiel, parce qu’il coupe court au scénario le plus explosif pour le marché : des achats directs sur le marché spot par l’État fédéral. Même si l’idée fait rêver certains traders, elle poserait un problème évident d’équité. L’État deviendrait un acteur qui influence le prix d’un actif qu’il détient déjà.
En creux, le Trésor renvoie aussi la balle au Congrès. Si Washington veut une politique d’achats, il faudra une loi. Et donc un compromis, ce qui, en année électriquement chargée, ressemble parfois à un sport de contact.
La réserve existe déjà… mais elle vient des saisies
Ce “non” ne signifie pas que les États-Unis tournent le dos au bitcoin. Depuis l’ordre exécutif signé en mars 2025, l’administration a acté un principe : conserver les bitcoins déjà saisis au lieu de les vendre. L’image utilisée à l’époque était parlante : un “Fort Knox numérique”.
Autrement dit, la réserve se construit par accumulation passive. Le stock provient d’affaires judiciaires et de confiscations, pas d’une stratégie d’investissement classique. C’est un détail qui change tout, parce qu’il évite l’accusation de “pari” financé par l’impôt.
Cela crée aussi une ambiguïté durable. Conserver du BTC saisi, c’est une politique patrimoniale. Acheter du BTC, c’est une politique de marché. La frontière est fine, mais politiquement, c’est le Grand Canyon.
L’option républicaine : transformer l’or en carburant à BTC
Côté républicain, l’idée revient avec insistance : utiliser l’or comme levier “budget-neutral” pour obtenir du bitcoin. Des élus, dont Cynthia Lummis est souvent citée sur ce terrain, défendent l’hypothèse d’une conversion partielle des réserves d’or, ou d’un mécanisme qui s’en inspire.
Dans la logique des partisans, l’or est un actif dormant. Le bitcoin serait l’équivalent moderne d’une réserve rare et transportable. Le raisonnement est simple à expliquer au public : on ne dépense pas, on échange. Et sur le papier, cela contourne l’argument “pas d’argent public”.
Sauf que l’or n’est pas une ligne comptable neutre. Toucher à Fort Knox, même symboliquement, déclenche des débats immédiats sur la transparence, la valorisation, et la crédibilité monétaire. La simple idée de “revaloriser” l’or a déjà fait réagir, et Bessent a justement indiqué qu’il n’y avait pas de plan en ce sens.
Derrière le débat : un signal de marché, et une guerre de narration
Pour le marché crypto, le plus important n’est pas seulement l’action. C’est le signal. Un Trésor qui dit “on n’achète pas” réduit la probabilité d’un acheteur institutionnel ultime. Un Congrès qui discute “conversion de l’or” maintient, lui, une option stratégique ouverte. Les deux messages coexistent, et nourrissent la volatilité.
Pour les investisseurs non spécialistes, le risque est de confondre réserve et soutien. Une réserve fondée sur des saisies n’est pas un filet de sécurité. C’est un coffre. Dire “on garde” ne veut pas dire “on défend un prix”. Bessent semble vouloir marteler cette nuance, justement pour éviter une lecture type “garantie implicite”.
Le dernier enjeu est politique. Depuis 2025, la réserve de bitcoin est devenue un symbole. Pour certains, c’est l’Amérique qui se modernise, Pour d’autres, c’est l’État qui choisit un camp dans une industrie encore contestée. Pour Cramer, le bitcoin n’est pas une monnaie. Mais tant que la discussion porte sur l’or, le sujet déborde la crypto : on touche au récit national de la valeur.
