L’usage de la crypto dans les réseaux de trafic d’êtres humains grimpe en flèche. Selon Chainalysis, les flux financiers liés à ces activités ont bondi de 85 % en 2025. Pourtant, la traçabilité blockchain pourrait devenir l’arme la plus redoutable des autorités.
En Bref
- Les transactions crypto vers les réseaux de trafic humain ont bondi de 85% en 2025, atteignant des centaines de millions de dollars
- Les stablecoins dominent les paiements dans les réseaux d’escorte et de prostitution opérant principalement via Telegram en Asie du Sud-Est
- La blockchain offre une traçabilité inédite permettant aux forces de l’ordre de détecter et démanteler ces opérations criminelles
La crypto devient l’outil financier privilégié des réseaux clandestins
L’industrie crypto fait face à l’une de ses plus sombres révélations : le trafic humain s’empare massivement des actifs numériques. Les chiffres publiés jeudi par Chainalysis glacent le sang. Les flux crypto vers les réseaux présumés de trafic d’êtres humains ont bondi de 85% en un an, atteignant des centaines de millions de dollars en 2025.
Cette explosion concerne principalement l’Asie du Sud-Est, où ces opérations s’entrelacent avec les complexes d’arnaque, les casinos en ligne et les réseaux de blanchiment en langue chinoise.
L’analyse des transactions met en évidence une structuration financière avancée. Près de 49% des transferts liés aux services d’escorte internationales sur Telegram dépassent 10 000 dollars. Les réseaux de prostitution concentrent 62% de leurs paiements entre 1 000 et 10 000 dollars, tandis que les agences de recrutement pour le travail forcé suivent des schémas identiques. Des montants qui trahissent une professionnalisation terrifiante.
Les stablecoins dominent le système de paiement pour l’escorte et la prostitution, offrant stabilité et rapidité pour les virements transfrontaliers. Sur Telegram, des plateformes comme Tudou et Xinbi jouent les intermédiaires en détenant les fonds en séquestre jusqu’à validation. Cette sophistication inquiétante transforme le crime en business structuré.
Tom McLouth, analyste chez Chainalysis, qualifie ces découvertes de « moment décisif pour l’industrie ». Derrière ces millions se cachent des victimes réelles : travailleurs kidnappés et enfermés dans des complexes frauduleux, personnes exploitées sexuellement, enfants victimes d’abus documentés et commercialisés en ligne. La crypto n’invente pas cette tragédie, elle l’expose brutalement au grand jour.
La blockchain : outil de facilitation ou instrument d’enquête ?
Paradoxalement, la technologie qui facilite ces crimes pourrait devenir leur pire ennemi. Contrairement à l’argent liquide qui ne laisse aucune trace, chaque transaction crypto est enregistrée de façon permanente sur la blockchain. Cette transparence offre aux enquêteurs une visibilité sans précédent sur les opérations criminelles.
Chainalysis recommande aux équipes de conformité et aux forces de l’ordre de surveiller plusieurs indicateurs clés. D’abord, les paiements importants et réguliers vers les services de placement de main-d’œuvre. Ensuite, les regroupements de portefeuilles montrant une activité dans plusieurs catégories illicites. Enfin, les schémas de conversion réguliers de stablecoins qui trahissent des opérations de blanchiment structurées.
Les autorités allemandes ont prouvé l’efficacité de cette approche en 2025. Elles ont démantelé une plateforme d’exploitation sexuelle d’enfants grâce à l’analyse blockchain. Plus de 5 800 adresses crypto ont été identifiées, révélant plus de 530 000 dollars de revenus depuis 2022. Un cas qui dépasse celui de « Welcome to Video » en 2019 et démontre que la blockchain peut tracer même les réseaux les plus fragmentés.
Les plateformes d’échange centralisées représentent des points de blocage stratégiques. En ciblant ces goulots d’étranglement, les enquêteurs peuvent couper les circuits de financement. Les marchés en ligne illicites constituent également des cibles prioritaires où intervenir avant que l’argent ne disparaisse dans des circuits de blanchiment complexes.
Mais la bataille ne fait que commencer. Les criminels s’adaptent en utilisant des privacy coins comme Monero pour brouiller les pistes. Les échangeurs instantanés sans KYC facilitent la conversion anonyme des fonds. Face à cette course à l’armement technologique, seule une collaboration renforcée entre analystes blockchain, forces de l’ordre et plateformes crypto permettra de faire reculer ces réseaux.
