Les dossiers Epstein ne parlent pas que de crimes. Ils révèlent un financier qui, dès 2014, plaçait discrètement des millions dans Bitcoin, Coinbase et Blockstream, pendant qu’il cultivait des contacts au sommet de la future régulation crypto américaine. Une décennie de présence silencieuse qui pose aujourd’hui des questions sans réponse.
En bref
- Emails de mai 2018 : Epstein mentionne une rencontre avec Gary Gensler au sujet de la crypto, sans preuve qu’elle ait eu lieu.
- 3 M$ dans Coinbase (2014) et 500 k$ dans Blockstream : un positionnement au cœur de l’infrastructure Bitcoin à un moment charnière.
- 525 k$ versés au MIT : des dons ayant indirectement financé des développeurs Bitcoin Core, soulevant des questions éthiques.
Des mails explosifs qui replongent la régulation crypto dans la tourmente
Le nom d’Epstein ne se limite plus aux scandales sexuels ou aux théories périphériques sur l’origine de Bitcoin. L’affaire prend une nouvelle ampleur avec la publication, par le Department of Justice (DOJ), de plus de trois millions de pages de documents en janvier 2026.
Au centre des révélations : des emails datés de mai 2018. Epstein écrit à Lawrence Summers que « Gary Gensler arrive plus tôt… veut parler des monnaies numériques ». Summers répond qu’il connaît Gensler depuis leurs années communes au Trésor et le décrit comme « plutôt intelligent ».
Quelques jours plus tard, Epstein affirme : « Je serai avec Gary Gensler sur la crypto demain. » Une déclaration lourde de sens, mais impossible à vérifier : aucun document ne confirme que cette rencontre ait réellement eu lieu. Aucun lien financier direct entre les deux hommes n’apparaît dans les dossiers.
Le contexte, lui, est établi. En 2018, Gensler enseigne la blockchain au MIT Sloan School of Management. Il deviendra président de la Securities and Exchange Commission en 2021, adoptant l’une des approches réglementaires les plus strictes envers les acteurs crypto. Durant cette période académique, Epstein verse des centaines de milliers de dollars au MIT Media Lab. Les spéculations sur d’éventuelles influences circulent, mais aucune preuve de coordination n’a émergé à ce jour.
Investissements précoces et ambitions dans l’écosystème crypto
Au-delà des cercles politiques, les documents montrent qu’Epstein s’est positionné tôt et stratégiquement au cœur du marché crypto.
En décembre 2014, il investit 3 millions de dollars dans Coinbase via une société enregistrée aux Îles Vierges américaines, alors que la plateforme est valorisée à environ 400 millions de dollars. L’opération passe par Brock Pierce, via Blockchain Capital. En 2018, Epstein revend la moitié de ses parts pour 15 millions de dollars, réalisant un rendement spectaculaire.
La même année, il participe à hauteur de 500 000 dollars au premier tour de financement de Blockstream, acteur clé du développement de Bitcoin Core, aux côtés de Joi Ito, alors directeur du MIT Media Lab. En 2015, Ito remercie Epstein pour des « fonds de donation » ayant permis de recruter rapidement trois développeurs Bitcoin Core, au moment où la Bitcoin Foundation traversait une crise financière. Environ 525 000 dollars des dons d’Epstein au MIT auraient ainsi contribué indirectement au financement de développeurs du protocole.
Un email de juillet 2014 ajoute une dimension stratégique. Austin Hill écrit à Epstein, Ito et Reid Hoffman pour les inciter à soutenir Blockstream face à Ripple et au projet Stellar. Epstein apparaissait donc dans des échanges touchant aux rivalités structurantes de l’écosystème. David Schwartz a d’ailleurs commenté que ces révélations pourraient n’être « que la pointe de l’iceberg ».
Les faits établis montrent un investisseur actif et connecté. Reste à déterminer si cette présence relevait d’un simple opportunisme financier… ou d’une volonté plus profonde d’influencer l’architecture d’un système naissant.
