L’Éthiopie resserre son contrôle sur les cryptomonnaies et les services financiers numériques non autorisés. Le 23 juillet 2026, la Banque nationale d’Éthiopie a rappelé que l’achat, la vente, le transfert, la conservation et l’échange d’actifs virtuels restent interdits sans autorisation expresse. Cette actu crypto Afrique révèle toutefois une situation plus profonde. Le durcissement actuel trouve une partie de ses origines dans des enquêtes lancées fin 2025 contre plusieurs entreprises fintech du pays.
Actu crypto Afrique : l’Éthiopie élargit son interdiction
Cette position s’inscrit dans le durcissement africain des règles crypto, mais l’Éthiopie adopte une ligne plus restrictive que plusieurs voisins. La nouvelle mise au point de la Banque nationale d’Éthiopie ne vise pas uniquement Bitcoin et les autres cryptomonnaies connues. Elle couvre plus largement les actifs virtuels et les services permettant de les acheter, de les échanger, de les transférer ou de les conserver.
Le régulateur inclut aussi les entreprises qui administrent des portefeuilles numériques ou participent à l’émission et à la vente d’actifs virtuels. Les plateformes opérant depuis l’étranger ne disposent donc pas automatiquement du droit de servir les utilisateurs éthiopiens.
La banque centrale insiste sur un point précis : aucune activité liée aux actifs virtuels n’est autorisée tant qu’elle n’a pas reçu une approbation officielle. Un utilisateur ou une entreprise ne peut pas interpréter l’absence de contrôle immédiat comme une autorisation implicite. Un avis du 23 juillet, relayé avec le contenu de la National Bank of Ethiopia, cite notamment l’échange, le transfert, la conservation et les services financiers liés aux actifs virtuels.
Cette position prolonge l’avertissement officiel publié le 27 février 2026 contre les transactions pair-à-pair associant le birr éthiopien aux cryptomonnaies. La Banque nationale avait alors déclaré illégales les opérations P2P libellées en monnaie locale sur les plateformes de trading non autorisées.
Les enquêtes contre les fintechs ont préparé le terrain
Le durcissement ne serait pas né uniquement de la croissance du trading crypto. Selon l’analyse publiée par BitcoinKE, ses racines remontent à une enquête engagée fin 2025 contre plusieurs fournisseurs de services financiers numériques, dont ArifPay, Chapa et SantimPay.
Ces entreprises ne sont pas toutes des plateformes crypto. Elles participent surtout au développement des paiements numériques en Éthiopie. Pourtant, leur examen par différentes institutions publiques a renforcé les inquiétudes liées à la fiscalité, aux mouvements d’argent et au contrôle des nouvelles infrastructures financières.
La distinction devient importante. Le gouvernement ne cherche pas seulement à bloquer les cryptomonnaies. Il veut éviter qu’une partie croissante des paiements numériques se développe en dehors des mécanismes de déclaration, de supervision et de contrôle du change.
Le marché éthiopien évolue rapidement. La Banque nationale indiquait en mars 2025 que le nombre de comptes de mobile money était passé de moins d’un million en 2020 à 128,5 millions fin 2024, tandis que les transactions numériques atteignaient 9,7 billions de birrs sur l’exercice 2023/24. Cette dynamique, détaillée dans la stratégie nationale des paiements numériques, rend les frontières entre fintech, paiements mobiles et actifs virtuels plus difficiles à surveiller.
Le contrôle du birr reste au cœur de la politique
L’Éthiopie applique depuis longtemps un contrôle strict des devises. Les autorités surveillent les sorties de capitaux et l’utilisation de monnaies étrangères. Les transactions crypto pair-à-pair peuvent contourner une partie de ces mécanismes lorsqu’elles permettent d’acheter des stablecoins ou d’autres actifs avec des birrs.
Pour la Banque nationale, le risque ne se limite donc pas à la volatilité de Bitcoin. Il concerne également la stabilité du système de paiement, la lutte contre le blanchiment et la capacité du pays à contrôler les échanges entre le birr et les monnaies étrangères.
Cette politique produit cependant un paradoxe. L’Éthiopie accueille des activités de minage de Bitcoin, notamment grâce à son énergie hydroélectrique. Elle accepte donc certains usages industriels de la blockchain, tout en interdisant aux particuliers et aux plateformes d’utiliser librement les actifs produits.
La ligne officielle sépare ainsi le minage autorisé des transactions financières non autorisées. Cette distinction peut sembler difficile à comprendre pour le public, mais elle répond à une logique économique : attirer des revenus liés à l’infrastructure sans ouvrir immédiatement la circulation monétaire aux cryptomonnaies.
Une future réglementation reste possible
La Banque nationale ne ferme pas définitivement la porte à un cadre légal. Dans son avis de février, elle indiquait travailler à une réglementation complète permettant une participation plus sûre et ordonnée aux technologies d’actifs numériques. Des consultations avec des régulateurs étrangers et des acteurs locaux étaient également annoncées.
L’Éthiopie pourrait donc passer plus tard d’une interdiction générale à un système de licences. Les plateformes devraient alors respecter des règles sur l’identité des clients, la cybersécurité, la conservation des fonds et les mouvements de devises. Cette logique rejoint les débats déjà ouverts au Ghana sur l’encadrement des actifs virtuels et au Zimbabwe sur l’enregistrement des entreprises crypto.
Pour l’instant, aucun calendrier précis n’a été publié. Les entreprises ne doivent donc pas confondre une réglementation en préparation avec une autorisation déjà disponible.
Cette actu crypto Afrique montre finalement une stratégie en deux temps. Addis-Abeba bloque d’abord les activités difficiles à contrôler. Le pays préparera ensuite, peut-être, une ouverture limitée et fortement surveillée. L’enjeu sera d’éviter que cette longue période d’interdiction pousse davantage les utilisateurs vers des réseaux informels impossibles à suivre.
En bref
- L’Éthiopie maintient une interdiction large des actifs virtuels non autorisés.
- Le durcissement actuel remonte en partie aux enquêtes lancées contre des fintechs fin 2025.
- Un futur cadre réglementaire reste envisagé, sans calendrier confirmé.
