Les menaces de représailles brandies par Moscou, après une supposée attaque de drones visant une résidence présidentielle, ont remis la géopolitique au centre de l’écran. Et quand ce film revient, le marché crypto a tendance à baisser le son. Dans la foulée, le Bitcoin et le reste des actifs numériques ont évolué sous pression, sur un fond de volumes de fin d’année et de nervosité globale.
Ukraine : un “détail” militaire qui devient un choc de marché
Le point de départ est très concret. Le Kremlin affirme que l’Ukraine aurait tenté de frapper une résidence de Vladimir Poutine dans la région de Novgorod, et promet de durcir sa position dans les discussions. Kyiv nie et parle d’un récit fabriqué. Peu importe l’arbitre, l’effet immédiat est le même : le risque politique remonte d’un cran.
Pour les cryptos, ce type de hausse de tension agit comme un interrupteur. Les traders coupent d’abord, réfléchissent ensuite. Le Bitcoin, souvent présenté comme “hors système”, se comporte pourtant comme un actif de liquidité : il réagit vite quand l’aversion au risque s’installe. Le marché n’attend pas une preuve irréfutable. Il réagit au scénario.
Ce scénario se lit aussi dans les paris. Sur Polymarket, la probabilité d’un cessez-le-feu Russie–Ukraine d’ici le 31 janvier 2026 est tombée autour de 6% en fin décembre, signe d’un pessimisme brutal. La même mécanique pèse sur l’appétit des investisseurs : si la paix s’éloigne, la volatilité redevient la norme.
Taïwan et Moyen-Orient : quand les fronts se multiplient, la crypto se fragilise
À ce stress européen s’ajoute un signal venu d’Asie. Pékin a lancé des exercices militaires d’ampleur autour de Taïwan, avec des séquences de tirs réels et des scénarios de blocus, sur fond de colère liée à des ventes d’armes américaines à Taipei. Ce n’est pas un détail régional : c’est une alerte sur la stabilité d’une zone clé pour l’économie mondiale.
Plus au sud, le Golfe offre une autre étincelle. Une frappe de la coalition menée par l’Arabie saoudite a visé le port yéménite de Mukalla, accusé d’avoir reçu une cargaison d’armes liée aux Émirats. Abu Dhabi a annoncé le retrait de ses dernières forces, et la fissure entre alliés est devenue visible. Les marchés locaux ont décroché, preuve que la tension ne reste pas cantonnée aux communiqués.
Dans ce contexte, la crypto n’a pas besoin d’une mauvaise nouvelle “crypto” pour souffrir. Elle subit la combinaison la plus toxique : incertitude politique, baisse de visibilité macro, et liquidité qui se raréfie pendant les périodes creuses. Même si le Bitcoin conserve une base d’acheteurs, il devient nerveux quand tout le monde cherche la sortie en même temps.
Venezuela et marchés prédictifs : la peur se fabrique aussi dans le récit
Un troisième dossier a nourri l’anxiété : le Venezuela. Donald Trump a évoqué une frappe américaine contre une installation côtière utilisée, selon Washington, pour charger des bateaux liés au trafic de drogue. Des médias américains rapportent une opération attribuée à la CIA. Le symbole est lourd : toucher le sol vénézuélien, même ponctuellement, change la température du dossier.
Là encore, Polymarket sert de thermomètre, parfois de mégaphone. Les probabilités d’une nouvelle saisie de navire pétrolier lié au Venezuela montent fortement sur certaines échéances, et un engagement militaire direct États-Unis–Venezuela est jugé possible, même si loin d’être certain. Ces chiffres ne sont pas des sondages. Ils montrent surtout où se concentre l’attention et comment la peur circule.
Alors, que retenir côté crypto ? Le marché est devenu un miroir rapide des tensions mondiales. Le Bitcoin vaut autour de 88 000 dollars, et la capitalisation totale du secteur oscille autour de 3 000 milliards. Ce sont des niveaux élevés, mais ils ne protègent pas contre les secousses. Quand la géopolitique s’emballe, la discipline reprend ses droits : moins de levier, plus de patience, et un œil sur la liquidité. Parce qu’en crypto, la peur ne prévient pas. Elle s’installe, puis elle accélère.
