X réclame plus de 207 000 £
L’offensive arrive au moment où Elon Musk transforme progressivement son réseau social en infrastructure financière. BrefCrypto avait déjà détaillé cette évolution avec le déploiement de X Money et les ambitions crypto autour du service.
La procédure a été déposée le 17 septembre devant la High Court of Justice en Angleterre et au pays de Galles. Les plaignants, X Internet Unlimited Company et X Corp., visent Vivek Kumar Sen, Zamyang Sherpa et plusieurs personnes non identifiées qui auraient contrôlé différents comptes. Le document judiciaire est accessible directement sur le portail de transparence de X. Consulter la plainte déposée par X
Selon X, le réseau aurait utilisé plusieurs comptes comme une seule structure coordonnée. Le but présumé : fabriquer de l’engagement, augmenter la part des revenus versés par la plateforme et répartir les paiements entre plusieurs comptes financiers afin de rendre le dispositif plus difficile à détecter. X chiffre les paiements contestés à 207 384 £ minimum, auxquels s’ajoutent au moins 75 000 £ de frais liés à l’enquête et aux mesures prises après la découverte du réseau.
Des publications espacées de seulement 11 secondes
La plainte ne repose pas uniquement sur des statistiques d’audience. X affirme avoir identifié des contenus identiques ou presque identiques publiés par plusieurs comptes à quelques secondes ou quelques minutes d’intervalle.
Le 5 août, par exemple, les comptes @Vivek4real_ et @TrendingBitcoin auraient publié des contenus substantiellement similaires avec seulement 11 secondes d’écart. À d’autres dates de juillet et août, @TrendingBitcoin, @Vivek4real_ et @Bitcoin_Teddy auraient publié le même contenu à quelques minutes d’intervalle. Les comptes auraient également aimé, reposté et commenté mutuellement leurs publications afin de créer l’apparence d’interactions organiques.
Ce type de manipulation dépasse largement Bitcoin. Les plateformes sociales sont devenues une pièce importante de l’économie crypto, aussi bien pour la diffusion d’informations que pour les fraudes. BrefCrypto avait déjà observé cette intersection lors de l’opération menée avec Coinbase, Meta et SpaceX contre des réseaux d’escroquerie crypto.
James Burnham, directeur juridique de X et xAI, affirme que la société agira contre les réseaux qui détournent les revenus destinés aux créateurs légitimes.
X change les règles de la monétisation
Cette affaire intervient surtout après un changement beaucoup plus large. X a mis fin à son ancien Creator Revenue Sharing Program et l’a remplacé par Original Content Rewards, un système davantage centré sur les contenus considérés comme originaux.
En août, Nikita Bier, alors responsable produit chez X, avait déjà évoqué le cas d’un utilisateur qui aurait contrôlé plus de dix profils et récupéré plus de 250 000 dollars de revenus en deux ans. Le dossier aurait été transmis aux autorités. Les suspensions de comptes crypto intervenues à cette période prennent désormais un autre relief.
Pour l’écosystème crypto, le dossier rappelle aussi la facilité avec laquelle une audience artificielle peut devenir une source de revenus. Entre faux documents viraux, recyclage de contenus et réseaux coordonnés, les manipulations diffusées sur les réseaux sociaux avaient déjà poussé Binance à intervenir publiquement contre de fausses informations.
La procédure contre Sen, Sherpa et les autres opérateurs présumés devra maintenant suivre son cours. Les 207 384 £ sont documentés comme des paiements contestés par X, pas comme une fraude déjà reconnue par la justice. Cette distinction compte. X tente néanmoins d’établir une ligne assez nette : manipuler l’engagement pour détourner la monétisation n’est plus seulement une violation des règles de la plateforme. L’entreprise veut désormais la traiter devant les tribunaux.