L’idée est brutale pour bitcoin, mais elle circule déjà. Ki Young Ju, PDG de CryptoQuant, dit qu’en cas d’attaque quantique crédible, le million de bitcoins attribués à Satoshi Nakamoto devrait être gelé, sinon il risque d’être volé.
En bref :
- Le PDG de CryptoQuant veut ouvrir le débat sur un gel des coins de Satoshi en cas de menace quantique.
- Le risque vise surtout des bitcoin (BTC) liés à d’anciens formats où la clé publique est exposée.
- La technique avance vite, mais le consensus pourrait être le vrai point faible.
Pourquoi les vieux BTC posent un problème particulier
Le débat part d’un scénario simple. Si des machines quantiques deviennent assez puissantes, elles pourraient retrouver une clé privée à partir d’une clé publique déjà exposée sur la blockchain. Ce n’est pas un film. C’est une hypothèse technique connue, même si la date du “vrai danger” reste discutée.
Ju ajoute un chiffre qui fait lever les sourcils : environ 6,89 millions de bitcoin seraient aujourd’hui “vulnérables”, dont 1 million lié à Satoshi et 3,4 millions inactifs depuis plus de dix ans. Et il insiste sur un point : tant que l’attaque reste trop chère, Bitcoin respire. Le jour où elle devient bon marché, la règle du jeu change.
Toutes les adresses ne se valent pas face au quantique. Les formats anciens, notamment certains outputs “pay-to-public-key” (P2PK), ont une faiblesse structurelle : la clé publique y est visible plus tôt. Et une clé publique visible, c’est une porte qui pourrait un jour s’ouvrir.
C’est là que Satoshi devient un symbole technique, pas seulement un mythe. Une partie de ses coins, comme d’autres “OG coins”, est associée à des schémas d’adresses et d’usages d’époque. Même si personne ne sait exactement ce que Satoshi contrôle encore, le marché, lui, retient un ordre de grandeur : un pactole immobile depuis 2010.
“Geler” Satoshi, ça veut dire quoi en pratique
Mais attention aux chiffres jetés comme des certitudes. D’autres analyses estiment que l’exposition réellement critique est plus limitée. CoinShares, par exemple, met l’accent sur les UTXO où la clé publique est directement exploitable et évoque environ 1,6 million de BTC en P2PK, avec une fraction bien plus petite susceptible de provoquer un choc de marché si elle était compromise.
Geler des coins, ce n’est pas un bouton rouge. C’est une modification des règles de consensus qui rendrait certains UTXO intransférables. Techniquement faisable, conceptuellement explosif. Une règle comme celle-là créerait une liste de pièces “interdites”, ce qui ressemble à une forme de censure au niveau protocolaire.
Le paradoxe est là. Bitcoin a été conçu pour éviter l’arbitraire. Pourtant, un gel pourrait être défendu comme une mesure de sécurité, au même titre qu’un changement cryptographique majeur. Les partisans diraient : on ne confisque pas, on empêche un vol systémique. Les opposants répondraient : vous introduisez une exception, donc vous introduisez un précédent.
Et ce précédent ne viserait pas seulement Satoshi. Ju parle aussi des bitcoins dormants. Or, “dormant” ne veut pas dire “abandonné”. Il y a des héritages, des coffres-forts, des gens qui ont perdu l’accès temporairement. La frontière entre protection et injustice deviendrait tout de suite politique. Et Bitcoin déteste la politique, jusqu’au moment où il ne peut plus l’éviter.
Le vrai mur, c’est le consensus social sur bitcoin
Ju pointe un obstacle que les techniciens sous-estiment souvent : l’accord collectif. Bitcoin sait évoluer, mais lentement. L’histoire des débats internes, des guerres de narration et des forks l’a déjà prouvé. Quand une décision touche aux règles fondamentales, la technique n’est qu’une moitié du puzzle.
C’est pour ça qu’il martèle l’urgence de parler maintenant. Pas quand “Q-Day” sera sur les écrans, mais avant, pendant que l’on peut encore choisir calmement. Des acteurs du secteur, y compris des analystes grand public, décrivent déjà un compte à rebours et une pression croissante pour préparer des migrations vers des schémas post-quantiques.
Reste la conclusion qui dérange : même si la menace n’est pas immédiate, l’inaction a un coût. Si le réseau attend le dernier moment, il risque un dilemme impossible. Soit laisser des milliards dormir avec une serure cassable. Soit changer les règles et accepter que Bitcoin, parfois, doive arbitrer. Et l’arbitre, ici, ce n’est pas une institution. C’est une foule.
