La crypto en Corée du Sud entre dans une phase de surveillance plus dure. Le régulateur veut traquer plus vite les manipulations de prix et sanctionner plus fort, surtout quand des failles informatiques menacent l’intégrité du marché. Le Financial Supervisory Service (FSS) a détaillé ce cap dans son programme annuel, avec des enquêtes ciblées et des amendes punitives pour les incidents IT dans tout le secteur financier.
En bref :
- La Corée du Sud renforce la surveillance crypto pour viser manipulations et incidents IT.
- L’erreur géante de Bithumb a accéléré le durcissement.
- Une loi-cadre pourrait rendre le marché plus strict, mais plus lisible.
Un régulateur qui passe du constat à l’intervention
Le FSS ne parle plus seulement d’“observer”. Il annonce des inspections sur les pratiques jugées à haut risque. La cible est clair. Tout ce qui perturbe l’ordre du marché, même si cela se cache derrière un vernis technique.
La nouveauté, c’est la logique de responsabilité. Les incidents informatiques ne sont plus vus comme des accidents neutres. Ils deviennent des événements de marché, capables de créer des distorsions, des pertes et des comportements opportunistes. Le régulateur veut donc des sanctions plus dissuasives.
Derrière ce virage, il y a une obsession très coréenne : la confiance du public. Le pays a déjà connu des chocs crypto violents. Il ne veut pas ajouter une couche de chaos liée à des systèmes fragiles ou à des contrôles internes “à moitié faits”.
Les manipulations visées : baleines, suspensions, ordres automatisés
Le FSS met en avant plusieurs scénarios connus des traders. Il cite la manipulation par de gros investisseurs, les fameuses “baleines”, capables de déplacer un carnet d’ordres et d’allumer une panique. L’objectif est de repérer plus tôt les schémas répétitifs, pas seulement de punir après coup.
Autre angle, plus subtil : la hausse artificielle de jetons dont les dépôts et retraits sont suspendus sur certaines plateformes. C’est le genre de situation où le prix “monte” dans une bulle, faute d’arbitrage normal. Cela crée un mirage, puis une casse quand tout rouvre.
Enfin, le régulateur cite les manipulations via API et la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux. Ce trio est explosif : automatisation, vitesse, narration. En clair, la rumeur devient un outil de trading, et l’outil devient une arme de marché.
L’affaire Bithumb, ou la démonstration par l’absurde
Le contexte pèse lourd : Bithumb, deuxième grande plateforme du pays, a reconnu avoir distribué par erreur environ 620 000 BTC, soit plus de 40 milliards de dollars, lors d’une opération promotionnelle. La plateforme dit avoir récupéré 99,7 % des fonds, et avoir bloqué rapidement les comptes concernés.
Même si l’incident est présenté comme une erreur interne et non un hack, il a provoqué un choc immédiat. Sur Bithumb, le prix du bitcoin a brièvement décroché avant de se reprendre, signe classique d’un marché qui réagit à la désorganisation plutôt qu’à l’information fondamentale.
Le régulateur y voit une leçon simple : si une plateforme peut envoyer des montants absurdes “par erreur”, alors le système n’est pas prêt pour une crypto intégrée au cœur de la finance. Reuters rapporte aussi que des autorités ont soulevé la question de “ghost coins” et des contrôles de détention, un sujet toxique pour la crédibilité du secteur.
Vers une loi-cadre et un marché plus “bancarisé”
Le FSS parle aussi d’un groupe de travail pour préparer une “loi fondamentale” sur les actifs numériques, présentée comme la deuxième phase du cadre réglementaire. L’idée est d’ajouter des règles de transparence à l’émission de tokens et d’encadrer davantage les plateformes et certains produits comme les stablecoins.
En pratique, cela peut changer le quotidien des acteurs. Plus de contrôles sur les listings, plus de procédures, plus de preuves à produire. Moins de surprise, aussi. Un marché plus régulé perd parfois en vitesse, mais gagne en lisibilité. Et la lisibilité attire souvent des capitaux plus patients.
Reste une tension : la crypto adore l’agilité, la régulation adore la traçabilité. La Corée du Sud essaie de concilier les deux. Elle ne veut pas tuer l’innovation. Elle veut surtout éviter que l’innovation serve d’excuse à la manipulation ou à l’improvisation technique.
