Tandis que le débat sur l’informatique quantique enflamme la communauté Bitcoin, CoinShares vient dégonfler la bulle de peur. Selon le gestionnaire d’actifs, la menace serait largement exagérée. Seuls 10 230 bitcoins restent vulnérables aux ordinateurs quantiques.
En bref
- 10 230 bitcoins seulement sont exposés à un risque quantique réel
- 13 millions de qubits seraient nécessaires pour casser une clé en 24h (vs 105 actuellement)
- Des décennies séparent encore Bitcoin d’une véritable menace quantique
Une fraction infime du Bitcoin en danger
Le spectre de l’informatique quantique plane sur Bitcoin depuis des mois. Pourtant, Christopher Bendiksen, responsable de la recherche Bitcoin chez CoinShares, tord le cou aux estimations alarmistes. Dans son rapport publié vendredi, il affirme que seuls 10 230 BTC sur les 1,63 million exposés méritent réellement l’attention des attaquants.
Cette révélation fait suite à une étude controversée de Chaincode Labs. En mai 2025, les chercheurs Anthony Milton et Clara Shikhelman avançaient qu’entre 20 % et 50 % des bitcoins en circulation pourraient tomber aux mains d’ordinateurs quantiques suffisamment puissants. CoinShares conteste fermement ces chiffres, accusant l’étude de mélanger des catégories de risque aux implications radicalement différentes.
La réalité ? Sur ces 10 230 BTC vulnérables, environ 7 000 se trouvent dans des portefeuilles contenant entre 100 et 1 000 BTC. Le reste, soit 3 230 BTC, dort dans des adresses détenant entre 1 000 et 10 000 BTC, représentant 719 millions de dollars aux prix actuels. Un montant qui, selon Bendiksen, s’apparente à une transaction ordinaire sur les marchés.
Les 1,6 million de BTC restants ? Intouchables pendant des millénaires
Le coup de massue survient avec l’analyse on-chain des 1,62 million de bitcoins restants. Ces fonds sont dispersés dans plus de 32 000 portefeuilles contenant chacun moins de 100 BTC. Bendiksen assène que chacun d’eux nécessiterait un millénaire pour être déverrouillé, même dans le scénario le plus optimiste d’avancée technologique quantique.
La menace théorique provient de l’algorithme de Shor, capable de briser les signatures à courbe elliptique de Bitcoin, et de l’algorithme de Grover qui pourrait affaiblir le SHA-256. Cependant, aucun de ces deux algorithmes ne peut toucher au plafond des 21 millions de bitcoins ni contourner la preuve de travail, piliers fondamentaux du réseau.
Pour comprendre l’écart actuel entre fantasme et réalité, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Casser une clé publique en une journée exigerait un ordinateur quantique tolérant aux pannes de 13 millions de qubits physiques. C’est 100 000 fois la capacité de la plus grosse machine existante. Pour y parvenir en une heure ? Multipliez par trois millions.
Bitcoin a le temps de s’adapter
Bendiksen partage l’avis de Michael Saylor, président exécutif de Strategy, et d’Adam Back, PDG de Blockstream : la menace quantique est surévaluée et n’impactera pas le réseau avant des décennies. Le dernier ordinateur quantique de Google, Willow, ne dispose que de 105 qubits. Les avancées récentes représentent certes un progrès, mais demeurent loin de l’échelle nécessaire pour des attaques concrètes.
Cette position ne fait toutefois pas l’unanimité. Charles Edwards, fondateur de Capriole Investments, considère l’informatique quantique comme une menace existentielle nécessitant une mise à niveau immédiate. Christopher Wood, stratège chez Jefferies, a même retiré l’intégralité de son allocation Bitcoin (10 %) en janvier, citant les estimations de Chaincode Labs.
La communauté se divise également sur la solution. Certains, comme Jameson Lopp, militent pour un hard fork brûlant les bitcoins vulnérables. CoinShares s’y oppose fermement, arguant que détruire des pièces appartenant potentiellement à des utilisateurs inactifs violerait l’éthique même de Bitcoin. Le gestionnaire d’actifs préconise plutôt une transition graduelle vers des signatures post-quantiques, sans précipitation risquant d’introduire des bugs critiques.
Face au battage médiatique autour de la menace quantique, CoinShares ramène le débat sur terre. Avec seulement 0,05 % de l’offre totale réellement en danger, Bitcoin dispose d’une marge de manœuvre confortable pour évoluer. La véritable question n’est donc pas de savoir si Bitcoin survivra à l’informatique quantique, mais comment il s’adaptera progressivement, sans sacrifier ses principes fondamentaux sur l’autel de la précipitation.
