Donald Trump remet la crypto au cœur de la rivalité sino-américaine. Lors de son intervention au Forum économique mondial, le président américain a clairement expliqué sa stratégie : empêcher la Chine de prendre l’avantage sur les infrastructures crypto mondiales. Derrière les discours politiques, un enjeu monétaire et technologique majeur se dessine.
En bref :
- Trump assume une politique crypto guidée par la rivalité avec la Chine.
- Les États-Unis veulent protéger la domination du dollar via les stablecoins.
- Le retard réglementaire pourrait toutefois profiter au yuan numérique.
Une stratégie crypto dictée par la rivalité avec Pékin
Donald Trump a été direct. Les États-Unis doivent empêcher la Chine de prendre le contrôle du marché crypto. C’est le message central qu’il a martelé devant les dirigeants réunis au World Economic Forum à Davos. Selon lui, laisser Pékin avancer seul sur ce terrain serait une erreur stratégique irréversible.
Dès le début de son discours, le président américain a assumé le caractère politique de son soutien aux cryptos. Il a reconnu que ces sujets étaient populaires auprès de l’électorat. Mais il a surtout insisté sur un point : la Chine veut ce marché. Et si elle l’obtient, le retour en arrière sera impossible. Cette vision explique en grande partie son appui à la loi GENIUS, adoptée l’été dernier.
Ce n’était pas la première fois que Donald Trump s’adressait au WEF depuis son retour à la Maison-Blanche. Déjà en 2025, il avait promis de faire des États-Unis la capitale mondiale de l’intelligence artificielle et de la crypto. Cette fois, le ton était plus offensif. Moins de promesses. Plus de géopolitique.
GENIUS Act : un texte populaire, mais surtout stratégique
Le GENIUS Act, signé en juillet, encadre principalement les stablecoins de paiement. Trump l’a admis sans détour : la loi est « politiquement bonne ». Mais ce n’est pas la vraie raison de son soutien. L’objectif principal est d’empêcher la Chine de dominer l’écosystème des paiements numériques internationaux.
Ce texte vise à renforcer l’attractivité des stablecoins adossés au dollar. Washington veut préserver le rôle central de sa monnaie dans les échanges mondiaux. Les stablecoins deviennent ainsi un outil de politique économique extérieure. Ils ne sont plus seulement un produit financier, mais un levier de puissance.
Pourtant, la mise en œuvre du GENIUS Act reste lente. Le texte prévoit une application effective soit 120 jours après la publication des règles par les agences fédérales, soit 18 mois après son adoption. En clair, le cadre existe, mais il n’est pas encore opérationnel. Ce flou réglementaire nourrit l’inquiétude des acteurs du secteur.
Entre les lignes, le message est clair. Les États-Unis veulent agir vite, mais sans laisser le marché s’emballer. Une position d’équilibriste, alors que la concurrence chinoise avance déjà sur des bases concrètes.
CLARITY Act : une loi clé encore bloquée
Autre texte majeur : le CLARITY Act. Donald Trump a laissé entendre qu’il pourrait être signé prochainement. Mais la réalité est plus complexe. Le projet de loi sur la structure du marché des actifs numériques a été retardé au Sénat. La commission bancaire n’a toujours pas reprogrammé son examen.
Une partie de l’industrie crypto reste critique. Brian Armstrong, PDG de Coinbase, a publiquement déclaré qu’il ne pouvait pas soutenir le texte en l’état. Selon lui, certaines dispositions freinent l’innovation et créent une incertitude juridique inutile.
Ce blocage intervient à un moment délicat. Plusieurs dirigeants du secteur étaient présents à Davos cette semaine. Tous attendaient des signaux clairs. Ils ont surtout entendu des intentions politiques, sans calendrier précis. Résultat : l’écosystème reste suspendu aux arbitrages du Congrès.
Trump, de son côté, joue la carte de la pression publique. Il sait que la peur de voir la Chine avancer plus vite peut accélérer les compromis à Washington. Mais rien ne garantit que cela suffira.
Yuan numérique : la menace silencieuse
La vraie inquiétude américaine vient de Pékin. La Chine avance discrètement, mais méthodiquement. Le yuan numérique n’est plus un projet expérimental. Depuis janvier, la People’s Bank of China autorise les banques commerciales à verser des intérêts sur les dépôts en e-CNY.
C’est un changement majeur. Il rend la monnaie numérique chinoise plus attractive que de nombreux stablecoins occidentaux. Aux États-Unis, les groupes bancaires continuent de faire pression pour interdire le versement de rendements sur les stablecoins privés. Cette divergence crée un déséquilibre concurrentiel évident.
Sans clarification rapide, les stablecoins indexés sur le dollar pourraient perdre du terrain à l’international. Certains experts estiment même que le CLARITY Act, en l’état, pénalise indirectement les émetteurs américains face à la stratégie chinoise.
La bataille ne se joue donc pas uniquement sur la technologie. Elle se joue sur les règles. Et sur la capacité des États à offrir un cadre attractif, stable et compétitif. Trump l’a compris. Reste à savoir si le Congrès suivra.
