Le cadre réglementaire britannique franchit un nouveau palier dans sa stricte supervision des publicités crypto. L’Autorité des normes publicitaires (ASA) vient d’interdire quatre campagnes marketing de Coinbase, dont une vidéo satirique, accusant l’exchange de minimiser les risques d’investissement et de présenter les actifs numériques comme solution aux difficultés économiques.
En Bref
- Quatre publicités Coinbase bannies pour avoir présenté la crypto comme solution facile aux difficultés économiques
- Brian Armstrong qualifie cette interdiction de preuve que son message dérange l’establishment financier
- Londres s’impose comme l’une des juridictions les plus strictes en matière de réglementation publicitaire crypto
Quand l’humour marketing franchit les lignes rouges réglementaires
Malgré les récentes évolutions liées au feu vert accordé à certains ETP crypto, la relation entre Londres et les actifs numériques demeure profondément méfiante. Le pays contrôle désormais de plus près la communication des acteurs du secteur.
Le régulateur britannique de la publicité a sanctionné Coinbase et interdit quatre de ses créations marketing liées aux cryptoactifs. L’Autorité des normes publicitaires (ASA cible directement une vidéo satirique et trois affiches affichées dans des lieux à forte fréquentation, notamment le métro londonien.
« Nous avons estimé que l’utilisation de l’humour pour faire référence à de sérieuses préoccupations financières, associée à une incitation au “changement”, risquait de présenter des produits financiers complexes et à haut risque comme une réponse facile ou évidente à ces préoccupations »,
Selon l’ASA, l’exchange a exploité les tensions économiques auxquelles sont confrontés les ménages britanniques en suggérant que les cryptos pouvaient constituer une réponse évidente à ces difficultés. Les messages tels que « l’accession à la propriété est hors de portée » s’accompagnaient du slogan provocateur « Si tout va bien, ne changez rien », suivi du logo de Coinbase.
La vidéo, quant à elle, met en scène des citoyens chantant joyeusement que tout va bien pendant que leur quotidien s’effondre autour d’eux. Déjà rejetée en juillet par Clearcast qui approuve les publicités télévisées, cette campagne enfreint surtout l’obligation d’afficher des avertissements clairs sur les risques crypto, une exigence imposée par la FCA depuis octobre 2023.
Le PDG de Coinbase transforme la sanction crypto en bataille idéologique
Brian Armstrong a choisi la confrontation directe avec les régulateurs britanniques. Le dirigeant y voit la confirmation que son discours touche un point sensible du système financier établi. Cette campagne documente selon lui les défaillances du secteur bancaire traditionnel face aux besoins réels de la population.
Armstrong dénonce l’amalgame britannique entre cryptomonnaies et jeux d’argent. Cette comparaison témoigne d’une incompréhension qui entrave le progrès technologique financier. Sa thèse : les actifs numériques offrent une solution concrète aux populations exclues du système bancaire conventionnel.
Cette posture intervient dans un contexte réglementaire particulièrement contraignant. Depuis 2023, toute entreprise crypto souhaitant opérer au Royaume-Uni doit décrocher une autorisation préalable. La FCA et l’ASA imposent une transparence totale sur les risques, interdisent de suggérer des gains faciles, et obligent les plateformes à tester la compréhension des utilisateurs avant tout investissement.
Le co-dirigeant de Kraken dénonçait en novembre dernier un cadre tellement restrictif qu’il pénaliserait les investisseurs qu’il prétend protéger. Malgré ces protestations, Londres poursuit sa marche réglementaire. Cette année marquera une nouvelle étape avec l’obligation de transmettre l’intégralité des données transactionnelles dans le cadre du CARF.
Cette interdiction confirme l’ambition britannique de bâtir la régulation crypto la plus stricte au monde. Alors que Washington pivote vers une approche conciliante sous Trump et que Bruxelles avance graduellement avec MiCA, Londres assume pleinement sa ligne dure : la protection des investisseurs prime sur l’innovation.
