Sam Bankman-Fried n’a pas seulement perdu un procès. Il a perdu le récit. Et c’est précisément ce qu’il tente de reprendre en main avec une demande de nouveau procès dans l’affaire FTX, en brandissant un levier classique : un témoignage “inédit” qui, selon lui, pourrait fissurer la version du gouvernement. Problème : en droit américain, ce type de motion ressemble souvent à une porte blindée… qu’on essaye d’ouvrir avec une épingle.
En bref :
- SBF réclame un nouveau procès FTX, évoquant un témoin inédit capable d’ébranler l’accusation aujourd’hui encore.
- Il attaque le juge Kaplan, dénonçant une partialité, et demande qu’un autre examine la motion.
- En parallèle, l’administrateur de faillite rembourse progressivement les clients, tandis que l’affaire continue d’empoisonner l’industrie.
Un nouveau procès : la barre est haute, volontairement
Demander un nouveau procès n’est pas une “seconde chance” automatique. Au fédéral, il faut convaincre qu’un élément nouveau aurait réellement pu changer l’issue devant un jury. Et ce genre de requête est rarement accordé.
Le point important, c’est le contexte : SBF conteste sa condamnation de 2023 (sept chefs, autour de l’usage des fonds clients via FTX et Alameda), alors qu’il purge une peine de 25 ans. Cette motion se joue en parallèle de son appel : il avance sur plusieurs fronts, et tout cela reste dans le même sujet qui hante encore le secteur, celui des conséquences de l’affaire FTX, pendant que certains tentent déjà de relancer la confiance, comme le montrent les 35 M$ levés pour lancer un nouvel exchange crypto.
Et derrière la procédure, il y a une idée simple : planter le doute. Dans les affaires crypto, ce doute compte presque autant que la technique juridique.
Le “témoin inédit” : Chapsky, Salame… et la guerre de la solvabilité
SBF affirme que des témoignages de Daniel Chapsky et Ryan Salame (anciens cadres FTX) pourraient contester la narration de l’accusation sur l’état financier réel avant l’effondrement de novembre 2022.
Traduction : il veut faire basculer l’affaire vers “crise de liquidité” plutôt que “insolvabilité et fraude”. C’est une différence qui paraît subtile sur Twitter… mais énorme devant un jury, parce qu’elle touche à l’intention.
Mais l’angle est à double tranchant. Salame a plaidé coupable sur d’autres chefs et purge une peine lourde : le tribunal peut aussi se demander pourquoi ce témoignage arrive maintenant, et avec quelle crédibilité.
Kaplan dans le viseur… pendant que FTX rembourse
Autre volet : SBF demande qu’un autre juge examine sa motion, accusant le juge du procès, Lewis Kaplan, d’avoir montré une “partialité manifeste”. Il ne veut pas seulement rejouer : il veut aussi changer l’arbitre.
C’est cohérent avec son argument en appel : la défense estime que certaines limitations ont empêché de présenter l’idée qu’il existait des actifs suffisants pour rembourser, ou au moins pour nuancer la narration.
Pendant ce temps, l’ironie est brutale : la faillite avance sans lui. L’équipe qui gère l’“estate” continue les remboursements par phases, avec des milliards déjà distribués et d’autres paiements attendus à mesure que les actifs sont récupérés et les créances validées.
