Les réserves publiques en Bitcoin ne sont plus un simple sujet de débat sur X. Elles entrent dans les parlements locaux, avec des textes concrets et des garde-fous. Le Tennessee veut clairement monter dans le train, sans attendre que Washington tranche tout.
En bref :
- Le Tennessee pousse HB1695, un projet de réserve Bitcoin encadré et plafonné.
- Le texte mise sur la sécurité et une transparence quasi “on-chain” dans les rapports.
- En parallèle, l’État doit gérer la montée des fraudes liées aux kiosques crypto pour rester crédible.
Un projet de loi centré sur Bitcoin, sans ambiguïté
Le Tennessee vient de faire avancer un projet de loi qui ouvrirait la porte à une réserve Bitcoin détenue par l’État. Le texte, HB1695, a été déposé mi-janvier et orienté vers l’examen en commission à la Chambre, ce qui marque une étape politique classique mais décisive dans ce type d’initiative.
La mécanique proposée est volontairement simple. Le trésorier pourrait acheter du Bitcoin avec des fonds éligibles, dont le “general fund” et la réserve de fluctuations de revenus. L’exposition serait plafonnée à 10% des actifs du fonds concerné au moment de l’achat, avec une cadence maximale de 5% par année fiscale tant que le plafond n’est pas atteint. Autrement dit, pas de coup de volant brutal, plutôt une montée progressive.
Le texte insiste aussi sur un point qui évite les malentendus. Il n’autorise pas l’investissement dans d’autres cryptos, ni dans un “panier” d’actifs numériques. Bitcoin, uniquement Bitcoin. C’est un choix stratégique autant qu’un message envoyé aux marchés.
Bitcoin : Des garde-fous de conservation et de transparence
Là où beaucoup de propositions se contentent de dire “on achète”, celle-ci décrit le “comment” avec une précision inhabituelle. Le Bitcoin pourrait être détenu directement, via un dépositaire qualifié, ou même via un produit coté adossé au Bitcoin, tout en imposant que ces expositions soient comptées dans le même plafond global.
Le texte met l’accent sur la sécurité opérationnelle. Il prévoit des procédures écrites pour la génération et le stockage des clés, la gouvernance des transactions, la réponse aux incidents, et la continuité d’activité. Il va jusqu’à limiter le risque de “clé unique” en interdisant qu’une seule entité privée puisse contrôler un accès complet permettant un transfert unilatéral des bitcoins de l’État.
Côté transparence, le projet prévoit un reporting régulier. Le trésorier publierait un rapport indiquant quantités détenues, équivalents en dollars, historique d’achats et de transferts, et même une preuve cryptographique ou un message signé permettant de vérifier des soldes on-chain. On n’est pas dans une promesse vague, mais dans une approche “auditabilité native”.
Une ambition “crypto-friendly”, avec des frictions bien réelles
Cette poussée législative arrive dans un État où l’activité crypto se structure aussi sur le terrain. À Kingsport, des discussions municipales ont porté sur l’intégration des data centers et du minage dans le zonage, signe que les collectivités cherchent à encadrer, plutôt qu’à subir.
Mais l’autre face de la pièce existe, et elle est moins glamour. Les arnaques liées aux kiosques et distributeurs de cryptomonnaies ont pris assez d’ampleur pour devenir un sujet politique local. Des associations de consommateurs poussent pour des règles plus strictes, comme des limites de transactions et des protections renforcées.
C’est ici que la réserve Bitcoin devient un test de cohérence. Acheter du Bitcoin avec des fonds publics suppose une crédibilité institutionnelle. Or cette crédibilité se construit aussi en protégeant les particuliers des fraudes les plus simples. Sinon, la “stratégie” paraît réservée aux initiés, et le récit se fissure.
Bitcoin : un effet domino américain, du local vers le fédéral
Le Tennessee n’avance pas en solitaire. D’autres États explorent des schémas proches, souvent avec le même chiffre qui revient comme un refrain: 10% maximum. Le Dakota du Sud reparle d’un texte permettant d’exposer des fonds publics au Bitcoin, preuve que l’idée revient même après des tentatives précédentes.
Le Kansas, de son côté, discute une approche différente, davantage liée aux actifs numériques non réclamés et à la création d’un fonds de réserve géré par l’État. Le détail varie, mais la direction est la même: intégrer Bitcoin dans la boîte à outils financière publique, au moins comme option.
En toile de fond, le niveau fédéral continue aussi d’agiter le sujet avec des propositions visant une réserve stratégique nationale. Même si ces textes ne se traduisent pas immédiatement en politique, ils modifient l’atmosphère. Les États sentent qu’ils peuvent expérimenter, et parfois devancer.
